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Démarrer sa carrière de manager du bon pied

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Prendre pour la première fois la tête d’une équipe suppose d’être au moment du recrutement encore plus vigilant sur les caractéristiques du poste à pourvoir que lors de n’importe quel changement de poste. Ce n’est pas tout. Lors de son intégration, le jeune manager doit apprendre à observer, à écouter… et à adopter une démarche stratégique.

: Pour qu’il soit couronné de succès, un changement de fonction suppose de suivre quelques principes : vérifier que l’on est bien en phase avec l’entreprise qui recrute, évaluer avec précision ce que l’on attend de vous, jauger les moyens que l’on met à votre disposition, votre degré d’autonomie, puis prendre, dans les règles de l’art, les nouvelles fonctions qui sont les vôtres. Le challenge est d’autant plus important quand il s’agit de prendre, pour la première fois, la tête d’une équipe. Passer d’une fonction “terrain” à celle d’un manager, laisser tomber l’approche opérationnelle pour adopter une approche stratégique « est certes très excitant et très valorisant », reconnaît Patricia Midy, responsable de la practice people and organisational change chez PA Consulting group. Mais attention, cette perspective, aussi grisante soit-elle, n’en est pas moins délicate à négocier. Pour éviter tout risque de dérapage, il faut verrouiller, lors de vos entretiens avec la direction, un certain nombre de points, et adopter dès votre prise de fonction la bonne ligne de conduite. « En amont, il faut prendre un maximum d’informations sur l’équipe, sur son nombre, mais aussi sur l’ancienneté de ses membres. S’assurer de l’autonomie dont vous disposerez », énumère Patricia Midy. Le jeune manager doit parallèlement s’assurer qu’il y aura bien quelqu’un en interne pour l’épauler. Il doit aussi s’enquérir de savoir s’il s’agit d’une création de poste ou d’un remplacement. « Dans ce dernier cas de figure, si votre prédécesseur était de type autoritaire, vous devez vous attendre à une équipe peu autonome », poursuit Patricia Midy. S’il s’agit d’un départ, il est bon d’en demander les raisons et de savoir si une personne en interne avait des vues sur le poste. Par ailleurs, « il faut bien définir le périmètre de la fonction : savoir où l’on va, ce que l’on attend de vous en terme de chiffre, quels moyens y sont associés, ce que l’on attend de vous en terme de reporting, s’assurer que l’on aura les mains libres… », confirme Françoise Lyon, directrice commerciale chez Getronics France. Des informations qui seront précieuses à tout jeune manager au moment de sa prise de fonction. Écouter, poser des questions Lorsqu’il intègre l’entreprise, le jeune manager doit s’astreindre à une phase d’observation. Il ne doit surtout pas se lancer à corps perdu dans ses nouvelles fonctions, s’engouffrer tout de suite dans le quotidien. Vis-à-vis de son équipe, « il doit passer du temps, se présenter, écouter et se poser des questions. Ça a l’air de rien, pourtant c’est essentiel. Cela lui permet de préparer de grandes décisions », explique Frédéric Hennet, consultant senior chez Krauthammer. À ce stade, rien ne vaut l’entretien individuel. « Le jeune manager doit rencontrer chacun des membres de son équipe et surtout ne pas hésiter à leur demander ce qu’ils attendent de lui », insiste Patricia Midy. Une règle qu’il convient d’appliquer y compris avec les collaborateurs avec lesquels on a déjà été amené à travailler dans le passé. À cette occasion, vous êtes à même de vous faire une idée précise des rôles et des façons de travailler de chacun, de cerner les points de blocage, de mesurer les attentes, etc. Vous devez aussi expliquer très vite votre façon de manager, afin que vos collaborateurs puissent se caler très vite. Et si vous n’êtes pas spécialement charismatique, que vous n’êtes pas du genre à « monter sur une caisse pour faire passer vos messages », illustre Henri de Montjoye, directeur de Mercuri Urval, sachez qu’il a d’autres moyens pour faire reposer votre autorité. Pas de complexe, non plus, à avoir du fait de votre âge : « Vous avez été recruté par la direction pour vos compétences, un point c’est tout. Vous ne devez pas perdre de vue que le manager idéal n’existe pas, que celui qui réussit, c’est celui qui gère au mieux ses forces et ses faiblesses », insiste Henri de Montjoye. Exemplaire et ultra-cohérent Vis-à-vis de la direction, le même état d’esprit prévaut : « Avant de rentrer dans le vif du sujet, un jeune manager doit prendre du temps pour se faire expliquer le contexte de l’entreprise, son mode de fonctionnement, les enjeux de l’entreprise et de son poste », énumère Henri de Montjoye. Le jeune manager doit rapidement intégrer le fait qu’on n’attend pas en premier lieu de lui un niveau technique, mais plutôt un bon sens de l’organisation et du management. « L’autorité de compétence technique n’est pas suffisante », tranche Patricia Midy. « Faites votre job de manager et incitez vos collaborateurs à faire leur propre job. Votre mission consiste à fixer des objectifs, à déléguer, à contrôler et à faire des bilans et des évaluations, autrement dit, à décider », explique de son côté Frédéric Hennet, consultant chez Krauthammer. Vos collaborateurs ? Ce sont des experts qui sont là pour mettre en œuvre. « Les jeunes managers ont souvent tendance à vouloir tellement bien faire que, non seulement ils définissent les objectifs, mais indiquent aussi, à leurs subordonnés, le chemin à prendre. Ce qui est en général mal perçu et revêt comme autre inconvénient de ne pas faire grandir les collaborateurs », constate Frédéric Hennet. Il est absolument essentiel de laisser ses collaborateurs exprimer leur potentiel et leurs compétences, de ne pas en faire des assistés. Le manager se doit en revanche d’aider chacun à s’adapter aux changements. Le jeune manager apprendra par ailleurs très vite, s’il l’avait oublié, qu’il doit être exemplaire. « Exemplaire et ultra-cohérent, dans les faits et dans son comportement au quotidien, insiste le représentant de Krauthammer. S’il a fixé comme règle du jeu la ponctualité dans les rendez-vous de ses collaborateurs en clientèle, il doit montrer l’exemple, et ne pas les faire patienter lors de rendez-vous avec eux. » Et puis, les jeunes managers peuvent parfois être tentés d’en faire trop ! « Veillez à maintenir un équilibre entre vie privée et vie professionnelle, entre devoir et plaisir, veillez à gérer au mieux votre temps, compte tenu des sollicitations extrêmes et pour cela, soyez créatif ! Et puis, sachez lâcher prise, y compris sur les chiffres, et prendre du recul. » Certes, les trois premiers mois sont essentiels et déterminants mais, comme disent les Américains, n’oubliez pas l’essentiel : « Have fun ! »

