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Démission : que faire quand votre employeur tente de vous rattraper ?

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Ressources humaines Vous démissionnez et votre employeur fait de la surenchère. Un scénario qui, du fait de la raréfaction des cadres, pourrait se rencontrer de plus en plus souvent. Sachez entendre la proposition, mais surtout ne perdez de vue l'intérêt de votre carrière…


Vous venez de donner votre démission à votre directeur général. Le lendemain, il vous convoque et vous fait une contreproposition alléchante. Une pratique que l'on rencontre surtout sur des marchés où l'emploi est tendu. « C'est le cas, par exemple, des informaticiens… et des managers commerciaux », reconnaît Marie-José Batlle, consultante projet mobilité recrutement à l'Apec (Association pour l'emploi des cadres). Un cas de figure que l'on pourrait bien rencontrer de plus en plus souvent du fait du papyboom : « Les entreprises vont avoir du mal à trouver les bons candidats et certaines auront sans doute le réflexe de faire des contre-propositions pour éviter l'hémorragie de leurs effectifs », analyse Fabrice Coudray, expert chez Robert Half, cabinet conseil en recrutement.

Face à un tel scénario, comment réagir quand son employeur tente une opération de séduction ? Faut-il accepter ou refuser ? Souvent, la direction réagit dans les jours suivant votre lettre. Au pire, dans les deux ou trois semaines. « Dans tous les cas, il est sage d'étudier ce que l'on va vous proposer, conseille Marie-José Batlle. Le manager doit être professionnel jusqu'au bout et ne pas confondre vitesse et précipitation ! » Et pour commencer, elle conseille de considérer une contre-proposition comme un élément “valorisant”, même si le cadre a toutes les raisons de trouver que la réponse arrive un peu tard… « Cette offre est quelque chose de précieux qu'il faut savoir apprécier, quelle que soit la réponse que l'on souhaite y apporter », ajoute la consultante de l'Apec.

Analyser les raisons de la démission

Pour prendre la bonne décision, remémorez-vous les motifs qui vous ont conduit à donner votre démission. Plus les raisons de votre départ sont anciennes, plus elles ont été mûrement réfléchies et plus vous vous êtes investi dans une recherche d'emploi, moins vous serez perméable aux propositions. « Il va de soi que lorsqu'un cadre a entamé une longue démarche de recherche d'emploi et qu'il a trouvé un nouveau poste, il lui sera difficile de revenir en arrière », analyse Fabrice Coudray. Bien entendu, il y a le cas, un peu particulier, de ceux qui se servent de la démission pour négocier une augmentation. « Il faut alors être prêt à aller jusqu'au bout », témoigne Olivier Bertogal, directeur commercial d'eFinancialCareers. fr, site de recrutement. Mais hormis ce cas bien précis, étiez-vous insatisfait sur le plan de la rémunération ? Déçu des moyens professionnels mis à votre disposition pour accomplir votre mission ? Ou mécontent des perspectives de carrière dans l'entreprise ? Sans compter les causes exogènes : le cadre peut avoir une attirance pour un secteur d'activité, une entreprise, une marque, un mode de management…

« En caricaturant un peu, on peut dire que les managers juniors démissionnent le plus souvent parce qu'ils veulent gagner plus, surtout lorsqu'ils sortent d'une bonne école, alors que les cadres plus confirmés recherchent davantage de moyens, une bonne ambiance de travail ou alors des perspectives d'évolution », analyse Marie- José Batlle. Quoi qu'il en soit, gardez bien ces raisons en tête tout au long de votre réflexion. Votre hiérarchie, de son côté, doit exprimer pourquoi elle a besoin de vous et de votre savoir-faire. Assurez-vous qu'elle est à votre écoute. « On part rarement sur un coup de tête, surtout quand on est un manager responsable, souligne Marie-José Batlle. Votre interlocuteur doit donc se montrer attentif aux raisons qui vous ont amené à donner votre démission. Vous devez pouvoir revenir avec lui sur les occasions que vous avez eues – formelles et informelles – d'exprimer vos attentes et pourquoi vous avez été déçu. Autrement dit, il doit montrer qu'il a compris l'origine de votre décision. »

À partir de là, la DRH ou la direction générale a toutes les cartes en main pour construire une contre-proposition susceptible de faire revenir le collaborateur sur sa décision. Mais ces offres sont loin d'être toutes aussi réfléchies. « Rares sont les entreprises qui prennent la peine de “rebâtir” de manière aussi disciplinée une telle offre », reconnaît la porte-parole de l'Apec. Ainsi, lorsqu'un cadre démissionne, sa hiérarchie se contente, souvent, de proposer dans la foulée une augmentation, une voiture ou un ordinateur plus puissant et ce, même si la véritable raison de la démission porte sur l'absence de perspectives d'évolution. Pour Fabrice Coudray (Robert Half), il faut rester vigilant. « Tout le monde sait qu'il est très facile de déstabiliser un démissionnaire qui vient de prendre une décision importante pour son avenir. Et d'ajouter : Une étude récemment menée aux États-Unis par notre cabinet a montré que 92 % des personnes ayant accepté une contre-proposition de leur employeur ont néanmoins quitté l'entreprise dans les douze mois… » Un résultat qui tend à démontrer que la contre-proposition doit être analysée avec minutie.

