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Challenges : Cassez la routine et optez pour l’humanitaire

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Introduire une dimension humanitaire dans les challenges développe l’esprit d’équipe, valorise les participants et contribue à les fidéliser.

Dans la plupart des cas, les challenges se suivent et se ressemblent : un système de calcul de points en fonction des ventes, un catalogue de cadeaux et, pour les meilleurs, un voyage à l’autre bout du monde avec plage de sable blanc, randonnées en 4X4 et hôtels quatre étoiles. Une formule qui a des atouts… et des limites. Pour Thierry Beaufils, directeur de la communication au Crédit Maritime, “ un challenge ainsi conçu vise davantage à créer un esprit de compétition qu’à développer la cohésion de l’équipe ”. Alors pour rompre avec les habitudes, développer l’esprit d’équipe et répondre à une problématique plus qualitative que quantitative, pourquoi ne pas se tourner du côté des challenges “socialement responsables” ? Le principe ? Fédérer les participants autour d’une action caritative, par exemple.

Un événement qui fait la différence

L’entreprise peut introduire cette dimension humanitaire au moment du voyage de récompense, souvent réalisé dans des pays économiquement en difficulté, ou bien l’inscrire très en amont, dans la mécanique même du challenge. Deux approches radicalement différentes. Celle qui consiste à conduire une action socialement responsable lors du voyage de récompense (distribution de médicaments, remise d’une enveloppe pour la construction d’une école, etc.) demande évidemment moins d’implication de la part de l’entreprise. Elle peut être envisagée en amont ou au dernier moment, et peut se passer de l’appui d’une association reconnue. Ce type d’opération emporte un certain succès. Ainsi, l’agence Tara, spécialisée dans le voyage d’incentive, devrait en réaliser entre dix et quinze l’an prochain, contre trois seulement en 2000. L’idée est de faire rêver – objectif premier du voyage – tout en valorisant l’image de l’employeur. “ À la base, l’incentive doit être différent de tout ce que l’on trouve dans un guide touristique. À ce titre, l’humanitaire constitue un événement supplémentaire dans un voyage ”, explique Frédéric Prost, directeur général de l’agence Tara.

Un vif succès

Mais certains pionniers vont jusqu’à inscrire l’action sociale dans la règle du jeu du challenge. Au-delà des dotations individuelles, l’entreprise va, par exemple, s’engager à verser X euros à une association en fonction de la quantité de ventes réalisées ou d’informations remontées. C’est le principe de l’opération Qualibases, menée par La Poste en 1999, qui encourageait les commerciaux à enrichir une base de données. Les fonds, récoltés en fonction du taux de qualification de la base, ont été reversés à l’association des Enfants de la terre, pour la rénovation de la maison d’accueil de Castets (40). Pour que l’action soit réellement motivante, la somme versée doit impérativement alimenter un projet connu et bien identifié. Mais ce type d’initiative, plus ambitieux que le premier, demeure également plus rare. “ Nous rencontrons encore souvent des réticences de la part des directions générales ”, reconnaît Marc Le Hébel, directeur général d’Uniteam, agence de motivation. Pourtant, ceux qui connaissent les challenges caritatifs ne tarissent pas d’éloges. “ Un challenge socialement responsable, ça marche, assure Marc Le Hébel. Chacune des opérations de ce type que nous avons menées a atteint son objectif et s’est avérée économiquement rentable. ” De plus, “ ce genre de projet crée des liens entre les commerciaux et les amène à se connaître autrement, estime, pour sa part, Benoît Muller, responsable des partenariats chez Action contre la faim. En outre, elle valorise les participants. ” Témoins, les commerciaux des AGF qui ont retroussé leurs manches pour distribuer des fournitures scolaires aux enfants d’une école Massaï. “ Ils ont vécu un moment collectif fort et eu le sentiment de participer à une belle action, souligne Orlandino Ferreira, directeur commercial du réseau AGF Génér’actif. D’ailleurs, ils en parlent encore lors des réunions commerciales. ”

La nouveauté à tout prix !

