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Réussir son entrée chez un nouvel employeur

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Vous rejoignez une entreprise ? Dès votre arrivée, positionnez-vous de manière à gagner la confiance de vos collaborateurs et à vous intégrer rapidement.

À peine arrivé, Michel X, directeur commercial, réclame les notes de frais de son équipe pour les éplucher et traquer le moindre sou gaspillé. Résultat : ses collaborateurs le prennent en grippe et Michel X se taille une solide réputation de tyran, dont il aura bien du mal à se départir. Cet exemple caricatural, mais pourtant véridique, illustre une problématique à ne pas négliger. La période d’intégration d’un nouveau manager est en effet cruciale. Elle conditionne les bons rapports entre le dirigeant et son équipe, l’harmonie dans la poursuite des objectifs et, finalement, un travail efficace. « Au fond, ce que les collaborateurs et toute l’entreprise vont juger, c’est la capacité du dirigeant à s’adapter au changement », note Alain Treister, directeur du département Professionnalisation des managers chez Leroy Consultants. C’est au nouvel arrivé d’intégrer la culture de l’entreprise, jamais le contraire. Pour Olivier Soumah-Mis, directeur de l’agence de conseil IBT (Intercultural Business Training) et professeur à l’ESC La Rochelle : « La réussite de cette phase délicate nécessite une solide préparation de la part du manager ». Ce dernier devra mettre à profit toutes les occasions pour glaner des informations sur l’entreprise, avant sa prise de fonctions. « Lors des entretiens de recrutement, il faut observer la façon dont les interlocuteurs se parlent, être attentif aux locaux, regarder l’organigramme et, bien sûr, s’informer auprès des personnes », renchérit-il. Selon le directeur de l’agence de conseil IBT, le dirigeant devra même traquer les rumeurs en cours chez son futur employeur. « Une entreprise possède sa propre culture, portée par tous les salariés. Les bruits de couloir en font partie, au même titre que l’information officielle. »

Écoute et humilité

Lors de l’arrivée dans l’entreprise, le premier public à apprivoiser est l’équipe avec laquelle vous allez travailler. Tout d’abord, il faut savoir se présenter avec tact. « Là aussi, il faut respecter les us et coutumes, prévient Olivier Soumah-Mis. Certaines sociétés ont l’habitude d’organiser des pots, alors que d’autres voient cela d’un mauvais œil. » Rencontrez vos collaborateurs individuellement, en commençant toujours par le haut de la hiérarchie. Et, surtout, sachez être à l’écoute des autres, de leur expérience pour avoir un aperçu sur leur motivation. « Les déjeuners informels permettent une prise de contact efficace et conviviale », estime Alain Treister. Ils seront l’occasion d’approfondir les présentations, de répondre aux questions de chacun, voire de dissiper certaines craintes. « Un nouveau venu suscite à la fois la curiosité et le doute, surtout s’il a été coopté, souligne le directeur d’IBT. Plus le rang hiérarchique du coopteur sera haut, et plus le doute sur les capacités professionnelles de la personne cooptée grandira. » Adoptez une position d’expert, tout en restant humble. Un conseil : mettez d’emblée à profit vos compétences et vos qualités relationnelles. Fabrice Verdeaux, directeur des ventes France de la marque de sportswear Sergio Tacchini, a d’emblée cherché à nouer un contact de proximité avec son équipe. « J’ai accompagné les commerciaux les plus proches géographiquement dans leurs tournées, car ils étaient en pleine présentation d’une nouvelle collection. » Une plongée directe dans l’activité et le quotidien, qui a été très appréciée. Philippe Mendil, directeur commercial de la société d’informatique iAnywhere, confirme cette nécessité de soutien sur le terrain : « Il faut savoir encourager ses troupes en rendez-vous, se positionner comme un auditeur et démontrer ainsi sa crédibilité. » Pour Alain Treister (Leroy Consultants), « une équipe commerciale attend de son patron qu’il la coache et qu’il lui permette de s’exercer le plus possible ». Une intégration réussie doit donc passer par la compréhension des qualités et des énergies de chacun.

