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Envie d'évoluer ? Faites-vous inviter au capital de votre société

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Actionnariat. Cumuler vos fonctions de directeur commercial avec un statut d'actionnaire vous ouvre de nouvelles perspectives. Mais prudence ! C'est aussi un engagement à long terme.


Qui n'a pas rêvé d'être un jour son propre patron ? Ou, du moins, de posséder un lien avec son entreprise plus fort que celui du commun des salariés ? C'est précisément ce que permet le statut d'actionnaire. Pour Joël Réthoré, consultant en rémunération au cabinet Hewitt Associates, « les directeurs commerciaux correspondent bien au profil des salariés à responsabilité auxquels on peut proposer des actions comme complément de rémunération, notamment au moment du recrutement ». Mais pour déterminer les incidences de l'actionnariat sur votre poste, il faut opérer une distinction entre ses différentes formes. « Posséder, au même titre que tous les salariés, un plan d'épargne entreprise (PEE) n'a pas les mêmes conséquences que recevoir des stock-options, ou de se voir invité au capital de son entreprise », relève Thierry Magin, consultant au sein du cabinet de conseil en management et rémunération MCR Consultants.

La stock-option, une gratification personnelle

Outre le PEE, donc, le premier stade d'actionnariat accordé aux cadres est constitué par les stockoptions. L'employeur peut les accorder selon son bon vouloir, soit dès le recrutement pour attirer des managers prometteurs, soit en cours de carrière. Son principe ? « Il s'agit d'un droit donné au salarié de devenir actionnaire dans le futur, moyennant un prix d'exercice fixe selon le cours de l'action au moment de l'octroi, explique Joël Réthoré. Le collaborateur peut vendre l'action après une période de blocage, que les entreprises établissent généralement à quatre ans. » Les stock-options constituent un formidable argument dans le cadre d'un recrutement. Aux grandes heures de la Net Économie, vers 2000, elles ont permis de rendre attractives quantité de petites sociétés qui pariaient sur leur réussite future sans avoir les moyens de verser des salaires mirobolants à leurs nouveaux cadres . « Aujourd'hui encore, les entreprises qui recrutent utilisent les actions pour se différencier de leurs concurrents », note Thierry Magin (MCR Consultants). D'autant qu'avec les stock-options, le manager ne prend aucun risque. En effet, si le cours de la Bourse est défavorable, il lui suffit de garder ses “stocks” en attendant des jours meilleurs, sans aucun frais. « Le seul risque est que les stock-options contrebalancent un fixe sous-évalué à l'embauche, ce dont il faut se méfier », prévient le consultant. Enfin, les stock-options agissent comme un formidable “boos ter”. Éric Dantinne, directeur commercial de la société de travail temporaire Creyf's, en a reçu au bout d'un an d'ancienneté. « J'avais appris lors de mon recrutement que cette possibilité existait. Aussi, quand on m'a attribué ces actions, j'ai pris cela comme une vraie reconnaissance. » Creyf's réserve, en effet, ce privilège à quelques cadres méritants. « C'est très motivant, aussi bien sur le plan personnel que managérial », assure Éric Dantinne, qui avoue qu'il s'agit d'un moyen efficace de retenir les collaborateurs. D'autant qu'une fois levées à l'occasion d'une fusion l'an dernier, les stock-options ont rapporté un bon complément de salaires à leurs heureux détenteurs.

