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Valorisez vos collaborateurs avec la VAE

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La validation des acquis de l’expérience (VAE) est un outil qui assure la montée en compétence de chacun et développe la cohésion des équipes.

Un vrai levier de motivation. » « Une belle expérience pour l’entreprise. » « Une démarche très constructive ! » Ceux qui ont suivi des programmes de validation des acquis de l’expérience (VAE) en entreprise ne tarissent pas d’éloges. Pourtant, trois ans après son lancement, bon nombre de managers ignorent le fonctionnement de ce dispositif. « La loi de modernisation sociale a créé, en 2002, un nouveau droit pour les personnes qui exercent une fonction sans posséder le diplôme correspondant, souligne Dominique du Rusquec, responsable du département VAE au Centre de formation des apprentis (CFA) Stephenson, à Paris, spécialisé dans les formations au commerce et à la vente. La VAE reconnaît leur expérience. Ils peuvent ainsi décrocher une certification. » Bien entendu, le métier et le certificat envisagé doivent être intimement liés. Un commercial non diplômé peut, par exemple, postuler à un bac pro commerce. Ce programme s’adresse aux personnes en poste ou non (demandeurs d’emploi, par exemple). Il résulte soit d’un souhait personnel, soit d’un projet initié par l’employeur. « Sont concernés tous les titres inscrits au Registre national des certifications professionnelles, c’est-à-dire les diplômes d’État et les titres professionnels », indique Sylvie Ancelot, responsable de l’Institut des forces de vente de Negocia. Ce centre de formation, créé par la Chambre de commerce et d’industrie de Paris, accompagne des entreprises dans le cadre de programmes de VAE. Une contrainte toutefois : le candidat doit exercer depuis au moins trois ans la fonction qui correspond au diplôme visé. Autrement dit, un jeune manager commercial disposant d’un an d’expérience à ce poste ne peut prétendre à un bac pro action commerciale (ou management des unités commerciales).

Un levier de motivation

Les DRH, et plus globalement les entreprises, peuvent, bien entendu, s’approprier ce dispositif. C’est ce qu’ont fait la Fnac, Air France, Carlson Wagonlit Travel ou les Galeries Lafayette. Elles proposent à des collaborateurs en place de décrocher un bac pro commerce, un BTS action commerciale ou encore un titre de responsable comptes-clés de Negocia. « Initiée par l’entreprise, la VAE est utilisée comme un outil pour attirer et fidéliser des jeunes, constate Sylvie Ancelot. Mais les sociétés y voient surtout un outil de gestion des compétences de leurs collaborateurs en place et un levier de motivation et de cohésion des équipes. » La VAE valorise, en effet, des collaborateurs dépourvus de diplômes, dans un contexte où les sociétés recrutent des jeunes commerciaux de niveau bac + 2 minimum. Dans un premier temps, l’entreprise choisit la certification vers laquelle elle va emmener ses collaborateurs. Elle peut se tourner vers un diplôme reconnu par l’État ou vers un titre. Par exemple, celui d’attaché commercial de Negocia. Le titre offre l’avantage d’être proche de la réalité du terrain et donc de l’expérience qui devra être validée. Un diplôme professionnel (bac pro, BTS ou master), plus théorique, présente, quant à lui, l’atout du prestige. À ce stade, l’entreprise entreprend une analyse du poste qu’occupent les collaborateurs auxquels elle propose la VAE et trouve l’examen qui s’en approche. Elle doit ensuite contacter un organisme qui délivre le titre ou le diplôme choisis. Ce dernier va se charger d’accompagner les candidats vers l’examen.

