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Comment lutter contre l’e-cole buissonnière

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Pour pallier le manque de motivation des e-learners, les entreprises ont deux armes : la communication et la personnalisation des contenus.

Lorsque l’on sonde les entreprises sur leurs réticences face à l’e-learning, elles sont près de 50 % à évoquer le manque de motivation de leurs collaborateurs (enquête 2001 Action Commerciale / France Télécom). D’où le choix de bon nombre d’entre elles de rester fidèles aux formations traditionnelles. Lorsque Castorama a décidé, en 2000, de se lancer dans l’e-learning, l’entreprise a dû faire face à la désaffection des sessions de formation. “ Les premières semaines, les personnes se sont précipitées sur l’outil, mais comme il n’y avait pas de suivi, elles se sont rapidement lassées ”, explique Philippe Dos Santos, responsable de la formation. En fait, l’entreprise n’avait pas mesuré l’importance d’une vraie politique en matière d’e-learning. “ Dans les méthodes classiques, c’est à dire en “présentiel”, il existe une véritable dynamique de groupe, observe Marion Blanc, directrice du marketing d’IProgress, société spécialisée dans l’e-learning. On change de décor, on se déplace ; les personnes sont donc beaucoup plus motivées que lorsqu’elles doivent s’asseoir devant un ordinateur. ” Or, lorsqu’une entreprise investit dans des programmes d’e-learning – par ailleurs relativement coûteux – elle doit pouvoir s’assurer de l’adhésion des personnes concernées pour être certaine de rentabiliser son investissement.

Une culture d’entreprise

“ Pour que les “apprenants” soient motivés et participent activement aux sessions, l’e-learning doit devenir culturel, explique Marc de Quercize, directeur de BJ Interactive, filiale de Bernard Juilhet Consulting, qui propose des solutions d’e-learning. Mais encore faut-il que le management soit lui-même convaincu de l’intérêt de ce nouveau canal de formation. ” En effet les managers sont le principal relais de l’outil auprès des collaborateurs et doivent le leur “vendre”. C’est là le rôle essentiel de la communication en amont du projet : l’e-learning et ses nombreux avantages doivent être expliqués en détail aux futurs stagiaires, afin qu’ils s’approprient l’outil. On pourra, par exemple, insister sur le gain de temps, argument qui a notamment les faveurs des commerciaux aux emplois du temps surchargés. “ C’est d’autant plus important que l’on connaît l’attachement de cette population, qui passe la plus grande partie de son temps sur le terrain, aux rassemblements physiques ”, note Marion Blanc. De plus, par rapport à une formation traditionnelle, l’e-learning permet de fractionner les séances. La société Just a Link, spécialisée dans l’e-learning a, par exemple, créé un “carnet d’heures”. “ C’est un véritable passeport de formation, explique Pierre Bourdignon, son directeur. La personne peut choisir, à la carte, les heures de formation qui lui conviennent et les utiliser au moment où elle le souhaite. ”

Des contenus personnalisés

Autre facteur de motivation : la personnalisation des formations. Car l’assiduité des participants aux sessions en ligne dépend beaucoup de la pertinence des contenus. Aussi les spécialistes de l’e-learning préconisent-ils des “pré-tests”, afin de déterminer les besoins des collaborateurs. “ De fait, le collaborateur n’aura jamais l’impression de perdre son temps ”, explique Marc de Quercize. Reste que les contenus doivent aussi séduire : “ Dans une formation classique, la présence d’un formateur charismatique assure d’emblée l’adhésion des participants. Avec l’e-learning, il faut faire un effort de mise en scène des contenus pour les rendre attrayants ”, constate Marion Blanc. Le tout, sans jamais exclure – bien au contraire – une touche “humaine” : on ne peut se passer d’échanges par téléphone ou par mail avec un formateur en chair et en os. “ Nous avons nommé des tuteurs, témoigne Philippe Dos Santos. Cela rassure les gens de se savoir encadrés. Ils peuvent, à tout moment, faire part de leurs problèmes à leur interlocuteur privilégié, qui, à son tour, m’informe des éventuels dysfonctionnements. ”

Contrôler sans sanctionner

Enfin, il est important de s’assurer de l’assiduité des stagiaires en testant leurs connaissances. “ L’avantage de la formation en ligne réside dans le fait que le réseau permet de suivre l’élève à distance : les pages vues, le temps passé, les résultats des exercices, etc. ”, note Marc de Quercize. Certaines entreprises, comme Schneider Electric, ont même adapté ces formations à leurs commerciaux : ils peuvent télécharger les cours sur leur ordinateur portable et suivre leur formation pendant la semaine, lorsqu’ils sont sur le terrain. Ils ne se reconnectent au réseau que quelques jours plus tard, afin de livrer leurs résultats. “ Attention, toutefois, à ne pas tomber dans l’excès !, met en garde Marion Blanc. Il ne s’agit en aucune façon d’une logique d’examen ; il ne doit pas y avoir de sanction. L’entreprise s’assure simplement que le message a bien été reçu. ”

Témoignage

Stéphane Volfinger

, responsable formation chez Carlson Wagonlit Travel “ L’information et la communication sont les règles de base de l’e-learning ” Pour lancer son programme d’e-learning, Carlson Wagonlit Travel a misé sur la communication interne. “ Les responsables, directeurs d’opérations et directeurs régionaux ont dû “vendre” le produit à leurs collaborateurs. Ensuite, la direction de la formation s’est déplacée sur les sites. Le rôle du management dans la motivation des collaborateurs à utiliser les outils d’e-learning est essentiel. ” Pour vérifier l’assiduité des stagiaires, l’entreprise s’est dotée d’une plate-forme sur mesure, afin de visualiser l’historique des connexions aux sessions. “ Rien ne nous empêche d’aller de temps en temps sur le site, afin de nous assurer que les personnes sont motivées et que tout se passe bien. ” En outre, à la fin de chaque module, l’élève est soumis à une validation des connaissances, qui permet de s’assurer que la formation a porté ses fruits.

En savoir plus E-learning : former vos collaborateurs par Internet, Brandon Hall, Éditions Maxima, Collection Savoir en Action, 224 pages, 28,81 e L’e-learning, Sandra Bellier, Éditions Liaisons, janvier 2001, 139 pages, 14,94 e Tout savoir pour s’e-former : de la loi de 1971 à l’e-learning, Christophe Parmentier, Fouad Arfaoui, Éditions d’Organisation, avril 2001, 240 pages, 25,30 e E-formation : NTIC et reengineering de la formation professionnelle, Philippe Gil, Éditions Dunod, août 2000, 179 pages, 24,50 e

Nec plus ultra Contrôlez les résultats et faites des économies L’e-learning est réglementé par le droit sur la formation professionnelle continue (loi de 1971). En s’acquittant d’une taxe, les entreprises peuvent imputer certaines dépenses (achat de la formation et des documents pédagogiques, rémunération des stagiaires) à la FOAD (Formation ouverte et à distance). La circulaire DGEFP n°2001/22, du 20 juillet 2001, précise les cinq conditions que doivent remplir les actions de formation par e-learning : des objectifs clairs, affichés dès le départ, un programme défini, des moyens pédagogiques et un encadrement, un suivi de l’exécution du programme et, enfin, un dispositif de validation des résultats.