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Focus 3 : Le fleet management ou comment louer

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Les spécialistes de la location longue durée tirent une partie de leurs revenus d’une activité où ils ne louent rien. C’est la gestion pour compte, formule où le loueur n’est pas propriétaire des véhicules.

Sur quatre véhicules gérés par les acteurs de la location longue durée, un n’est pas en location. C’est que l’on appelle le fleet management, ou gestion pour compte. Le loueur n’est pas propriétaire des véhicules dont il assure pourtant la gestion au quotidien. On commence à parler de fleet management à partir du moment où le prestataire assure au moins deux services de gestion de flotte (maintenance, pneumatiques, assurance, assistance, etc.). Le plus souvent, le client est propriétaire des véhicules, mais il se peut que ces derniers soient loués à un prestataire. Les spécialistes de la location de longue durée (LLD) deviennent, dans cette configuration, des entreprises de services “purs”. « Une évolution accélérée par l’évolution des normes comptables dans les entreprises, se félicite Lionel Wolff, directeur général de DCS Fleet Service, le seul grand loueur qui ait plus de véhicules en gestion pour compte qu’en LLD. Aujourd’hui, on ne va pas comptabiliser de la même manière la finance lease, le coût de la location proprement dite, et l’operate lease, autrement dit les services vendus avec la location. » Et puisqu’on les compte séparément, pourquoi ne pas les acheter séparément ?

Une porte d’entrée vers la LLD

Premier cas : le client est propriétaire de ses véhicules. C’est très souvent le cas dans les grandes administrations et les entreprises publiques, qui ont longtemps formé le gros bataillon des clients de la gestion pour compte. Converties depuis peu à l’externalisation, elles sont allées progressivement vers ce système en commençant par confier l’entretien, puis l’assistance et, enfin, divers services qu’elles n’avaient plus vocation à assurer. Les entreprises privées ont suivi plus récemment. Le mouvement semble d’ailleurs prendre de l’ampleur. Mais il reste que la gestion pour compte n’est véritablement intéressante que pour les très grandes flottes, d’au moins un millier de véhicules. Elles peuvent négocier de meilleures conditions d’achat de leurs véhicules directement auprès des constructeurs plutôt qu’en passant par un loueur. Elles ont, également, la trésorerie suffisante pour être propriétaire de leur flotte. « Aujourd’hui, acheter coûte moins cher que louer… si vous avez du cash, bien sûr », relève Thierry Dubois, directeur d’Aon Auto. La gestion pour compte constitue aussi une porte d’entrée vers la LLD. « Très souvent, les clients qui souhaitent tester nos services commencent par nous confier la gestion de leur flotte, avant de passer en location longue durée si l’essai est concluant », confirme Lionel Wolff. Même les entreprises qui ne sont pas propriétaires peuvent opter pour ce schéma. Il leur suffit de dissocier, dans leurs appels d’offres, la location des voitures et l’entretien. C’est de plus en plus le cas pour les grands compte. « Ces sociétés répugnent à se mettre entre les mains d’un seul loueur, observe Thierry Dubois. Elles se retrouvent donc avec différents prestataires, qui assurent soit une partie d’un contrat de LLD, soit qui louent seulement une partie de la flotte de l’entreprise. À un moment, il faut rationaliser tout ça en séparant la partie gestion de la flotte de la partie location pure. » Avec la gestion pour compte, toute l’organisation et la gestion de la flotte sont personnalisées. D’où des casse-têtes parfois inextricables : qui gère quelles voitures ? Des loueurs “captifs constructeurs”, comme les filiales de Renault ou Peugeot, peuvent-ils gérer l’entretien de véhicules d’autres marques, par exemple ? Selon Thierry Dubois, la réponse est, sinon négative, du moins délicate. « Les loueurs ne sont pas forcément très à l’aise pour assumer la gestion de véhicules qui appartiennent à un autre loueur », estime-t-il. Un avis visiblement partagé par nombre d’acteurs du milieu.

Une gamme de services étendue

De nouveaux prestataires ont ainsi émergé, s’occupant seulement de la gestion pour compte. Ainsi, Aon Auto propose à ses clients de centraliser la gestion de leur flotte. Tout comme des entreprises spécialisées dans la réparation automobile : Midas, Speedy ou le spécialiste du pneu Euromaster. Réseaux denses et bien implantés, processus d’entretien des véhicules parfaitement rodés…, ces acteurs-là présentent bien des avantages. Euromaster a, par exemple, plus de 250 centres et revendique la place de leader pour l’entretien des pneus de flottes professionnelles. Plusieurs loueurs lui sous-traitent la partie pneumatique du contrat de LLD, et des clients grands comptes confient la gestion des pneus à Euromaster plutôt que de faire appel à un loueur sur ce point. Autres prestations du spécialiste des pneumatiques : le gardiennage des pneus d’hiver en été et vice-versa, l’entretien automobile complet, l’entretien à domicile ou sur site et, enfin, un service voiturier et une gestion complète de la flotte. La gamme concurrence sérieusement celle des “vrais” loueurs,Euromaster annonce gérer plus de 10 000 véhicules en direct. Avec la gestion pour compte et le “full service”, les gestionnaires de parc automobile salariés par le client tendent à disparaître. En effet, grâce au Web et au téléphone, le conducteur peut tout gérer. Face à ce constat, les prestataires ont eu l’idée de ne plus faire appel aux gestionnaires de parc. Un choix qui n’est toutefois pas partagé par tout le monde. « Tous les aspects opérationnels de la gestion de flotte vont finir par être externalisés chez des prestataires comme nous, estime Thierry Gloaguen, responsable marketing de LeasePlan. Mais un prestataire, on le surveille et on le dirige… Le gestionnaire de parc a donc encore de l’avenir. »