Associé : vous vous engagez

Mais si vous souhaitez vous impliquer davantage dans l'entreprise, le mieux est d'acquérir une part du capital en devenant associé. Attention, cela n'est possible que sur invitation de l'employeur. Dans une structure à échelle humaine, entrer au capital est plus aisé puisque tous les cadres se connaissent et que la mise financière est souvent abordable. En revanche, dans les grandes sociétés, devenir associé nécessite de mettre sur la table une somme importante, ce qui n'est pas à la portée de tous. Dans certains cas, si l'entreprise connaît des difficultés, un manager peut même décider de devenir actionnaire pour renflouer le capital, voire reprendre la société, seul ou avec des collègues. Quoi qu'il en soit, mieux vaut avoir une certaine ancienneté, bien connaître la “maison” et souhaiter y rester. Car devenir associé entraîne des bouleversements. « Premièrement, le manager devra débourser une somme parfois importante et même aller jusqu'à s'endetter, observe Marc Leclerq, associé chez Valeur SA, conseil en efficacité commerciale et motivation. Deuxièmement, le directeur commercial devenu associé est lié par un contrat moral à l'entreprise. On ne convie pas n'importe qui au tour de table ; c'est très valorisant et, parfois, une telle proposition peut signifier que l'on est pressenti pour succéder aux dirigeants. » Avant de dire “oui”, mieux vaut donc vous assurer que le projet proposé est viable et qu'il vous motive. Mais refuser ce genre d'invitation peut comporter des risques. « Dans certaines entreprises, il est de bon ton que les cadres à haut potentiel entrent au comité de direction et deviennent associés. Refuser l'offre peut signifier un manque de motivation », met en garde Marc Leclerq. Arrivé il y a sept ans dans la s tar t -up Cosmobay Vectis, cabinet de conseil en management et nouvelles technologies, Jérôme Didier dirige aujourd'hui un département de 75 commerciaux. Il est également devenu associé. « La politique interne consiste à proposer à tous les directeurs de départements, membres du comité de direction, d'entrer au capital. J'ai pris cela comme une promotion. » En contrepartie, Jérôme Didier a apporté 20 000 euros. Il n'est pas à l'abri, dans le cadre d'une nouvelle levée de fonds, de devoir mettre la main à la poche. « La dimension de mon travail a changé, souligne-t-il. Je ne réagis plus seulement en salarié, mais aussi en chef d'entreprise. » Un associé est, en effet, consulté sur les décisions stratégiques et connaît les rouages de la société, à laquelle il s'identifie. Pour border ce lien très fort, les sociétés non cotées prévoient des pactes d'actionnaires. En cas de départ, les actions détenues par l'associé sortant peuvent être revendues prioritairement aux autres membres dirigeants. Pour éviter toute dilution du pouvoir.

Hervé Guéry, directeur des ventes de Webhelp, centre de contacts « Devenir actionnaire a modifié ma façon de manager »

Arrivé il y a trois ans chez Webhelp, un prestataire en télémarketing de 2 500 salariés, Hervé Guéry a bénéficié, il y a six mois, de BSPCE (bons de souscription de parts de créateurs d'entreprise) lors d'un changement d'actionnariat. Sa direction les lui a octroyés à condition qu'il réinvestisse dans la société, dont il est devenu l'un des six actionnaires salariés. Une évolution dans sa carrière qui a dopé sa motivation. « J'ai toujours eu l'esprit d'entreprendre et l'envie de créer ma société. Aussi, lorsque l'on m'a proposé de devenir actionnaire, je n'ai pas hésité longtemps. C'était pour moi une façon de devenir un peu mon propre patron. De plus, se voir inviter au capital est une belle preuve de reconnaissance. » Depuis, le directeur des ventes communique plus facilement avec sa hiérarchie et ses pairs actionnaires. Il a, en outre, acquis de nouvelles méthodes de management. « Je ne prends plus mes décisions en fonction des intérêts de mon service uniquement, mais je les replace dans le contexte global de l'entreprise et à long terme. »

Attention à la fiscalité !

Si les actions rapportent (plus-value au moment de la vente pour les stock-options, dividendes le cas échéant pour les actionnaires de sociétés non cotées), elles entraînent également des contraintes vis-à-vis du fisc. Les possesseurs de stock-options, lorsqu'ils décident d'exercer leurs actions, sont imposables à 41 % sur la plus-value d'acquisition (la différence entre le prix d'exercice et le cours de Bourse au moment où ils revendent leurs titres). En outre, ils doivent verser au fisc quelque 27 % sur la plus-value issue de la vente. « Quant aux associés – personnes physiques – d'une entreprise, ils sont imposables dans deux cas de figure : s'ils reçoivent du dividende à l'issue de l'exercice de leur société, celui-ci est soumis à l'impôt sur le revenu après un abattement de 40 %, note maître Hortense de Saint-Rémy, avocate au cabinet parisien Avens, Lehman et associés. Et lorsqu'ils revendent leurs parts, par exemple dans le cadre d'un pacte d'actionnaires, ils sont imposables à 27 % sur la plus-value de cession. »