Rattraper un collaborateur, un réflexe d'ego ?

Selon Fabrice Coudray, la prudence s'impose donc car les motivations de l'entreprise ne sont pas toujours des plus louables : « Avec l'expérience, j'ai observé que lorsqu'une entreprise essaye de rattraper un collaborateur, c'est, la plupart du temps, un réflexe d'ego. Bien souvent, l'entreprise pense d'abord à elle ! » Un sursaut qui peut être lié, par exemple, à la saisonnalité de l'activité : « On imagine que la défection d'un directeur commercial employé chez un fabricant de jouets en août ou septembre va poser des problèmes. » De même, l'entreprise qui a des dossiers stratégiques en cours comme le lancement d'une nouvelle gamme va tout faire pour rattraper son cadre démissionnaire. Si vous sentez que la contre-offre est à l'avantage de l'entreprise et, surtout, si la réponse est inadaptée, ne vacillez pas. Pour Fabrice Coudray, il faut être lucide : « Si l'entreprise vous propose une augmentation, sachez que dans trois mois, vous l'aurez oubliée. » Agissez en fonction du sens que vous voulez donner à votre carrière. « Et puis, conseille l'expert, après 45-50 ans, n'hésitez pas, dans la mesure où vous entretenez des relations responsables avec votre employeur, à faire un point avec lui avant d'envisager de regarder les opportunités à l'extérieur. Une démarche qui peut vous éviter les contre-propositions de dernière minute, la plupart du temps perturbantes… »

Le témoignage de Olivier Bertogal, directeur commercial d'eFinancialCareers.fr

« L'offre que l'on m'a proposée ne m'a pas fait douter de ma décision » « En février 2005, j'ai décidé de quitter mon poste de senior sales manager que j'occupais depuis quatre ans. Deux raisons m'ont amené à cette décision : je ne voyais pas de perspectives d'évolution et, par ailleurs, je souhaitais augmenter ma rémunération. Nous avions eu l'occasion d'en parler avec ma hiérarchie, mais ça n'avançait pas. » Après avoir trouvé un nouveau poste, Olivier Bertogal donne sa démission. La réaction ne s'est pas fait attendre, d'autant qu'il supervisait 60 à 70 % du business de la division. « J'ai rencontré ma hiérarchie. Je suis revenu sur les raisons de ma décision. Ils ne pouvaient pas vraiment surenchérir sur le salaire. Mais m'ont proposé une évolution de carrière : ils m'ont présenté les opportunités en Europe de l'Est. Une réponse à laquelle je n'ai pas donné suite parce qu'elle ne répondait pas à mes attentes, sans compter que ma décision était prise. J'avais besoin d'élargir mes compétences, d'apprendre d'autres approches de la négociation… Je suis donc parti sans être véritablement déstabilisé par cette proposition. »

Le témoignage de Nadia Herry, responsable commerciale chez SOS PC Assistance

« On a essayé de me rattraper à deux reprises » Actuellement responsable commerciale chez SOS PC Assistance, société de conseil et d'assistance informatique auprès des entreprises et des particuliers, Nadia Herry a démissionné plusieurs fois au cours de sa carrière. « La première fois, je travaillais dans une société de distribution de composants électroniques. Au bout de trois ans, j'ai commencé à tourner en rond. Comme rien ne bougeait, j'ai donné ma démission que mon manager a déchirée devant moi en me disant : “Tu as toute ta place ici !” A suivi une contre-proposition avec une augmentation de 10 %. Bien que n'ayant pas retrouvé d'emploi, je ne suis pas revenue sur ma décision. D'abord, ma hiérarchie ne répondait pas à mes attentes. Et puis, j'aurais eu l'impression de ne pas être crédible en utilisant, en quelque sorte, le chantage. » Dix ans plus tard, Nadia Herry est responsable télévente dans une société de distribution de matériel informatique. Après deux ans, à la suite d'un désaccord avec sa direction, elle envoie une lettre de démission. « Là aussi, on m'a fait une contre-proposition. Un poste de responsable commercial et, au passage, une augmentation. Mais j'ai eu du mal à croire à leurs promesses… Lorsqu'on occupe une fonction commerciale, il faut croire dans son entreprise et dans sa marque. Rester pour le salaire, ce n'est pas forcément la bonne solution. »