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Les pratiques changent, le métier reste

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Simplification des tâches et amélioration de la communication entre les collaborateurs sont les atouts majeurs de l’e-management.

Pour nombre d’entreprises, les 35 heures ont fait souffler un véritable vent de panique, notamment dans les services de ressources humaines : comment gérer, en effet, les plannings de centaines de collaborateurs de manière hebdomadaire, sans pour autant pénaliser l’entreprise ? Beaucoup ont résolu le problème en s’équipant d’un intranet permettant aux salariés d’effectuer leurs demandes de RTT en ligne. “ Un tel outil permet d’envoyer la demande à un responsable qui la valide et l’information est alors automatiquement intégrée au logiciel de paye, qui prend en compte les absences et, ce, sans intervention humaine et sans papier, afin de simplifier les procédures ”, affirme Jacques Lebahann, fondateur d’Amalthis, un éditeur de logiciels pour les intranets. Résultat : sous la pression de l’obligation de la réduction du temps de travail, bien des entreprises, comme la SSII Integra, se sont dotées d’un intranet. Alors même qu’elles n’y voyaient, au départ, qu’un moyen de fluidifier des tâches administratives basiques de gestion du temps, elles y ont peu à peu découvert des vertus qu’elles ne soupçonnaient pas. Aujourd’hui, Integra prévoit de nouveaux développements (une base de connaissance synthétisant les retours d’expérience notamment) pour faire de l’intranet un outil de travail collaboratif. Aujourd’hui, certaines entreprises, enthousiasmées par leur expérience, sont allées jusqu’à bouleverser leurs pratiques managériales. Au Crédit Agricole Indosuez, par exemple, l’intranet est devenu, au fil des mois, un véritable outil d’e-management. “ Notre volonté était d’abord de proposer tout bêtement de l’information, se souvient Alexandre Perrod, responsable du projet à la direction des ressources humaines de la banque d’affaires. Et puis, en l’an 2000, nous avons eu de gros besoins de recrutement. À ce moment-là, nous avons mis en place une bourse à l’emploi sur le site, afin de permettre aux 12 000 collaborateurs du groupe à travers le monde de postuler. Nous avons alors constaté un immense intérêt et nous nous sommes rendu compte que, grâce à cet outil, les collaborateurs devenaient acteurs de leur propre évolution de carrière. ”

Partager l’information

C’est bien l’un des principaux changements induits par l’e-management : “ Les technologies Web transforment le manager traditionnel, car il doit se poser la question de son rapport à la détention et à la diffusion de l’information ”, analyse Olivier Lagrée, consultant pour Oracle et auteur de E-management, comment les nouvelles technologies transforment le rôle du manager. Une évolution très claire au Crédit Agricole Indosuez : aujourd’hui, l’intranet comprend également des fonctions qu’il aurait été inimaginable de traiter, il y a quelques mois, de manière électronique. Ainsi, une partie du site permet aux collaborateurs qui le souhaitent de faire un bilan de compétences. Chaque participant s’évalue sur une dizaine de critères (sens de l’équipe, créativité, etc.) et demande à ses proches collaborateurs de le juger. “ Alors qu’il n’y avait aucune obligation de participer, raconte Alexandre Perrod, au final, environ un millier de salariés ont effectué ce bilan. Nous ne pensions pas que cela rencontrerait un tel succès. ” Et surtout, il aurait été impossible d’organiser cette opération à une telle échelle sans l’intranet : “ Ça aurait coûté trop cher et des problèmes logistiques se seraient posés. Au mieux, nous aurions pu faire cela avec une dizaine de personnes. ”

Les nouvelles pratiques de l’e-manager

À l’évidence, l’e-management n’est pas un simple terme inventé par des consultants en mal de concepts nouveaux, mais recouvre bel et bien une réalité de l’entreprise. “ L’e-management existe, affirme Olivier Lagrée, et on peut considérer qu’un nouveau style, un nouveau modèle de management est en train d’émerger. ” Cela signifie-t-il pour autant que le management traditionnel est à jeter aux orties ? “ Évidemment non ! ”, répond Jacques Lebahann. Et l’homme sait de quoi il parle : en tant qu’ancien consultant en ressources humaines, il a conscience que l’on ne peut pas tout demander à la technologie. “ Il faut savoir qu’il y a des limites et que l’on ne peut utiliser les nouvelles technologies que pour automatiser des chaînes de validation – par exemple pour des demandes de congés –, publier un catalogue de formations en ligne, mettre sur un site des offres d’emploi, créer un journal interne dynamique, etc. ” Ainsi, ce qui change, ce sont les manières de conduire un projet et les procédures de communication entre les collaborateurs de l’entreprise. L’e-management est certes synonyme d’efficacité et de productivité ; mais la gestion des ressources humaines n’en demeure pas moins un métier… humain.

Avis d’expert

Olivier Lagrée

, consultant chez Oracle et auteur d’un ouvrage sur l’e-management “ Un nouveau style de management est en train d’émerger ” “ Les technologies Web changent la pratique du manager dans l’animation des hommes et dans la gestion des projets. Il y a toute une culture managériale née de l’e-business qui se caractérise par l’innovation et l’impertinence. Ces technologies permettent aux responsables d’améliorer et d’accélérer la communication entre les collaborateurs, mais aussi d’être plus efficaces dans leur métier. Un e-manager, c’est, par exemple, quelqu’un qui partage les informations et qui utilise Internet pour aller voir ce que font ses concurrents. ”

À retenir

- Les technologies Web, au premier rang desquelles figure l’intranet, apportent des changements dans la pratique des managers. - Les nouvelles technologies permettent, avant tout, d’automatiser des tâches administratives relatives à la gestion des ressources humaines : demandes de congés, consultation d’informations, d’organigramme, etc. - L’e-management permet de fluidifier et de partager l’information dans l’entreprise afin de responsabiliser chaque collaborateur.

Témoignage

Alexandre Perrod

, responsable du projet à la direction des ressources humaines du Crédit Agricole Indosuez “ Grâce à l’intranet, nous gardons notre énergie pour des tâches à forte valeur ajoutée ” Récompensé par “L’Intranet d’or”, décerné par la Cegos, le Crédit Agricole Indosuez est exemplaire en matière d’e-management. L’intranet du groupe est en effet très complet et très cohérent : “ Tout ce qui a pu être automatisé l’a été ”, explique Alexandre Perrod. De la consultation d’offres d’emploi à l’évaluation de compétences, en passant par la gestion des congés et des modules d’e-learning, le site permet aux salariés de se responsabiliser. “ Chacun devient acteur de sa carrière et nous considérons nos collaborateurs comme des clients internes qu’il faut motiver et fidéliser. L’intranet est un bon moyen d’y parvenir. ” L’expérience est si concluante que la banque d’affaires ne cesse d’enrichir son site. Par exemple, un module pédagogique a récemment été mis en ligne pour les nouveaux arrivants dans l’entreprise : “ Ils y trouvent des informations pratiques qui leur permettent de mieux s’intégrer, ce qui pallie le déficit de renseignements dans une période aussi cruciale que l’intégration. ” Le Crédit Agricole ne souhaite pas divulguer le montant investi dans la création et la gestion de l’intranet, mais Alexandre Perrod parle d’un “ retour sur investissement immédiat ”.

Mot clés :

Frédéric Thibaud