Décrypter son n+1 et ses pairs

Autre public à “apprivoiser” : la hiérarchie. Même si elle vous a choisi – pour des raisons que vous ne connaîtrez jamais complètement –, elle doit également vous accorder sa confiance. Elle peut ainsi faciliter votre intégration en vous indiquant dès le départ les bonnes directions. Pour Alain Treister, il est important de solliciter des rendez-vous récurrents avec son patron, au moins tous les quinze jours. « Le n+1 va forcément recueillir des commentaires sur le nouvel arrivant. Il est important de présenter régulièrement l’avancée de son travail, ses constats, en rédigeant, au besoin, un “rapport d’étonnement” ». Un document dans lequel vous pourrez noter tout ce qui vous interpelle : l’accueil, les procédures administratives, etc., tout en vous gardant bien de porter des jugements ! En retour, vous mesurerez ainsi l’ouverture d’esprit de vos supérieurs. Vos homologues peuvent, eux aussi, agir comme de véritables accélérateurs d’intégration. Ils adopteront à votre égard une attitude d’autant plus détachée qu’il n’existe pas de lien hiérarchique entre vous. Et ils sont en mesure de vous apporter d’inestimables informations sur les codes en vigueur. Certains choisissent de les rencontrer très tôt. « J’ai demandé à discuter avec mes futurs pairs dans l’entreprise dès mes entretiens de recrutement. J’ai ainsi pu me préparer à mon nouveau poste en échangeant de façon constructive », raconte Dominique Rupied, directrice du développement grands comptes, ministères et administrations de la société de conseil Bearing Point. Comportez-vous avec eux comme vous le feriez avec vos collaborateurs, abordez-les avec naturel, compréhension et écoute. Les simples échanges autour d’un café vous fourniront une mine d’informations aussi précieuses qu’une réunion formelle. Jusqu’au jour où, certains détails en apparence au départ anodins, seront révélateurs de votre réussite. Par exemple, se voir proposer une bière à la sortie du bureau, si telle est l’habitude, ou encore partager une séance de squash. Des changements qui attesteront que vous faites bien partie désormais de la maison. « J’ai pris conscience que j’étais définitivement accepté lorsqu’un de mes collègues m’a demandé depuis combien de temps j’étais embauché, se remémore Alain Treister. Il pensait que cela faisait un an, alors que je n’étais là que depuis six mois ! »

TÉmoignage

Marc Toquebiau, directeur commercial de Sony IT France « Sur le plan humain, l’intégration prend beaucoup de temps » En avril 2003, Marc Toquebiau est revenu chez Sony, qu’il avait quitté quatre ans plus tôt pour aller chez HP. « Une telle arrivée présente un certain confort, puisque l’on connaît déjà l’entreprise. Mais elle suscite aussi un peu de méfiance de la part de l’équipe. J’ai eu la chance d’arriver dans un bon contexte. Je n’ai pas eu à restructurer, mais à développer l’existant. » Marc Toquebiau s’est positionné en tant qu’expert, vis-à-vis de son équipe, et en tant qu’allié, qui tranche les conflits et contribue à résoudre les difficultés. La clé de la réussite, selon lui, passe par le dialogue avec les autres managers. « Ce sont eux, les pairs, qui m’ont permis de redécouvrir les atouts de l’entreprise », estime-t-il. Avec le recul, ce manager, qui gère une vingtaine de commerciaux, reconnaît qu’une intégration prend du temps. « Au plan professionnel, on peut rapidement prendre les manettes, mener des actions, apporter du résultat. Au plan humain, cela prend plus de temps. Une année est nécessaire pour gagner la confiance de ses pairs et de son équipe. »

À retenir

- Ne faites pas une entrée fracassante, à coup de mesures déstabilisantes. - Préférez l’écoute et l’observation constructives. - Analysez les attitudes, les rapports de force et sondez les motivations de votre équipe pour mieux l’apprivoiser. - Face à la hiérarchie, ne faites pas cavalier seul. Impliquez-la dans votre intégration par des réunions régulières. - Appuyez-vous sur vos pairs pour mieux connaître la société et éclairer les zones d’ombre.