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Les cadres se mobilisent contre le «flicage» de leur vie privée

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Le Syndicat des cadres a interpellé la présidence de la République sur la problématique de surveillance technologique des télétravailleurs et des salariés nomades.

@ J. TROMEUR/FOTOLIA/LD

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Les cadres français sortent de leur isolement et ils le font savoir! Le Syndicat des cadres (SDC) a en effet interpellé la présidence de la République, la semaine dernière, pour qu'elle prenne en considération les problématiques de protection de la vie privée des salariés français. «Les cadres n'ont plus un moment pour eux. 60% de nos adhérents se plaignent de se sentir épiés», argumente Rodolphe Juillet, secrétaire général du SDC, qui compte aujourd'hui 200000 adhérents. En soulignant, dans le mail adressé à l'Elysée, que «la liberté des cadres est un élément essentiel du respect de la personne», la confédération demande «une législation encadrant la «surveillance» du temps de travail des cadres ».Parmi les améliorations qui permettraient de garantir l'indépendance des cadres, le syndicat préconise que les services informatiques de suivi des collaborateurs soient désactivés 200 heures par mois, soit l'équivalent de quatre week-ends et quelques heures en semaine.

2007 L'avis de l'expert
Bernard Salengro, médecin du travail, à l'origine de la création de l'Observatoire du stress à la CFE-CGC

«Cette intrusion grandissante des NITC pourrait provoquer une perte importante d'efficacité»
«Le flicage évoqué ici pourrait devenir un vrai problème à l'avenir, et bien plus vite qu'on ne le croit !» assure Bernard Salengro, qui s'inquiète de la non- séparation entre vie privée et vie professionnelle. «Cette intrusion grandissante des nouvelles technologies dans nos vies provoquera sûrement une perte importante d'efficacité. Un trop-plein de reporting risque en effet d'amputer la capacité de réflexion des cadres. Or, notre cerveau ne fonctionne pas de façon analytique comme un ordinateur: nous raisonnons de façon globale. Et si le cadre passe trop de temps à effectuer des reportings, il perdra assurément en productivité», estime l'expert, qui craint que le cerveau finisse par ne plus faire ce travail de digestion dont il a besoin, laissant la machine l'effectuer à sa place. De quoi accroître la tension des cadres: 28% d'entre eux, interrogés dans le cadre du Baromètre du stress réalisé tous les six mois par la CFE-CGC, évaluent leur stress à un niveau 8 et plus sur une échelle de 1 à 10.

Ouvrir le dialogue avec les syndicats

 

A l'origine de ce «flicage», la généralisation du télétravail et de la mobilité professionnelle, obligeant l'employeur à garder un oeil sur ses salariés nomades.

Un communiqué de l'Elysée a invité patronat et syndicats à entamer des négociations sous les plus brefs délais. Gilbert Broncez, cadre dans l'aéronautique et l'un des initiateurs de la grogne, s'est dit «rassuré» par la réaction immédiate du président de la République. «A trop vouloir surveiller les cadres en déplacement à l'aide d'outils informatiques, les entreprises sont en train de les démotiver», a-t-il indiqué lors d'une récente conférence de presse.