Mon compte Devenir membre Newsletters

Refuser une promotion sans se mettre à dos son N+1

Publié le par

Dire non à une promotion est très délicat. Pour ne pas rompre la relation de confiance avec votre supérieur hiérarchique et éviter de freiner votre carrière, explicitez votre refus et proposez des alternatives.

@ PHILIP HUNTON/FOTOLIA/LD

Lorsque votre supérieur vous propose une promotion, il attend généralement que vous exprimiez votre satisfaction et fassiez preuve d'une certaine reconnaissance envers lui. Logique, sauf quand ladite promotion ne correspond pas à vos aspirations professionnelles et/ou à votre projet de vie personnel. A vos yeux, la seule issue possible est alors de la refuser. Sachez tout d'abord qu'un tel refus n'est plus aujourd'hui une exception chez les managers commerciaux: «Il fut un temps où les chefs d'équipes se consacraient exclusivement au management, explique Jean-Louis Muller, consultant à la Cegos. Aujourd'hui, les directeurs commerciaux managent toujours mais ils gèrent également des comptes clients, s'occupent des reportings et incarnent les orientations de l'entreprise. Bref, leurs responsabilités, et par conséquent les causes de stress, sont démultipliées. Etre «chef» n'est donc plus une fin en soi pour les cadres commerciaux, qui ne répugnent plus, parfois, à refuser de telles responsabilités.» A cela s'ajoute une certaine prise de distance des managers vis-à-vis de l'entreprise: la composante «travail» n'est plus le seul moteur de leur vie et il leur importe avant tout de concilier carrière et vie de famille. Seulement voilà, même s'il est légitime de refuser une promotion, il convient de le faire en bonne et due forme pour ne pas, d'une part, se mettre à dos son N+1, et d'autre part, se «griller» définitivement en interne.

Jean-Louis Muller, consultant à la Cegos

«Montrez que vous agissez aussi dans l'intérêt de la société.»

1 Ne pas opposer un refus immédiat et demander un temps de réflexion

Votre N+1 vous a fait part de son intention de vous promouvoir à un poste qui, malheureusement, ne répond pas à vos aspirations professionnelles et à votre projet de vie personnel. Surtout, pas de précipitation! Commencez par le remercier pour la marque de confiance qu'il vous accorde, puis demandez-lui un temps de réflexion. «Vous pouvez dire: «Je suis très sensible à votre proposition et honoré que vous ayez pensé à moi. Permettez-moi d'examiner tous les éléments avant de vous répondre»», suggère Jean-Louis Muller. Votre N+1 ne s'offusquera pas de cette demande: un temps de réflexion est très souvent requis par les managers dans pareille situation. De plus, solliciter ce délai (trois jours, en moyenne) est essentiel pour ne pas agir à la hâte et refuser cette promotion sans y avoir réfléchi au préalable et donc sans explication crédible et constructive. «Refuser une promotion sans explication est dangereux, voire suicidaire, confirme Philippe Guittet, consultant de PG conseil, cabinet de gestion de carrière et de coaching professionnel. Il faut bien comprendre qu'en proposant une promotion à son collaborateur, le N+1 lui accorde sa confiance, lui offre une récompense, un cadeau. Et s'engage personnellement dans cette évolution de carrière. Un refus net sans argumentation peut être perçu par ce dernier comme un réel affront.»

2 Prendre le temps de construire son argumentaire

Durant ces quelques jours de réflexion, prenez le temps de discuter de cette promotion et de votre intention de la refuser avec votre conjoint et certains de vos amis ou collègues. Ils pourront émettre des idées intéressantes qui vous aideront à y voir plus clair et pourront vous servir pour formuler votre décision et argumenter votre refus. Pesez ensuite le pour et le contre en jetant sur le papier les «plus» et les «moins». Le plus important est d'être en accord avec vous-même et d'identifier la ou les vraies raisons qui vous amènent à refuser cette promotion. Vous pourrez ensuite plus facilement trouver les arguments pour expliquer votre décision. Toutefois, quelques règles sont de mise. «Il est préférable de mettre en avant des raisons professionnelles, les motifs personnels n'étant exposés que lorsque cela s'impose, en cas de mobilité géographique par exemple», indique Jean-Louis Muller (Cegos). Vos arguments doivent expliquer votre choix mais aussi démontrer, de façon habile et sans vous dévaloriser, que vous apportez une plus grande valeur ajoutée en restant à votre poste ou en occupant, à terme, une autre fonction que celle qui vous est proposée. En clair, montrez que vous agissez dans l'intérêt de l'entreprise. Enfin, restez factuel, ne vous épanchez pas, ne vous confiez pas: «Il faut être habile et tactique tout en étant en accord avec soi-même», conseille Jacques Coignard, directeur associé d'Eos Conseil, cabinet spécialisé en conseil en évolution professionnelle. Si, par exemple, vous vous apprêtez à refuser un poste de directeur commercial alors que vous êtes chef de région, car vous ne souhaitez pas quitter définitivement le terrain, vous pouvez expliquer cette volonté de rester en contact avec les clients et avec vos commerciaux en valorisant vos compétences de manager de proximité. «L'erreur ici serait de confier son désintérêt pour les réunions au siège et les reportings», prévient l'expert.