Le soutien de la hiérarchie

Une fois le choix effectué, l’entreprise doit s’attacher à faire accepter son projet en interne. « La direction des ressources humaines peut organiser des séances d’information afin d’expliquer ce qu’est la VAE, ce qu’elle apporte à chacun. Également, la raison pour laquelle l’entreprise s’engage dans cette démarche mais aussi le travail qu’elle requiert », constate Dominique du Rusquec (CFA Stephenson). « Les directions doivent être des moteurs dans cette aventure, ajoute Sylvie Ancelot (Negocia). Plonger dans son passé professionnel, faire la preuve de ses succès et de ses échecs peut être extrêmement perturbant et stressant. Le supérieur doit être présent pour regonfler ses équipes qui, parallèlement, continuent d’assurer leur fonction. » Ce que confirme Jérôme Salemi, responsable Compte France d’Air France, supérieur hiérarchique de chargés d’affaires dont quatre d’entre eux ont intégré, en 2004, un programme de VAE. « L’ensemble des managers de proximité ont contribué à l’adhésion des chargés d’affaires à ce projet. Nous l’avons “vendu” en interne en expliquant l’intérêt de ce programme. » La phase de sélection des candidats est une étape à ne pas négliger. En plus de posséder trois ans d’expérience en lien avec le titre ou diplôme, ceux-ci doivent être motivés. « La VAE demande un très gros travail et un lourd investissement en temps. Ce n’est pas un parcours de santé ! », met en garde Dominique du Rusquec. Et Sylvie Ancelot de renchérir : « Se lancer dans un tel processus, c’est un peu comme entreprendre des fouilles archéologiques dans son passé. » Cela suppose en effet qu’ils y consacrent du temps personnel, le soir et le week-end. Une question d’image Une fois cette phase de sélection terminée, la loi prévoit que l’institut de formation instaure une méthodologie. Il s’agit d’entretiens collectifs et individuels et d’une série d’ateliers animés par des professionnels de l’école. Ces rendez-vous, qui ont lieu pendant les horaires de travail, débouchent sur la réalisation d’un dossier, un “portefeuille de preuves” individuel. Ce dernier établit, noir sur blanc, les compétences acquises et requises. À titre d’exemple, les collaborateurs de la Fnac ont suivi quatre ateliers de trois heures chacun. Le travail est ensuite présenté à un jury de professionnels (professeurs, représentants de l’Éducation nationale, etc.) qui, au regard du portefeuille de preuves, attribue ou non le titre ou diplôme. Là aussi, le centre de formation assure, en amont, une préparation à l’oral. Dans le cas où l’examen n’est pas validé, le jury indique alors au salarié les compétences à acquérir et préconise un parcours de formation complémentaire en vue d’un second passage. Une méthodologie qu’Air France, en partenariat avec Negocia, a quelque peu ajustée pour ses chargés d’affaires candidats au titre de responsable de comptes-clés de l’Institut des forces de vente de Negocia. « Nous avons évalué les compétences restant à acquérir pour obtenir l’examen, pointe Pierre Elmassian, directeur adjoint de la formation continue de Negocia. Avant le passage devant le jury, les salariés ont suivi un programme de 29 jours de cours répartis de septembre à décembre. » Dans le cas présent, l’activité du service a été sensiblement affectée par ces absences. « Durant quelques mois, le rythme a été ralenti. Nous avons limité les réunions de service et reporté certains dossiers, reconnaît Jérôme Salemi. Mais la VAE crée également un effet locomotive et valorise les collaborateurs. » Et Sylvie Ancelot de conclure : « Elle joue aussi favorablement sur l’image de l’entreprise, qui peut en faire un argument dans sa communication interne. »