Opter pour l’une ou l’autre de ces solutions nécessite de respecter certaines règles. En premier lieu, assurez-vous que l’association est gérée en toute transparence. Veillez aussi à ce que le projet d’aide soit cohérent par rapport à la stratégie de votre entreprise, cette dernière devant intégrer l’initiative dans son plan de communication. En outre, l’association doit parfaitement intégrer la logique économique de l’entreprise, avec ses contraintes. Si elle est connue, l’association peut assurer un certain niveau de couverture médiatique et être à même de consacrer du temps à l’entreprise, en intervenant, par exemple, au cours de conventions forces de vente. De son côté, l’entreprise doit s’approprier le projet et le faire vivre en interne : communication dans le journal, suivi de l’avancée des travaux, visite de commerciaux, etc. Enfin, si le challenge socialement responsable est une réelle opportunité, en plus d’être une belle aventure, n’oubliez pas que pour motiver des commerciaux, rien ne vaut la nouveauté. Alors, évitez de vous lier de façon irréversible à une association ou de systématiser le challenge caritatif. “ Pas question de banaliser une action qui doit, en tout état de cause, venir du cœur ”, conclut Thierry Beaufils.

Témoignage

Orlandino Ferreira, directeur commercial du réseau AGF Génér’actif “ Partage et émotions ” Fin mai 2002, 70 collaborateurs se sont envolés pour la Tanzanie à l’occasion d’un voyage de récompense, conçu par Orlandino Ferreira et l’agence Tara. 3 000 euros ont été débloqués pour parainer une école Massaï de 440 élèves, ce qui a permis de refaire les sols, de fournir 70 bureaux ainsi que des livres et du matériel scolaire. Prévenus la veille, les collaborateurs ont passé la journée dans le village. “ Les participants en parlent encore ! D’ailleurs, nous les informons régulièrement de l’avancée de travaux. Cette initiative a permis de donner un sens au voyage, de valoriser les collaborateurs et l’image de l’entreprise, en exploitant cette action en communication interne. ” Orlandino Ferreira prépare le prochain voyage en Thaïlande et envisage d’aller plus loin, en liant le budget à la performance des vendeurs.

A savoir

_ Sont considérés comme dons s’inscrivant dans le cadre du mécénat : les versements à un organisme d’intérêt général ayant un caractère philanthropique, éducatif, scientifique, social, humanitaire, sportif, familial, culturel, ou qui concourent à la mise en valeur du patrimoine artistique, à la défense de l’environnement naturel ou à la diffusion de la culture, de la langue et des connaissances scientifiques françaises, les fondations d’entreprises et du patrimoine. Les sommes versées sont déductibles du résultat de l’exercice à hauteur de 3,25 pour mille du chiffre d’affaires hors taxes de l’entreprise.

Témoignage

Thierry Beaufils, directeur de la communication, en charge de l’organisation des challenges commerciaux au Crédit Maritime “ L’opération Trophée euro a débouché sur la construction d’un dispensaire en Haïti ” Le premier challenge commercial caritatif mené par le Crédit Maritime remonte à 1998. Baptisée “Trophée euro”, cette opération de motivation a permis de construire un dispensaire en Haïti. Chaque vente générait un versement de 0,76 euro à l’Aide médicale internationale (AMI). “ Ce projet était tout à fait à notre portée ”, précise Thierry Beaufils. La construction du séminaire a nécessité un peu plus de 9 000 euros. Deux ans plus tard, le Crédit Maritime renouvelait l’expérience avec un projet très différent. La banque, qui souhaitait amener ses collaborateurs à renseigner et enrichir la base de données clients, a financé une semaine de classe de mer à un enfant atteint de leucémie. Valeur du séjour : 3 000 euros. Pour chaque fiche renseignée, la banque reversait 0,76 euro à l’association À chacun son cap.

Mot clés : Voyage | euro

Anne-Françoise Rabaud