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Un réseau d’anciens, ça se cultive !

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Professionnellement, les associations d’anciens peuvent être de véritables “accélérateurs de carrière“, que la vôtre soit en panne ou non. Mais au fait, comment faut-il construire son réseau ? Quel en est état d’esprit ? Et que faut-il réellement en attendre ?

Il a de l’entregent ! ” Voilà ce qu’on disait hier – d’un air goguenard – de quelqu’un qui avait un réseau d’anciens et qui l’utilisait. “ Aujourd’hui, les gens ont conscience qu’il faut travailler avec et en réseau ”, raconte Bettina Soulez, auteur de Cultivez votre réseau professionnel (1). “ L’environnement du décideur est incertain et la notion de “relations” ou de “carnet d’adresses” prend toute sa dimension ”, rappelle de son côté Alain Marty, auteur de Réseaux d’influence (2). En effet, qui n’a pas ressenti, à un moment donné de sa carrière, parce qu’il se trouvait confronté à des difficultés, le besoin d’échange ? Qu’il s’agisse de la recherche d’un emploi ou du lancement de sa propre activité, il y a des moments où discuter avec ses amis et sa famille se révèle insuffisant. Et dans ce cas, être en mesure d’abaisser sa carte “d’ancien” peut sauver la situation. Encore faut-il l’avoir cultivée en amont. “ La constitution d’un carnet d’adresses doit démarrer dès la sortie de l’école en s’inscrivant à l’association des anciens, raconte Alain Marty. Il est souhaitable que la construction d’un “réseau” soit effectuée pendant la phase ascendante de l’activité du décideur de façon à nouer de solides liens. ” Pendant la phase ascendante, autrement dit avant que les premières difficultés d’ordre professionnel n’apparaissent. Ce que confirme Christine Marcouyoux (témoignage ci-contre), présidente d’Honoryx, association des anciens managers de Xerox et des anciens Xerox devenus managers par la suite : “ Ce qui fait la richesse et la force du réseau, c’est que les gens y adhèrent alors qu’ils ne sont pas confrontés à des difficultés professionnelles particulières mais qu’ils ont seulement un besoin de partager. ” Jouer à découvert C’est donc lorsque tout va bien qu’il faut s’investir dans un réseau d’anciens. La volonté d’aider les membres dans la gestion de leur carrière professionnelle apparaît clairement dans les statuts des associations d’anciens d’école. “ L’Association te permet d’élargir et d’approfondir tes relations au sein de ton environnement professionnel (…) Elle t’ouvre les portes d’un réseau (…). Elle met à ta disposition ses services d’aide à la gestion des carrières ”, peut-on lire sur le site de l’Association des anciens du groupe HEC. Le département “carrière”, dirigé par Alain Nebout, travaille principalement dans trois directions : il propose aux adhérents des entretiens d’orientation professionnelle, collecte des offres d’emplois qu’il publie dans un bulletin édité tous les 10 à 12 jours, et propose des stages et séminaires sur des thèmes tels que la recherche d’emploi, le pilotage de sa carrière, l’accompagnement dans la recherche d’un emploi, la conquête d’un nouveau poste… ou encore la pratique du réseau. L’Association favorise également le parrainage. 400 anciens d’HEC sont ainsi prêts à recevoir, à écouter et à discuter de sujets professionnels avec un autre membre de l’Association. Les associations d’anciens d’écoles jouent à découvert. Le réseau ne peut se réduire à un moyen de propulser sa carrière et surtout pas à court terme. Au contraire, il requiert un investissement personnel qui commence par le simple fait d’y consacrer du temps. Faire vivre son réseau Participer aux réunions, aux dîners débats, aux cocktails, etc. “ Si on est bien dans un réseau, si on y consacre un peu de son temps, que l’on participe à des cocktails, que l’on n’oublie pas d’envoyer des remerciements, des cartes de vœux…, le jour où on a besoin d’un coup de main il n’y a pas de problème ”, indique Bettina Soulez. Parce que, au-delà des apparences, dans les antichambres de ces rendez-vous officiels, les cartes de visites s’échangent, les relations se nouent. La présidente d’Honoryx confirme qu’au-delà des dîners débats, au-delà de l’annuaire, l’association joue la carte aide et entraide : “ Au sein de l’association, il y a des gens pour écouter ceux qui sont en recherche d’emploi ou qui veulent démarrer un projet. ” Le bureau s’y consacre, mais pas seulement. Les 300 adhérents s’y collent aussi. Mais Honoryx est également régulièrement contacté par des cabinets de chasseurs de têtes. L’annuaire joue à cet égard un rôle pivot de mémoire collective. Toutefois, il serait illusoire de croire que, parce que votre nom apparaît dans un annuaire, toutes les portes vont s’ouvrir. “ Les candidats doivent voir, dans le réseau, la possibilité de gagner du temps, explique Charlotte Gautret, responsable du département commercial et marketing chez Ad Hominem. Le réseau constitue une très bonne entrée en matière pour les candidats à la recherche d’un premier poste. Cela leur permet de trouver le bon tuyau, le premier contact, d’avoir un premier rendez-vous. ” Par la suite ? “ Il y a une certaine solidarité entre membres d’un réseau, mais le talent et les compétences priment, assure la représentante du cabinet de recrutement. Lorsque nous définissons le profil du candidat, aucune entreprise ne spécifie jamais l’appartenance à tel ou tel réseau. ” Alors oui, construisez votre propre réseau. Prenez plaisir à vous retrouver avec vos pairs, à discuter, à échanger avec eux. Donnez du temps et de l’énergie, les membres du réseau sauront, le moment venu, vous renvoyer la balle. Mais ne tombez pas dans l’excès. D’abord parce que s’ils ouvrent les portes, les réseaux d’anciens ne règlent pas tout. Ce sont vos compétences qui feront pencher la balance dans le bon sens. Et puis aussi parce que, comme le souligne Alain Marty, il en est des “piliers de cocktail” comme des “piliers de bars”. Alors usez-en, mais n’en abusez pas ! (1) Ed. d’Organisation (2 ) Les Presses du Management

