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Veille. Chasser l’information cachée sur Internet

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Se faire livrer le must de l’information stratégique, c’est aujourd’hui possible. Des outils veillent et trient pour vous.

Quel dirigeant commercial n’a pas, un jour, rêvé de recevoir, spontanément, un e-mail d’alerte dès que l’un de ses concurrents planche sur un nouveau produit ? Ou – mieux encore – dès qu’un grand compte prépare un appel d’offres ? « C’est exactement ce que nous proposons à nos clients », répond Patrice François, directeur commercial de Digimind, éditeur de solutions de veille stratégique. Munis d’un outil de veille sur Internet, les acteurs de l’entreprise – direction générale, direction commerciale, direction marketing, etc. – bénéficient d’un accès simple et direct à l’essentiel de l’information, triée, validée et mise en forme. Mais quels sont les avantages de ces plates-formes de veille intégrées, au regard d’une veille “bricolée” sur la Toile ? « Primo, indique Patrice François, elles génèrent un gain de temps considérable, car vous n’avez plus à rechercher l’information : elle vient à vous automatiquement. Secundo, toute l’information est canalisée vers un point unique de réception – l’entreprise –, puis redirigée vers les destinataires ad hoc, en fonction de leurs centres d’intérêt. » Autres “plus” : ces solutions logicielles vous donnent accès à des gisements d’information pertinents et peu exploités. En effet, la plupart des éditeurs commercialisent (parfois en option) des modules capables d’aller fouiller le Web dit “invisible”, auquel aucun moteur de recherche ne donne accès et qui fourmille, pourtant, de précieux renseignements. « Prenons l’exemple de la base de données de la Commission européenne, illustre le porte-parole de Digimind. Pour la consulter, il faut obligatoirement interroger ce site, les moteurs ne le consultent pas spontanément. Or, cette base contient des informations sectorielles fort intéressantes. »

Une encyclopédie en ligne

Concrètement, comment fonctionne cette chasse à l’information stratégique ? Première étape : le prestataire recense les sites que consultent habituellement les divers services de l’entreprise, puis les enrichit à l’aide de ses propres données, pour aboutir à une liste de sources pertinentes, gratuites et payantes. Après paramétrage, l’outil passera au peigne fin, de façon automatique et régulière (quotidienne, par exemple), les sites des concurrents, des clients, les sites “ressources”, les bases de données, les mailing lists, mais aussi les “chats” et autres forums de discussion : « Ces sites de dialogue entre internautes sont essentiels dans une optique de veille-image, destinée à détecter les rumeurs afin de prévenir les crises, par exemple », assure Arnaud Vincent, directeur commercial de Cybion, spécialiste de l’intelligence économique sur Internet. « Mais attention, objecte Patrice François, de Digimind, la surinformation est la bête noire de la veille. » Il est donc primordial de trier l’information et de n’en retenir que la “crème”. Grâce à une analyse sémantique et statistique, le logiciel sépare le bon grain de l’ivraie, et les services peuvent, ensuite, sélectionner une partie de l’information (sur les clients, sur une zone géographique donnée, etc.), en définissant un “profil de recherche”.

Interpréter l’information

« À ce stade, reprend Arnaud Vincent, il est nécessaire d’analyser l’information et d’en déduire des recommandations stratégiques. Or, ce travail d’interprétation, seul l’humain est capable de l’effectuer. » Une mission qui peut être confiée à des consultants ou – mieux – à des chargés d’étude au sein même de l’entreprise. Il s’agit, par exemple, de décrypter une masse d’informations afin de repérer le projet d’un organisme d’État qui envisage, à moyen terme, de lancer un appel d’offres pour renouveler sa flotte automobile. « Mais toutes les informations ne sont pas aussi cruciales, souligne Arnaud Vincent. C’est à la direction de repérer celles qui devront être étiquetées “sensibles”, et donc transmises aux directions concernées. » Dernière étape de la veille : l’outil distribue l’information aux intéressés. « Pour bien fonctionner, cette phase nécessite un peu de temps, confie le directeur commercial de Cybion. Car il nous faut apprendre à connaître nos clients pour bien comprendre leurs attentes, leurs us et coutumes et savoir à qui diffuser chaque type d’information. » Côté support, le client a l’embarras du choix : l’e-mail est couramment retenu, mais il est possible de recevoir des rapports (plus ou moins mis en forme) sur support papier ou sur CD-Rom. Les éditeurs proposent même des portails de veille munis de moteurs de recherche : accessibles aux acteurs de l’entreprise par le biais de mots de passe, ils permettent de filtrer les données selon leur caractère confidentiel. Reste qu’aucun outil de veille ne garantit à 100 % la fiabilité du contenu collecté sur la Toile. « Certaines informations, commerciales par exemple, doivent faire l’objet d’une validation », concède Arnaud Vincent. Une mission dont certains prestataires peuvent se charger, procédant alors par recoupements successifs des informations issues de sources considérées comme fiables, quitte à se documenter ailleurs que sur le Net.

Alternative

Faites appel à un spécialiste Pour réaliser une veille sans investir dans un outil ni créer de cellule ad hoc, vous pouvez aussi externaliser cette mission auprès d’un spécialiste. Presse Plus, par exemple, a créé un département de veille sur Internet : 130 consultants, tous spécialistes d’un secteur, analysent l’actualité, décryptent l’information et en retiennent l’essentiel, dûment synthétisé. Pour une simple recherche par mot clé, comptez environ 1,30 euro la page et, pour une veille plus globale sur divers sites d’information, environ 800 à 1 000 euros par mois.

Combien ça coûte ?

Des investissements encore très lourds Le prix de ces solutions de veille automatisée varie du simple au décuple – voire plus ! – selon la sophistication du logiciel, l’étendue de la veille, le nombre d’utilisateurs, etc. Mais le ticket d’entrée, chez Digimind par exemple, est fixé à 4 900 euros d’abonnement annuel (prix du module de base pour cinq utilisateurs). Chez Cybion, on estime qu’une entreprise de 2 000 salariés, commercialisant une vingtaine de produits dans le secteur pharmaceutique et implantée sur les cinq continents, peut s’offrir un outil de veille concurrentielle en cinq langues pour 20 000 à 30 000 euros de forfait initial, plus l’abonnement mensuel, soit 2 500 à 5 000 euros. À noter que Cybion commercialisera, en 2003, des solutions plus automatisées, accessibles aux PME pour des budgets plus modestes.

Mot clés : euro |

Stéfanie Moge-Masson