« Le jeune manager doit trouver le bon équilibre entre, d’un côté, ne plus aller en clientèle, autrement dit s’enfermer dans une tour d’ivoire et, de l’autre, continuer à s’investir dans les missions opérationnelles qui sont du ressort de ses commerciaux. » Françoise Lyon, directrice commerciale chez Getronics France Après avoir “flirté“ avec la fonction de manager dans une petite structure commerciale, Françoise Lyon a pris en septembre dernier la direction commerciale de Getronics France, constituée de 20 commerciaux grands comptes. « Lors de mes entretiens avec la direction, j’ai validé les objectifs que l’on allait me fixer et surtout les supports techniques que l’on mettait en amont à la disposition de mon service pour répondre aux appels d’offres. » Lors de la prise de ses nouvelles fonctions, Françoise Lyon a rencontré individuellement chaque commercial, même ceux qu’elle connaissait d’avance : « Les entretiens étaient très libres, chacun m’a expliqué sur quoi et comment il travaillait, ce qui allait et ce qui n’allait pas sur son poste dans l’entreprise et ses aspirations. J’ai immédiatement traité les points de blocage. » Un mois après son arrivée, elle a organisé un séminaire avec l’ensemble de la force de vente, auquel étaient conviés les membres du comité de direction, afin de tourner la page et lancer les nouvelles bases de travail.