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Retrouver un emploi après mission possible !

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Bien que pénible, la quête d'emploi du “quinquadre” n'est pas désespérée. Car, pour les recruteurs, il dispose d'atouts et d'une expérience séduisants… à présenter à bon escient.


Trop jeune ! Trop vieux ! Le marché de l'emploi répond à des critères stricts, voire rigides. Et les “quinquadres” en font souvent les frais. Pourtant, démographie et système de retraite obligent, la relation des quinquagénaires avec l'entreprise va devoir évoluer. « À 50 ans, il ne faut pas oublier qu'il reste quinze ans de carrière devant soi », rappelle Patrick Blum, consultant auprès du cabinet de recrutement Opteaman. En attendant que les mentalités évoluent, les cadres de 50 ans confrontés au marché de l'emploi doivent donc forcer le destin. Car, à ce stade, la recherche d'un travail ne va pas de soi. « Elle peut même être longue et compliquée, ajoute Patrick Blum. Il est encore souvent très difficile de faire passer le CV d'un cadre de 45 ans ou plus lorsque l'entreprise a imaginé un candidat de 35 ans. » Par conséquent, dès que vous perdez votre poste, ne perdez pas de temps. Et commencez très vite par vous lancer dans un bilan de compétence pour identifier les pistes professionnelles envisageables. Il s'agit de valider vos capacités et votre projet professionnel. Un bilan qui peut se faire avec l'aide d'une société de conseil spécialisée ou bien seul, avec votre entourage. Les plus chanceux seront accompagnés, durant quelques mois, par un cabinet d'outplacement payé par l'ancien employeur. « C'est extrêmement utile à cet âge, insiste Patrick Blum. Alors surtout, au moment où vous vous séparez de votre employeur, ne cherchez jamais à négocier en argent sonnant et trébuchant l'outplacement que votre employeur vous propose. Ce serait un très mauvais calcul. »

Au-delà des compétences techniques…

« Si vous souhaitez absolument briguer un nouveau poste de directeur commercial, sachez que votre expérience peut intéresser les PME qui ne peuvent se permettre de faire la fine bouche sur votre âge et qui ont souvent besoin de recruter des cadres et managers très rapidement opérationnels », souligne Philippe Guittet, directeur général de PG Conseil, société spécialisée dans l'accompagnement des personnes en recherche d'emplois et l'évolution des carrières. « Les seniors auraient tort de se priver de 90 % du marché qui recherche ce profil de collaborateurs aguerris. » Toutefois, les quinquadres ne doivent surtout pas se contenter de cette unique piste. Alors premier conseil : cassez les schémas “tout faits”, les idées reçues et soyez ouverts aux opportunités auxquelles vous n'aviez pas pensé. Et surtout, ne vous focalisez pas sur le CDI. « À 50 ans, cela peut s'avérer une mission difficile. Surtout lorsque les cadres se sont laissés enfermer dans un secteur », analyse Gérard Fournier, directeur général de Boyden Interim Executive. Car la compétence des managers chevronnés ne se résume pas aux seuls acquis techniques. Elle réside surtout dans leur connaissance générale de l'entreprise et du management humain. Des qualités transversales au sein de l'entreprise, qui peuvent ouvrir d'autres portes… Et notamment mener au conseil. Mais attention, pour réussir dans cette voie, il faut répondre à deux critères : avoir un énorme réseau professionnel, afin de démarrer et pérenniser son activité, et disposer d'une vraie spécialité. « Et le seul fait d'être directeur commercial n'en n'est pas une ! », met en garde le porte-parole d'Opteaman. Mais les perspectives de carrière des quinquadres ne se résument pas à ces deux possibilités. D'autres voies, moins évidentes, sont possibles à condition de se détacher de ses anciennes fonctions pour élargir les recherches à de nouveaux horizons. « L'expérience des seniors est un luxe dont ils n'ont souvent pas conscience ! », constate Philippe Guittet. Pour Gérard Fournier, les cadres de 50 ans et plus ont tout intérêt à s'ouvrir aux missions. L'entreprise “achète” pour une période donnée une compétence précise, un savoir-faire que le manager a développé au cours de sa carrière et dont elle a besoin ponctuellement. « Mais dans ce cas, le cadre ne va pas automatiquement retrouver le niveau de rémunération qu'il avait acquis », indique Gérard Fournier. Un problème récurrent. Et là, tous les experts parlent d'une même voix : pour rebondir, les quinquadres doivent être prêts à accepter une baisse de salaire… Pour Patrick Blum, c'est le point sensible des seniors qui se retrouvent sur le marché de l'emploi. « Il faut “faire le deuil” des niveaux de rémunération précédents ainsi que des avantages professionnels… Au cours de ma carrière, j'ai croisé trop de quinquagénaires qui ne voulaient rien lâcher et qui, du coup, rataient des opportunités. Alors que l'on peut accepter une baisse de salaire de 20 % pour décrocher un nouveau poste avec l'espoir de regagner et même de progresser au-delà en deux ou trois ans. »

