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Et si vous preniez un congé parental?

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Concilier vie de famille et vie professionnelle n'est pas chose aisée. Vous souhaitez réduire totalement ou partiellement votre activité en prenant un congé parental? C'est possible sans pour autant «ruiner » sa carrière.

@ CORBIS/GRACE

La page du mercredi de son agenda reste toujours vierge. Aucun rendez-vous n'y est noté. La raison? Jean-Marc Poullard, responsable de l'équipe chargée des réclamations «techniques » au sein de la hot line du fournisseur de logiciels de gestion professionnels Ciel, ne travaille pas! Il a opté, voilà deux ans et demi, pour un congé parental à 4/5e et passe, depuis, la «journée des enfants » auprès de ses trois têtes blondes. «En tant que manager, je commençais tôt et finissais tard. Avec, en plus, trois heures quotidiennes de trajet, je ne voyais pas ma famille», relate-t-il. A la naissance de son deuxième enfant en 2004, c'est le déclic. «Je me suis dit stop! Soit je cherche un poste dans une autre entreprise, soit j'adapte mon travail à ma vie familiale. J'ai choisi la deuxième solution. » Autant dire que le cas de ce manager est assez inhabituel: les cadres sup' hommes en congé parental ne courent pas les rues. Même les femmes se font rares. Dans un sondage de juillet 2004 sur les Françaises et le congé parental d'éducation, l'Institut d'opinion TNS Sofres révélait que les femmes cadres supérieures étaient moins nombreuses à prendre un congé parental d'éducation que les mères actives en général: 20 % contre 37 % en moyenne. L'argument financier étant le plus souvent mis en avant. Et les hommes dans tout cela? Aucune étude, à ce jour, ne fournit de statistiques sur le nombre de pères cadres supérieurs optant pour ce type de congé. Le sujet serait-il tabou? «Non, mais il est clair que le congé parental n'est pas encore entré dans les moeurs des managers commerciaux», répond Bénédicte Flichy, coach chez Leroy Consultants, conseil en évolution professionnelle. A la tête d'une équipe et en charge de lourdes responsabilités, ces managers s'autorisent rarement à ralentir le rythme. «Pourtant, la fonction commerciale leur laisse de la latitude. Leurs équipes sur le terrain sont autonomes. Ils n'ont donc pas besoin d'être physiquement au bureau tous les jours», poursuit l'expert. Mais il est vrai que le congé parental ne jouit pas encore d'une bonne image dans toutes les entreprises. «Il est associé à une forme de fuite, voire d'échec réservé aux petits salaires», déplore Delphine Schatz, auteur de l'ouvrage, Cadres: interdites de congé parental? Editions L'harmattan, février 2004, 21,50 euros .

Florence Pétillat,
responsable marketing marché chez Ciel

«A mon retour, j'ai dû refaire mes preuves et démontrer à nouveau ma compétence.»

A savoir
Le congé parental, mode d'emploi



Pour qui? Tout salarié ayant au moins un an d'ancienneté dans la société peut demander un congé parental dès son premier enfant.
Sur quelle durée? Le congé parental est d'une durée initiale d'un an maximum renouvelable deux fois. Il peut être effectué à temps plein ou à temps partiel (au moins 16 heures par semaine).
Quelle rémunération? En fonction du choix du congé parental (à temps plein ou partiel), la rémunération du salarié est suspendue ou bien versée à proportion du temps de travail. La Caisse d'allocations familiales verse «le complément libre choix d'activité » aux salariés en congé parental. L'indemnité varie, là aussi, en fonction de la formule choisie. Pour un congé parental à temps plein, elle s'élève à 530,72 euros.
Pour les familles nombreuses, depuis le 1er juillet 2006, une nouvelle formule de congé parental permet aux parents de trois enfants de prendre un congé parental à temps plein d'un an maximum et mieux rémunéré (758,95 euros par mois).

Bien «vendre » son projet à sa direction

 

Pourtant, une poignée de cadres commerciaux et marketing ont osé prendre un congé parental sans mettre en péril leur carrière. Leur secret? L'avoir pris alors qu'ils étaient à l'aise dans leur poste. Et avoir bien »managé » leur projet.

Ainsi, quand elle a pris la décision de prendre un congé parental de trois ans à temps plein, Delphine Schatz, qui dirigeait le service clientèle de l'hôpital de Mulhouse et une équipe de 80 collaborateurs, a réfléchi à la meilleure façon de «vendre » son projet à son directeur général. «Je l'ai rassuré en lui disant que je garderais un oeil sur l'actualité professionnelle durant mon absence et que je viendrais le voir au moins neuf mois avant la fin de mon congé pour parler de mon retour, relate-t-elle. Sur ce point, j'ai fait preuve de souplesse en n'exigeant nullement de revenir au même poste. » On l'aura compris, on n'annonce pas son intention de prendre un congé parental comme on formule sa demande de congés d'été. Une entrevue avec son directeur général en tête-à- tête s'impose. Entrevue que le manager aura préparée dans les moindres détails. En cadre sup' responsable, le candidat, s'il choisit un congé parental à temps partiel, prendra soin de rassurer son N + 1 sur son infaillible flexibilité en précisant que, même absent, il restera joignable, et qu'il pourra modifier son emploi du temps en cas de réunion importante. S'il opte pour un congé à temps plein, le manager insistera sur sa volonté de maintenir le lien avec la société (contacts téléphoniques, visites de l'équipe, suivi de l'actualité de l'entreprise, etc.). Reste à organiser sa nouvelle vie professionnelle. En informant, dans un premier temps, son équipe. Là aussi, place à la transparence. « Le manager doit expliquer très clairement sa décision à ses collaborateurs, souligne Laurence Devillard, consultante en ressources humaines chez Demos, société de conseil en formation. Et pour conserver sa légitimité, il est important qu'il assume pleinement son choix.» Jean-Marc Poullard (Ciel) a ainsi expliqué, en toute simplicité, à ses collaborateurs qu'il ne travaillerait désormais plus le mercredi. «Ils ont été surpris mais ils ont vite compris qu'ils allaient gagner en autonomie. »

