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«Il faut rapprocher le monde de l'enseignement de celui des entreprises»

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La formation des jeunes passe par le décloisonnement des mondes de l'enseignement supérieur et des entreprises. Patrick Hetzel dresse ici un état des lieux et livre ses impressions sur la réalité du système éducatif français.

Action Commerciale - En adaptant le contenu de ses formations tout en développant l'alternance et l'apprentissage, l'enseignement supérieur s'est considérablement rapproché des entreprises...

Patrick Hetzel - En effet, l'emploi des jeunes et l'insertion professionnelle des étudiants sont au coeur des débats. Ce sont des sujets qui engagent la société tout entière et qui ne sont plus tabous. Bien au contraire!

Les coopérations entre établissements d'enseignement supérieur et entreprises se multiplient, en matière de formation ou de recherche. De nombreuses formations supérieures sont d'ailleurs professionnalisantes: BTS, DUT, licences professionnelles, formations d'ingénieurs, formations des écoles de commerce et de gestion, ou encore les formations de santé qui sont, par nature, des cursus en alternance. Les professionnels contribuent déjà à la définition des programmes ou dispensent des formations. Ils assurent par exemple 40 % des horaires d'enseignement dans le cadre d'une licence professionnelle. Mais c'est l'ensemble du système d'enseignement supérieur qui doit évoluer dans ce sens. La loi du 10 août 2007 relative aux libertés et responsabilités des universités a placé la mission d'insertion professionnelle au coeur de l'activité des établissements d'enseignement supérieur.

Aujourd'hui, près de 200 représentants d'entreprises sont membres des conseils d'administration des universités. Demain, ils devraient participer à l'élection des présidents d'universités, comme vient de l'annoncer le président de la République.

Enfin, le nombre d'apprentis dans l'enseignement supérieur a doublé ces 10 dernières années, prouvant que cela correspond à une vraie demande à la fois des jeunes, des établissements et des entreprises.

Patrick Hetzel, directeur général pour l'enseignement supérieur et l'insertion professionnelle au ministère de l'Enseignement supérieur et de la Recherche

Les coopérations entre établissements d'enseignement supérieur et entreprises se multiplient, en matière de formation ou de recherche.»

Il semble que les grandes entreprises appréhendent bien l'enseignement supérieur et ses multiples facettes. Il n'en va pas de même pour les PME/PMI. Qu'envisagez-vous de faire pour réduire cet écart?

Nous associons systématiquement à nos réflexions les représentants des branches professionnelles et des PME/ PMI. La majorité des représentants des entreprises au sein des commissions consultatives sont des responsables de PME/PMI. L'une de nos priorités est d'améliorer la lisibilité et la visibilité des diplômes pour faciliter les recrutements. Enfin, doter chaque étudiant d'un portefeuille de compétences, d'un e-portfolio, est une piste que nous étudions actuellement et qui pourrait faciliter une meilleure appréhension des formations d'enseignement supérieur par les professionnels.

La compétition mondiale existe aussi au niveau des formations supérieures. Quelles sont les forces et les faiblesses de notre «double» système, universités/grandes écoles?

La France doit achever la mutation de ses universités en corrigeant des faiblesses structurelles, des complexités d'organisation et de gouvernance, et des cloisonnements historiques entre universités, grandes écoles et sphère socio-économique qui brident depuis trop longtemps son développement et son rayonnement. Il s'agit pour nous d'avoir des acteurs académiques et technologiques mondialement reconnus, qui attirent les meilleurs, à l'image de ce qu'ont fait la plupart des grandes nations de l'innovation.

L'enseignement supérieur français s'est construit sur un système dual université/grandes écoles. Je ne considère pas cela comme un frein. Nous devons même garantir une certaine «biodiversité». Cela a permis à un nombre croissant de jeunes d'accéder à l'enseignement supérieur. On compte aujourd'hui près de 2,4 millions d'étudiants inscrits dans ses filières, au sein d'une offre de formations qui figure parmi les plus diversifiées au monde. Notre pays est engagé dans la compétition mondiale des savoirs. Les universités ont à gagner à se rapprocher des écoles: celles-ci ont une réelle proximité avec les milieux professionnels et un savoir-faire indéniable pour développer des coopérations avec ces derniers. De leur côté, les écoles trouvent un intérêt à se rapprocher des universités pour développer des projets de recherche.

Pour les postes commerciaux il y a pénurie de candidats, et ce quel que soit le niveau... Comment y remédier? Quels rôles les DCF peuvent-ils jouer?

Il est primordial que les DCF continuent à se mobiliser, notamment auprès des collégiens et des lycéens, pour présenter leurs métiers. Je suis plus que jamais convaincu de l'importance de construire un continuum entre information-orientation et insertion professionnelle des étudiants. L'information sur les métiers doit être accentuée, le plus en amont possible des choix d'orientation.

Le renforcement des coopérations avec les universités, la réalisation de projets communs sont des pistes qu'il faut encourager. Une initiative comme le Concours national de la commercialisation des DCF, qui fêtera sa 50e édition lors de l'épreuve du 31 mars 2011, est en cela une parfaite illustration et j'invite tous les établissements d'enseignement supérieur concernés à s'y engager activement en encourageant leurs étudiants à y concourir.

Armelle Motte, présidente de l'Assemblée des chefs de départements Techniques de Commercialisation (TC)

Armelle Motte, présidente de l'Assemblée des chefs de départements Techniques de Commercialisation (TC)

interview
« Les formations professionnalisantes ont un réel succès »

Comment expliquez-vous le succès des formations de type DUT?
Armelle Motte - L'aspect professionnalisant de ces formations courtes présente un intérêt évident pour l'étudiant. Les stages en France ou à l'étranger, l'intervention de vacataires professionnels, leur participation aux jurys permettent de s'ouvrir au monde professionnel et de coller à la réalité du monde de l'entreprise.


Quels sont les exemples de collaboration entre les écoles et les entreprises?
Des IUT proposent par exemple des semaines de mise en relation entreprises/étudiants, d'autres travaillent sur des événements comme l'organisation de manifestations à la demande des entreprises, et beaucoup participent au Concours national de la commercialisation (la moitié des départements inscrivent chaque année leurs étudiants au CNC).
Enfin, les responsables d'entreprises participent aux conseils des établissements et la commission pédagogique nationale, qui évalue les départements et élabore le programme national, est composée d'enseignants, de représentants d'étudiants, mais aussi d'entreprises.