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Jean-Louis Birien : ARTT : il est tombé dedans il y a 10 ans !

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Rassurer, convaincre, réorganiser, rationaliser… Comme tous les consultants qui interviennent sur le dossier des 35 heures, Jean-Louis Birien jongle avec le droit et la psychologie.

Depuis plus de 10 ans, Jean-Louis Birien intervient auprès des entreprises pour mettre en place des systèmes d’aménagement du temps de travail. “Je me suis attelé à ce dossier dès la parution de la première loi sur la modulation, en 1988”, explique ce quinquagénaire à la large moustache qui dégage d’emblée une aimable bonhomie. Autant dire qu’en 1998 il était fin prêt lorsque le gouvernement a ouvert le dossier de l’ARTT, l’aménagement et la réduction du temps de travail. En un an et demi, il a accompagné la mise en place des 35 heures dans une cinquantaine d’entreprises, avec les deux autres consultants de JLB Conseil, entreprise qu’il a créé en 1972. Le cabinet qui accompagne aussi bien des grands groupes que des PME-PMI affiche notamment à son tableau de chasse le Club Med avec la préparation d’un accord Robien au village de Pompadour. Jean-Louis Birien est également intervenu auprès de Sigma Coatings, Conforama, Beiersdorf France, etc., et prépare actuellement la négociation d’un accord sur les 35 heures auprès de la Fédération des industries nautiques. Parallèlement, ce spécialiste des affaires sociales est maître de conférence au groupe HEC Management, et collabore régulièrement à l’Association nationale des directeurs et cadres de la fonction personnel (ANDCP), structure qui s’attache à “donner toute sa place à l’homme dans l’entreprise” et compte 4 000 adhérents. En 1996, il a mis sur pied, pour l’ANDCP, un groupe de travail constitué de directeurs des ressources humaines afin de réfléchir à l’ARTT. L’an dernier, il a de nouveau été sollicité pour créer un groupe d’études spécialisées sur la réduction et le temps de travail des cadres. Avoir une vision complète et nette Jean-Louis Birien joue sur plusieurs tableaux à la fois, ce qui lui permet d’avoir une vision complète de la situation : “Il y a une chose que les 35 heures sont en train de réussir, reconnaît-il, c’est de modifier complètement la vision de la durée du travail.” Il poursuit : “C’est clair et net, les derniers à en prendre conscience, ce sont les commerciaux qui voient plus les contraintes que les avantages et qui estiment que tout ce qui relève du contrôle est perçu comme un carcan.” Alors il faut expliquer, rassurer, convaincre, réorganiser, rationaliser “ce qui est rationalisable, sinon on risque d’en faire des fonctionnaires”. Pouvoir renégocier Écouter, dialoguer… un consultant est là pour tout mettre sur la table. “Les entreprises doivent en outre se soucier et suivre de très près la façon dont leurs propres clients mettent en place les 35 heures”, insiste Jean-Louis Birien. Lors de la rédaction des accords, elles doivent à tout prix se réserver la possibilité de renégocier certaines clauses tous les ans pendant trois ans. Il faut que les parties puissent se retrouver autour d’une table pour discuter de ce qui va et de ce qui ne va pas.”De cette même prudence, les entreprises font déjà preuve dans leurs recrutements. Et si le gouvernement a placé le recrutement comme un argument à la mise en place des 35 heures, Jean-Louis Birien est pour sa part sceptique. “Bien souvent, on se rend compte que les effectifs recrutés ne remplacent pas en totalité la perte de temps liée à l’ARTT. La réorganisation et la rationalisation du temps de travail font le reste”, constate le directeur de JLB Conseil, pour qui les effets sur l’embauche ne se feront pas sentir avant deux ou trois ans. “Lorsqu’il y a création d’emplois, il est frappant de voir que dans beaucoup d’endroits on recrée des fonctions qui avaient disparu les années passées, du type assistante.” À mi-chemin entre le droit et la psychologie, Jean-Louis Birien, comme ses confrères, surfe sur la vague des 35 heures. Les entreprises ont d’autant plus besoin de conseils que si elles ont cru un moment que la seconde loi allait régler tous les problèmes, elles se rendent compte que c’est loin d’être le cas.

Repères La loi sur la RTT est sur le point d’aboutir. Cadres et commerciaux n’ont pas échappé au projet, à l’exception des VRP. Le projet de loi distingue trois catégories de cadres : “les cadres dirigeants” non soumis à l’horaire collectif, “les cadres dont la durée de travail peut être prédéterminée” et dont les missions sont compatibles avec l’horaire collectif, et enfin “les cadres dont les horaires ne peuvent être prédéterminés” pour lesquels le décompte peut se faire en heures ou en jours avec un maximum de 217 jours par an. Martine Aubry étend cette possibilité de décompte en jours aux “salariés itinérants n’appartenant pas à la catégorie des cadres et dont la durée du temps de travail ne peut être prédéterminée”, autrement dit aux commerciaux.

Dates-clés 1965-1969 :Ingénieur technico commercial chez Fiat. Reprend le droit et la psychologie. • 1969 : Responsable du personnel d’une division d’ITT. • 1972 : Fonde le cabinet JLB Conseil. • 1988 :Premières missions sur l’ARTT. • 1994-1996 : Directeur relations sociales à Disneyland Paris. • 1999 : Mention spéciale du prix Manpower pour Pratique des relations et négociations sociales (Dunod). • 1er janvier 2000 :La loi entre en vigueur pour les entreprises de plus de 20 salariés et le 1er janvier 2002 pour les autres.

Mot clés :

Anne-Françoise Rabaud