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Comment «vendre» votre projet d'executive MBA à votre hiérarchie

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Entre l'envie de vous faire progresser et la crainte de vous voir partir une fois diplômé, votre hiérarchie peut hésiter à soutenir votre demande de MBA. Voici la marche à suivre pour lever ces réticences...

«Quand on n'est pas diplômé d'une très grande école de commerce, le MBA est un véritable atout, affirme Gilles Lacour, consultant chez Lee Hecht Harrison, conseil en gestion de carrière. Surtout pour un manager en milieu de carrière.» Philippe Guittet, directeur consultant de PG Conseil, société de conseil en gestion de carrière et coaching, est également convaincu de l'intérêt de suivre un tel cursus: «Le MBA est un diplôme reconnu pour son sérieux. Pour un cadre expérimenté, c'est un sésame vers un poste de direction ou des responsabilités à l'international.» Ce fut le cas pour Jean-Pierre Deleplanque, qui a suivi l'executive MBA d'Audencia, à Nantes. Lorsqu'il a entamé ce cursus, il occupait un poste d'encadrement aux achats dans une PME industrielle. A quelques mois de décrocher son diplôme et alors que la direction opérait une série de réorganisations en interne, il s'est mis en quête d'un nouvel emploi. Et il a très rapidement trouvé un poste taillé à sa nouvelle stature en devenant directeur d'exploitation dans la filiale d'une société d'assurance. Au passage, il a augmenté sa rémunération de 25%! «La perspective d'obtention de ce MBA m'a aidé à trouver ce nouveau poste rapidement», assure le jeune manager, qui avoue que s'engager dans un programme aussi lourd conduit naturellement à se poser des questions sur l'évolution de sa carrière.

@ FOTOLIA/ANDRES RODRIGUEZ

C'est un fait: un MBA accroît très sensiblement la mobilité des cadres. Du coup, certains employeurs manquent d'enthousiasme lorsque l'un de leurs collaborateurs sollicite un tel cursus, de peur de le perdre une fois le diplôme en poche. «Certaines directions redoutent aussi une baisse de la disponibilité des cadres qui suivent un executive MBA à temps partiel», analyse Philippe Guittet (PG Conseil). Les formules à plein-temps ne les rassurent pas plus. Dans ce cas, ils doivent tout simplement se passer de leur collaborateur ou bien le remplacer temporairement. Enfin, certaines directions sont sceptiques quant au retour sur investissement. Et hésitent, par conséquent, à satisfaire la demande de financement. «Dans ma promotion, près de 50% des participants finançaient eux-mêmes la formation, se souvient Lionel Allaire, directeur général de la société de travaux publics Humbert (Groupe Sade). Et, quant aux autres, ils étaient nombreux à avoir bataillé ferme avec leur hiérarchie pour qu'elle accepte de débourser les 20 000 euros correspondant au coût du programme.» Un investissement qui peut d'ailleurs atteindre 50 000 euros! Obtenir un financement total ou partiel de l'entreprise est donc primordial. «Celui-ci sera imputé au budget formation de l'entreprise ou relèvera d'une démarche plus ponctuelle et individuelle si la société souhaite parier sur son «poulain»», relève Philippe Guittet (PG Conseil).

Philippe Guittet, directeur consultant de PG Conseil

«Avant toute chose, assurezvous du soutien de votre N+1.»

Insistez sur vos compétences à venir

Pour convaincre la direction de votre société d'investir sur vous, misez sur le soutien actif de votre supérieur hiérarchique. «Il est l'homme à persuader, affirme Philippe Guittet. Le cadre peut être amené à devoir convaincre l'ensemble de sa hiérarchie, si la décision finale est du ressort de plusieurs décideurs, mais il ne faut jamais doubler son N+1. Celui-ci doit rester votre contact privilégié.» Vous devez lui présenter votre demande comme un acte réfléchi qui s'inscrit dans un projet de carrière. Il vous faut montrer qu'à l'issue de ce MBA, vous pourrez mettre en oeuvre de nouveaux outils performants et novateurs dans le cadre de votre mission qui seront bénéfiques pour l'entreprise. «N'hésitez pas à pointer du doigt, pendant l'entretien, certains problèmes auxquels l'entreprise est confrontée et que de nouvelles compétences pourraient permettre de résoudre», conseille Philippe Guittet. Comme, par exemple, le fait que l'ouverture d'une filiale à l'étranger sera facilitée si un manager dispose de compétences en management international. «Lorsque j'ai entamé la formation, mon objectif et celui de mon employeur étaient en phase: nous évoluions sur un marché fortement concurrencé par les Chinois et avions décidé de diversifier nos activités. Cet executive MBA devait nous aider à aller chercher de nouveaux marchés», se rappelle Jean-Pierre Deleplanque.