Le réseau plutôt que les annonces

Le parcours de Louis Platiau, quinquagénaire spécialiste du marché de l'immobilier, illustre bien tout le bénéfice à retirer de ce raisonnement. À 51 ans, il a été confronté au chômage et a très vite décidé de créer sa société à Paris. Mais son réseau professionnel y était inexistant. Alors en premier lieu il décide de s'en créer un. « J'ai quitté la région Champagne-Ardenne et me suis installé à Paris où je suis entré à La Tour Immo (spécialiste de l'immobilier d'entreprise, ndlr) comme directeur du développement. Bien sûr, j'ai fait de gros sacrifices en termes de rémunération. Au plus fort de ma carrière, je gagnais 150 KE, mon salaire a été divisé par quatre… » L'an dernier, son réseau professionnel constitué, Louis Platiau a créé sa société spécialisée dans l'immobilier d'entreprise. « Les affaires marchent bien et j'ai doublé mes revenus par rapport à mon dernier poste en tant que salarié. » Enfin, pour la recherche, ne misez pas uniquement sur les annonces presse. Bien souvent l'âge reste un critère rédhibitoire et le CV des quinquadres ne passe pas le premier tri. Alors n'hésitez pas, appuyez-vous sur votre réseau et ne ratez aucune occasion de le développer. « Les cassures professionnelles sont inévitables aujourd'hui, insiste Philippe Guittet (PG conseil). Alors n'ayez aucun complexe à solliciter votre réseau à ce moment-là. » Vos atouts principaux résident dans vos années d'expérience et dans les nombreux contacts que vous avez noués durant cette période…

Didier Parjadis, manager commercial « Avoir des cheveux blancs peut être un avantage »


« Les quinquadres ne doivent pas se battre sur l'expertise technique qu'ils acquièrent dès le début de carrière, mais sur leur très bonne maîtrise du fonctionnement de l'entreprise et du management des hommes », assure Didier Parjadis. Après avoir occupé diverses responsabilités de manager commercial et de conseil, celui-ci effectue désormais des missions à durée déterminée. La première fut chez Thomson. L'entreprise bouleversait son système informatique et recherchait quelqu'un pour accompagner le changement. « Pour ce type de mission, un cadre confirmé a une vraie valeur ajoutée », évoque Didier Parjadis. Une expérience qu'il a reconduite avec Le Crédit Immobilier de France qui lui a confié un poste en intérim de directeur commercial et marketing, en province. « Les équipes étaient démotivées et l'entreprise n'avait pas le temps de former quelqu'un. La direction avait compris que, pour reprendre très vite la main, le fait d'avoir des cheveux blancs pouvait être un avantage… ». À 55 ans, Didier Parjadis vogue donc ainsi de mission en mission. « Bien sûr, je ne refuserais pas un CDI. Lorsque je passe trois, quatre ou cinq mois d'inactivité entre deux missions, le temps paraît long… et il faut être solide. » Au fil du temps, il a appris quelques règles qu'il partage volontiers avec d'autres cadres seniors à la recherche d'un job : « Il ne sert à rien de multiplier les envois de CV dans la nature, car trop souvent le premier tri laisse peu de chance aux CV des quinquas. Pour parler franchement, je ne crois pas aux réponses aux annonces ! À l'inverse, pour sortir du lot, je veille à nouer le maximum de contacts. Un dernier conseil : ne négligez ni les nouvelles technologies, ni l'anglais. Ces deux compétences sont désormais indispensables pour mener à bien n'importe quelle mission de management commercial. »

Liliane Hénon, directrice de la communication du Sneps, syndicat national des entreprises de portage salarial « Plus d'un tiers des consultants “portés” sont des seniors »


Le portage salarial permet à des cadres de développer leur activité de conseil, tout en bénéficiant du statut de salarié car ils sont rattachés à une société de portage. Si cette formule ne s'adresse pas exclusivement aux quinquagénaires, ils constituent néanmoins le gros des troupes. « Le “porté” est souvent un ex-salarié dont l'âge se situe entre 40 et 55 ans environ, explique Liliane Hénon, directrice de la communication du Sneps. Au sein de l'organisation, plus d'un tiers des consultants portés sont des seniors. S'ils sont aussi nombreux, c'est tout simplement parce que la formule leur correspond bien : il faut être autonome et posséder un très bon réseau relationnel pour être à même de rechercher ses propres missions et négocier les conditions avec l'entreprise (honoraire, durée de la mission, etc.). Deux aptitudes que l'on retrouve auprès des cadres de 50 ans qui ont “roulé leur bosse”. » Sans compter que les entreprises “clientes” recherchent le plus souvent une expertise pointue et des cadres rapidement opérationnels. Et les directeurs commerciaux sont concernés, car 17 % des missions ont un caractère commercial ou marketing, en deuxième position derrière celles relevant des ressources humaines.