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Reconversion. Êtes-vous mûr pour créer votre boîte ?

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Se lancer en solo ne se décide pas sur un coup de tête. Veillez à tester votre motivation et à validez vos aptitudes, ainsi que votre projet.

Selon l’Insee, un jeune entrepreneur sur deux met la clé sous la porte dans les cinq ans qui suivent son installation. « De plus, nombre d’échecs surviennent dès la première année », précise Daniel Lecat, directeur du département création d’entreprises chez Right Garon Bonvalot. Moralité de ce bilan en demi-teinte ? « On ne s’improvise pas chef d’entreprise du jour au lendemain », rappelle Xavier Delaunay, consultant spécialisé dans l’accompagnement des entrepreneurs et des personnes en mobilité. Avant de se lancer en solo, les managers commerciaux doivent se poser la question suivante : Suis-je réellement mûr pour créer ma boîte ? « Il ne faut pas confondre l’envie de bouger, c’est-à-dire le souhait d’évoluer en interne ou de changer d’entreprise, et la volonté ferme de devenir entrepreneur », prévient l’expert. Attention, donc, aux “coups de blues” passagers – les spécialistes parlent de “dépressions transitoires” – dues à un chiffre d’affaires en chute libre ou à un simple retour de vacances. Cette “baisse de régime”, si elle s’installe dans la durée, est révélatrice d’un malaise plus profond. « En général, le manager se sent à l’étroit dans son poste et s’ennuie », observe Daniel Lecat. Alors chef de projet en charge des services payants sur Internet chez Wanadoo, Olivier Rolland, créateur du site Touslesreves.com, avait pris peu à peu de la distance vis-à-vis de son poste. « J’étais frustré que mes idées ne rencontrent pas d’écho en interne, confie-t-il. De nombreux projets restaient dans les cartons. Je ne supportais plus cette déperdition d’énergie et cette gestion humaine à court terme. »

Entamer un bilan de compétences

Déterminé à voler de ses propres ailes, le chef d’équipe va néanmoins devoir valider son aptitude à endosser la tenue de chef d’entreprise. Car, comme le souligne Daniel Lecat, « tous les managers commerciaux ne sont pas des entrepreneurs en puissance ». Les experts conseillent de réaliser un bilan de compétences, assorti d’un bilan personnel sur son projet de vie. Et de rencontrer des entrepreneurs afin de confronter l’idée que l’on se fait de leur quotidien et la réalité. « Le salarié et le chef d’entreprise ne vivent pas sur la même planète, sourit l’expert. Et le manager doit en être conscient. » En clair, tout change… ou presque. Chef de file chargé d’appliquer la stratégie de l’entreprise, le manager va devenir un gestionnaire doublé d’un vendeur terrain. Polyvalent, il va traiter directement en face-à-face avec ses clients et parer, bien souvent, au plus pressé : tel prospect n’a pas renvoyé son bon de commande, tel fournisseur n’a pas rappelé comme convenu mercredi, etc. « Réactif et intuitif, il doit être capable de prendre des décisions dans l’urgence, sans toujours maîtriser l’ensemble des paramètres », indique le porte-parole de Right Garon Bonvalot. Un quotidien d’autant plus stressant que le chef d’entreprise est seul maître à bord. Un sentiment d’isolement qui peut vite influer sur son moral s’il ne s’y est pas bien préparé. « Se mettre à son compte est une démarche purement solitaire, poursuit l’expert. Un caractère indépendant, ainsi qu’un goût prononcé pour le risque, sont indispensables. » Car l’entrepreneur est responsable à 100 % de son entreprise, juridiquement, pénalement et financièrement, bien sûr.