Le témoignage de Anabelle Flory,
responsable du marketing opérationnel au sein des Laboratoires Boiron

« Une solide organisation est indispensable pour garder le cap »


Depuis qu'elle a opté, voilà un an, pour un congé parental à 4/5e - elle ne travaille pas le mercredi -, Anabelle Flory, responsable du marketing opérationnel, vit à 200 à l'heure.
«Mon activité est concentrée sur quatre jours. Résultat je passe mon temps en réunion ou en entretien avec mes collaborateurs que je vois individuellement chaque semaine.» Impossible de trouver le temps nécessaire pour plancher sur des dossiers plus stratégiques en journée. La jeune femme se remet donc à l'ouvrage le soir chez elle. «Je travaille en moyenne deux à trois heures, deux soirs par semaine. Ce n'est guère confortable, il faut l'avouer, mais c'est le prix à payer pour avoir la joie de profiter de mon fils le mercredi!»

S'organiser et s'adapter

 

Si vous optez pour un congé à temps partiel, pourquoi ne pas travailler sur chacun de vos projets en binôme avec l'un de vos collaborateurs ou de confier à votre meilleur commercial la gestion de l'équipe en votre absence? Le cadre sup' ayant opté pour un congé parental de quelques mois seulement prendra soin de répartir ses dossiers les plus «court terme » entre les membres de son équipe. Il pourra conserver, s'il le souhaite, les projets stratégiques et choisir de travailler ponctuellement depuis son domicile. S'il envisage un congé d'un an ou plus, le manager participera à la recherche d'un candidat pouvant assurer l'intérim de son poste et le briefera.

Bien préparé, le congé parental requiert toutefois un temps d'adaptation. «La première année a été dure, reconnaît Jean-Marc Poullard. Je culpabilisais de laisser mes équipes seules face à des demandes délicates de clients. Résultat, je partais tard le mardi soir et j'arrivais à l'aube le jeudi. »

Finalement, il a demandé à son N + 1 de prendre les décisions urgentes en son absence. Pour autant, la vie du cadre sup' en congé parental à temps partiel n'est pas un long fleuve tranquille. Responsable du marketing opérationnel au sein des Laboratoires Boiron, Anabelle Flory ne travaille pas elle non plus le mercredi. Mais sa charge de travail n'est pas réduite pour autant et la jeune femme manager compense en travaillant régulièrement le soir chez elle.

Jean-Marc Poullard, manager chez Ciel

«En mon absence, mon N+1 prend les décisions urgentes.»

Garder un lien avec l'entreprise

 

Pour les cadres ayant opté pour le congé parental à temps plein, l'objectif est différent mais tout aussi crucial: garder un lien avec l'entreprise. En congé parental durant trois ans après la naissance de son deuxième enfant, Florence Pétillât, responsable marketing marché chez l'éditeur de logiciels Ciel, s'est astreinte à lire la revue de presse mensuelle de son entreprise. «Je téléphonais aussi à mon équipe tous les mois et j'allais déjeuner avec elle plusieurs fois par an», ajoute-t-elle.

Un lien essentiel en vue du retour du cadre sup' dans l'entreprise. Que le congé ait été total ou partiel, il est conseillé de solliciter une entrevue auprès de son N + 1 six mois avant son retour dans l'entreprise ou sa reprise à 100 %. Le temps nécessaire pour élargir le champ d'action de sa fonction - en cas de congé à temps partiel - ou pour définir une nouvelle mission en cas de non reprise de son ancien poste. Au manager d'être force de propositions et ouvert au changement. Neuf mois avant la fin de son congé parental, Delphine Schatz (hôpital de Mulhouse) a rencontré son directeur général. Son ancien poste était occupé par un manager compétent. Et aucune mission intéressante ne se profilait à l'horizon. «Mon directeur m'a alors proposé un poste de directeur des services économiques dans un plus petit hôpital de surcroit plus éloigné de mon domicile. Mais le contenu de la mission était intéressant et le poste à mi-temps. J'ai pris le risque et je m 'en félicite!» A l'opposé, Florence Pétillât (Ciel) a retrouvé son poste de responsable marketing marché au terme de son congé parental. Mais elle a dû batailler ferme pour retrouver sa légitimité auprès de ses équipes. «J'ai dû prouver à nouveau ma compétence, confie-t-elle. Il m'a fallu trois mois pour retrouver ma place. »