“ Les membres d’Honoryx n’ont pas le culte du passé. Au contraire, nous sommes résolument tournés vers l’avenir. Mais la culture Xerox nous anime tous. Du fait de notre expérience, nous partageons des valeurs communes. ” Christine Marcouyoux est présidente d’Honorix, association des anciens managers de Xerox. Elle est aussi à la tête de Productis, société spécialisée dans le développement des ventes. Au cours des quatorze années passées chez Xerox, Christine Marouyoux a occupé diverses fonctions aux services commercial et marketing. En 1992, elle décide de bouger : “ Deux heures seulement après avoir donné ma démission, un ancien de Xerox m’appelait. En poste dans une filiale de Kraft Jacob Suchard, il m’a mise sur le coup d’un recrutement. ” Lors des entretiens elle convainc les recruteurs. “ J’ai rejoint l’entreprise comme directeur commercial. ” En 1997, elle crée Productis, société spécialisée dans le développement commercial. “ Pendant les neuf premiers mois, c’est un ancien de Xerox qui a hébergé la société dans sa propre entreprise et qui m’a confié ma première mission. Ensuite un autre ex-Xerox m’a loué une partie de ses locaux dans des conditions défiant toutes concurrences… ” Aujourd’hui, sur les cinq consultants seniors qu’elle emploie, quatre ont à un moment de leur carrière fait partie de Xerox et l’autre est issu de Kraft Jacob Suchard. C’est ce qu’on appelle renvoyer l’ascenseur.

Au-delà du réseau d’anciens D’autres réseaux peuvent vous donner un coup de pouce professionnel. Et il n’y a, en la matière, que l’embarras du choix. Mais vers quel réseau se tourner et comment choisir entre les associations d’entreprises, les syndicats professionnels, les partis politiques, les clubs de bridge, les associations des jeunes dirigeants, les clubs de golf, etc. ? Construire son réseau dépend bien entendu de sa situation professionnelle. “ Inutile de viser le club de golf très sélect de Saint-Cloud constitué de patrons de multinationales si vous êtes le jeune pdg d’une société de trois salariés ”, illustre par exemple Alain Marty. Mais encore ? “ L’important, c’est de partager la même éthique au sein du réseau, de façon à en être acteur, c’est-à-dire de l’alimenter, explique Bettina Soulez, et pour cela, il faut bien se connaître. C’est nécessaire pour savoir parler clairement de soi, de ce que l’on veut faire, d’où on veut aller, si un jour on se retrouve en situation de recherche d’emploi. ” Ce qu’il faut éviter à tout prix, selon elle, c’est de tomber dans “ la justification de son passé ”. Au-delà des relations amicales et familiales – un autre type de réseau –, il semble judicieux de cultiver un réseau professionnel et un réseau plus connoté loisirs. “ Avec cela, vous êtes dans la norme ”, souligne Bettina Soulez. Inutile d’aller au-delà, de les multiplier “ si l’on n’a pas déterminé qui on est et ce que l’on cherche ”.