Mettez également en avant le réseau que vous allez vous! constituer en suivant cette formation diplômante. Un réseau dont votre employeur peut tirer bénéfice. «Les cadres qui ont suivi le même MBA se tutoient. Les annuaires circulent et les portes s'ouvrent plus facilement. Tout cela est très bon pour mener des affaires», souligne Gilles Lacour (Lee Hecht Harrison). Et puis, avoir un manager titulaire d'un MBA est valorisant pour l'entreprise. «C'est un gage de crédibilité en interne, mais aussi vis-à-vis de l'extérieur, analyse Gilles Lacour. C'est le genre d'information inscrite sur les cartes de visite.» Une vitrine pour l'entreprise plutôt valorisante que vous pouvez aussi évoquer.

Le témoignage de Lionel Allaire, directeur général de la société Humbert

«Je me suis engage a rester trois ans dans la société après l'obtention de mon MBA»


Lorsqu'il a évoqué avec le directeur des filiales du groupe Sade, fin 2005, son envie de suivre l'executive MBA d'Audencia, Lionel Allaire, directeur général de la société Humbert, n'a pas rencontré une forte résistance. «J'y réfléchissais depuis plus de deux ans. J'avais «digéré» ma prise de fonction remontant à 2003 et je ressentais le besoin de retourner sur les bancs de l'école. La discussion a été à la fois informelle et franche.» Lionel Allaire ne s'est pas caché d'avoir été «chassé» par d'autres entreprises, sans pour autant faire du chantage. Ce qu'il voulait avant tout, c'était compléter son cursus d'ingénieur et renforcer son professionnalisme pour préparer son avenir. Si la direction a répondu favorablement et sans véritables difficultés à sa requête, en revanche, les deux parties ont signé une clause de «dédit formation». «Je m'engageais à rester trois ans au sein de l'entreprise après la fin de mon cursus, sous peine de devoir rembourser les sommes investies par l'entreprise dans ma formation, soit quelque 20000 euros!»

Sélectionnez les écoles

Lors de l'entretien durant lequel vous allez présenter votre demande à votre hiérarchie, arrivez de préférence avec une présélection d'établissements. Trois au maximum, qui répondent à vos exigences et à celles de l'entreprise. Vous devez pouvoir expliquer pourquoi votre choix s'est porté sur ces établissements-là. Et mettre en avant, par exemple, les spécialités qui intéresseront votre société (langues, management international...). La direction des ressources humaines peut également jouer un rôle. «Si celle-ci dispose d'un réel pouvoir au sein de votre entreprise, consultez-la en amont, conseille

Gilles Lacour. Faites-lui part de votre projet. Elle pourra vous aider à présenter votre demande, à la mettre en forme, ainsi qu'à l'argumenter.» N'oubliez pas non plus d'échanger avec des collègues en poste qui sont passés par là avant vous. «Ils pourront notamment vous éclairer sur les résistances qu'eux-mêmes ont rencontrées dans leur démarche» , commente le consultant. Une fois l'entretien terminé, faites preuve de patience, tout en n'hésitant pas à relancer régulièrement votre hiérarchie pour connaître l'avancée de sa réflexion et éventuellement compléter votre argumentation.

Le Top 10 des executive MBA

1 Kellogg/Hong Kong UST Business School
2 Trium: HEC Paris/LSE/New York UniversityStern
3 University of Pennsylvania (Wharton)
4 Columbia/London Business School
5 IE Business School [Madrid)
6 London Business School
7 University of Chicago GSB
8 Washington University (Olin)
9 Columbia Business School
10 Insead


Source: le Financial Times - Classement 2007 Ce classement tient compte d'une quinzaine de critères, parmi lesquels la progression de la carrière à l'issue de la formation, la progression du salaire, le pourcentage d'étudiants étrangers...

Ceux qui auront su convaincre leur employeur ne doivent pas s'imaginer qu'à ce stade le tour est joué. Ce travail de persuasion, ils vont devoir le répéter, mais cette fois-ci pour convaincre l'école. «Les meilleurs établissements reçoivent bien plus de candidatures qu'elles n'ont de places. Elles opèrent une sélection drastique des dossiers, prévient Gilles Lacour (Lee Hecht Harrison). Un programme MBA repose sur l'échange de pratiques entre les étudiants. Lors des entretiens avec l'école, celle-ci va donc veiller à s'assurer que vous venez chercher chez elle des réponses à une problématique réelle. Et que votre parcours pourra enrichir les autres participants.»

Gilles Lacour, consultant chez Lee Hecht Harrison

«Un MBA peut apporter des affaires à l'entreprise.»