Un soutien familial indispensable

Lancer une affaire nécessite une mise de fonds qui engage souvent les biens personnels de l’entrepreneur. « Il est primordial que la famille cautionne ce choix professionnel car, sans son soutien, le manager court droit à l’échec », affirme l’expert. Parler sans détour à son entourage de son projet et de tous les changements qu’il implique est une priorité. Oubliés les RTT et les loisirs, le jeune entrepreneur ne compte pas ses heures, travaille six jours sept et subit une baisse de revenus non négligeable. Cela dans le meilleur des cas, car certains chefs d’entreprise ne se versent aucun salaire durant six mois ou plus. Le manager devra, enfin, vérifier la viabilité de son projet. Pour cela, une solide étude de marché s’impose. L’objectif ? Identifier la concurrence et détecter les clients à prospecter. Soumettre son projet à des spécialistes de la création d’entreprise et à des entrepreneurs chevronnés est également recommandé. « Le manager doit mettre à profit toutes les remarques, encourageantes ou non. Car le bon conseil, c’est aussi celui qui engendre le doute », note Xavier Delaunay. Pour optimiser ses chances de succès, le manager devra s’entourer des bonnes personnes : d’un comptable, d’un juriste et… d’un coach. « Cet accompagnateur peut être un professionnel, un ami ou un membre de la famille. Le principal est qu’il lui serve de miroir », ajoute l’expert. Bien épaulé, le manager pourra se lancer sans appréhension et goûter aux joies de l’indépendance.

Témoignage

Olivier Rolland, créateur du site www.touslesreves.com « Mieux vaut éviter de se lancer seul dans cette aventure » Olivier Rolland, 32 ans, a toujours su qu’il se mettrait un jour à son compte. « J’y pensais, mais je ne me sentais pas prêt. » Pendant dix ans, il multiplie les expériences au sein de grandes entreprises. Chef de produit puis directeur du marketing chez Nestlé, directeur de clientèle chez McCann-Erickson, responsable commercial chez Real Media (régie publicitaire) et chez Emap, et enfin chef de projet en charge des services payants de Wanadoo. « Le déclic s’est produit lorsqu’un ami psychanalyste m’a soumis l’idée d’un site payant d’interprétation des rêves. J’étais bien placé pour savoir que cela pouvait fonctionner. De plus, plusieurs de mes amis créaient leur boîte. Je me suis dit : “Pourquoi pas moi ?” » Fort de son expérience sur le Net et de ses nombreux contacts professionnels établis chez Wanadoo, Olivier Rolland décide de se lancer. En juillet 2003, il quitte la filiale de France Télécom dans le cadre d’un plan social et crée une SARL. Il externalise toute la partie technique (graphisme, ergonomie), confie la partie rédactionnelle à son ami analyste et part à l’assaut des fournisseurs d’accès. Même s’il ne se verse pas encore de salaire, il ne regrette pas une seconde son choix. « Je revis ! », confie-t-il.

Droit

La loi Dutreil : un pas de géant vers l’entrepreunariat Longtemps considérée comme marginale en France, la création d’entreprise sort aujourd’hui de l’ombre grâce à la loi de Renaud Dutreil, secrétaire d’État aux PME, au Commerce et à l’Artisanat. Entrée en vigueur le 6 août dernier, cette loi pour l’initiative économique vise à faciliter et à encourager la création d’entreprise. Parmi les mesures phares, on retient notamment la suppression de l’exigence d’un montant minimum de capital pour la constitution d’une SARL, la simplification des démarches administratives (institution du récépissé de dépôt du dossier de création d’entreprise, possibilité d’effectuer ses déclarations sur Internet), la protection de l’habitation principale des entrepreneurs individuels et le droit, pour les salariés souhaitant créer ou reprendre une affaire, de travailler à temps partiel chez leur employeur, afin de mener à bien leur projet en amont (monter le dossier, trouver l’emplacement, convaincre ses partenaires, etc.). Avant la fin de l’année 2003, Renaud Dutreil devrait exposer le second volet de sa loi. Celui-ci devrait concerner le développement de l’entreprise et le statut de l’entrepreneur, ainsi que celui de son conjoint.

Mot clés : projet |

Emmanuelle Sampers