3 Etre confiant et assumer sa décision face à sa hiérarchie

Une fois face à votre supérieur, votre bel argumentaire risque peut-être de vous paraître un peu «léger». Ne perdez pas vos moyens et restez confiant. Sachez aussi que votre N+1 préférera de loin un «non» argumenté qu'un «oui» timoré. Sylvain Raynal, directeur commercial des Imprimeries Grasset, a apprécié la sincérité de sa collaboratrice quand celle-ci a refusé la promotion qu'il lui offrait. «Elle était responsable d'un petit secteur géographique et je lui proposais de prendre la tête du Sud de la France, relate le manager. Elle m'a expliqué que sa vie familiale - elle était divorcée et élevait seule ses deux enfants - ne lui permettait pas, d'un point de vue organisationnel, d'assumer de telles responsabilités. J'ai apprécié qu'elle m'explique clairement son refus plutôt qu'elle accepte ma proposition sans conviction.» Assumer son choix tout en étant lucide quant à l'image que l'on peut renvoyer à son N+1 à ce moment précis sont deux points importants. «Après vous être expliqué, vous pouvez dire: «Je sais que ce que je viens de vous expliquer peut me faire passer pour quelqu'un de peu ambitieux, mais ce n'est pas le cas ni le motif de mon refus»», conseille Jean-Louis Muller. Afin de ne pas laisser de «malaise» s'installer, il est aussi conseillé d'adopter un discours responsable, comme le préconise Jacques Coignard: «Vous pouvez dire: «J'espère que la confiance n'est pas rompue entre nous. J'aimerais aussi que l'entreprise accueille ma décision positivement et, si ce n'est pas le cas, en être informé».»

Jacques Coignard, directeur associé d'Eos Conseil

«Faites en sorte que la confiance ne soit pas rompue.»

4 Rester ouvert à d'autres promotions

Il est très important, au cours de cet entretien, de bien préciser que vous n'êtes pas opposé à une promotion dans l'absolu. «Rediscutez avec votre N+1 de vos aspirations, en insistant bien sur le fait que vous souhaitez plus que jamais vous investir dans l'entreprise», explique Philippe Guittet. Si vous avez une idée précise de votre souhait d'évolution à court terme ou un projet de développement pour l'entreprise bien ficelé, vous pouvez alors en faire part à votre N+1. «Proposer un projet alternatif, c'est témoigner du respect à votre supérieur hiérarchique et à la confiance qu'il vous a accordée, poursuit l'expert. Vous ne rejetez plus sa proposition, vous la réaménagez.» Mais si tel n'est pas le cas, inutile de vous inventer des rêves de nouvelles missions dans lesquels vous ne croyez pas: vous pouvez néanmoins proposer vos services pour participer à des projets transversaux ou à des missions ponctuelles de management. Il arrive aussi parfois que le N+1 aménage sa proposition. C'est le cas de Sylvain Raynal avec sa collaboratrice: «J'ai conservé mon idée de lui confier le secteur Sud de la France, mais au lieu de lui faire encadrer une force de vente importante, j'ai décidé de confier ses clients les moins stratégiques à une équipe de télévente et de lui réserver les clients à haut potentiel. Au final, cette proposition a fait l'unanimité.»

Ne dites pas... Dites plutôt...

- Vous ne voulez pas quitter l'opérationnel
«Je n'ai pas envie de passer mon temps dans les réunions et dans la gestion des reportings.»
«Je serai plus performant à un poste opérationnel, mais je reste ouvert pour prendre en charge un secteur plus grand ou plus stratégique.»


- Vous ne souhaitez pas prendre de nouvelles responsabilités
«Je ne me sens pas à la hauteur, je n'ai pas les compétences pour assumer une telle fonction.»
«J'ai le sentiment de ne pas être allé au bout de mon poste actuel et je préfère être à l'aise dans ma fonction présente avant d'assumer de nouvelles responsabilités.»


- Vous refusez une mobilité géographique
«Je n'ai jamais changé de région.»
«Je dois trouver un équilibre entre vie professionnelle et vie familiale et cette mobilité géographique ne me le permet pas.»


- Vous avez identifié un problème relationnel avec votre futur supérieur hiérarchique
«Je ne veux pas travailler avec cette personne car elle est difficile à vivre.»
«Ce n'est pas envisageable, car cette relation ne serait pas productive pour l'entreprise.»