Témoignage

Pierre Simayes, directeur de la formation et du développement des compétences à la Fnac « La VAE est une belle expérience pour tous ! » Fin 2004, quinze vendeurs de la Fnac ont décroché leur bac pro commerce, et cinq managers leur BTS action commerciale. Une consécration pour ces tout jeunes diplômés qui avaient, quelques mois plus tôt, intégré une démarche de validation des acquis de l’expérience (VAE) avec le CFA Stephenson, à Paris. « La direction a voulu envoyer un signal fort aux collaborateurs en leur montrant qu’elle souhaitait les mettre en valeur, eux et leur expérience, analyse Pierre Simayes, directeur de la formation et du développement des compétences à la Fnac. La VAE valorise aussi l’effort. Il s’agit d’un projet personnel qui demande un très gros travail individuel en dehors des heures libérées par le supérieur hiérarchique. » Forte de cette première expérience parisienne réussie, la Fnac étend cette année la VAE au reste de ses magasins. « Nous allons constituer un groupe bac pro qui va concerner près de 50 personnes en province, et trois groupes bac pro et BTS en Île-de-France. » Un succès pour cette initiative, qui n’a pas pour vocation de déboucher sur une promotion. « Cependant, pendant ces quelques mois nous les suivons de près et par conséquent, nous mesurons mieux leurs aptitudes. »

Contrainte

Un dispositif limité ? La VAE, aussi intéressante soit-elle pour le collaborateur, ne va pas résoudre tous les problèmes de gestion de compétence des entreprises. Dans les faits, elle est surtout l’apanage des grandes sociétés. Pourquoi ? « Parce que ce dispositif s’inscrit dans une politique de gestion globale des carrières que bien souvent seuls les grands groupes mènent à bien », analyse Dominique du Rusquec, responsable du département VAE au Centre de formation des apprentis Stephenson, à Paris, spécialisé dans les formations à la vente. Par ailleurs, la VAE ne risque-t-elle pas de favoriser le départ des “meilleurs” ? « Lorsque la VAE est initiée par l’entreprise, elle constitue un élément d’une politique de ressources humaines globale favorisant l’évolution au sein de la société », note Sylvie Ancelot, responsable de l’Institut des forces de vente de Negocia. Promotion, accession vers le statut cadre, augmentation du salaire liée à la validation des compétences…, les moyens de conserver des collaborateurs qui ont acquis de nouvelles compétences sont nombreux. Toutefois, la loi n’établit aucun lien entre la VAE et une promotion. Le risque de turn-over est faible quand la VAE touche des personnes confirmées. Au contraire, il est grand quand elle concerne des jeunes.

Témoignage

Jérôme Salemi, responsable Compte France d’Air France « Lors d’une VAE, il faut porter une attention particulière sur ses collaborateurs » « Les commerciaux du service Compte France d’Air France, créé en 2004, ont affaire à des acheteurs de plus en plus professionnels, souligne Jérôme Salemi, responsable du service. Les chargés d’affaires doivent donc être à la hauteur. Leur mission porte sur des gros budgets et nécessite, par conséquent, un niveau d’expertise accru. » `Air France a donc décidé de lancer un programme de VAE auquel a été rattaché un parcours de formation. « Au départ, nous avons surtout vu ce projet comme un moyen de faire monter les chargés d’affaires en compétence pour soutenir la nouvelle organisation commerciale. En plus de développer leur professionnalisme et leur capacité d’analyse, la VAE a décuplé leur enthousiasme et développé l’esprit de cohésion. » Mais Jérôme Salemi reconnaît « qu’une implication du management et une écoute des collaborateurs sont indispensables, notamment pendant les grosses périodes de stress ».

Démarche

Une école de commerce s’investit dans la VAE De nombreuses écoles de commerce et d’anciens diplômés, entrés pas la “grande porte” (prépa, concours, etc.), voient d’un mauvais œil que des professionnels puissent décrocher le même diplôme par une voie détournée. Rares sont les écoles qui ont une démarche active vis-à-vis de la VAE. C’est pourtant le cas de Bordeaux École de Management qui, depuis 2003, délivre par cette voie le diplôme de son programme grande école. En 2004, onze dossiers ont été instruits devant le jury. Cinq nouveaux sont présentés au premier semestre 2005. « Les candidats doivent être bien orientés. On ne doit pas ouvrir des dossiers à tout-va par principe », conclut Marie-Laure Berneteix, chargée de la VAE à Bordeaux.

Mot clés :

Anne-Françoise Rabaud