Par Sébastien DE BOISFLEURY, 06/12/2010
Xerfi Research vient de réaliser une étude intitulée "L'autopartage en France à l'horizon 2015. Potentiel de croissance, forces en présence et modèles de développement". Alexandre Boulègue, l'auteur de cette enquête prospective, fait le point sur l'offre BtoB de ce marché supposé d'avenir.
L’autopartage a-t-il de l’avenir dans les entreprises françaises?
Alexandre Boulègue (Xerfi): Dans une certaine mesure, oui. Toutefois, cela devrait rester un marché de niche, réservé à de grandes entreprises qui souhaitent proposer à leurs collaborateurs une alternative plus flexible à la location de longue ou de courte durée, plus écologique avec à disposition des véhicules électriques, voire plus haut de gamme avec des modèles “Premium”. Selon Carbox, l’un des pionniers sur ce marché, l’autopartage permettrait également de rationnaliser de 20% le parc automobile d’une entreprise, mais nous n’avons pas vérifié ce chiffre.
Quels sont les acteurs en présence sur ce marché BtoB?
Les loueurs de voitures (Hertz, Avis, Arval, ALD Automotive, etc.) profitent d’importantes synergies avec leur métier d’origine et d’un savoir-faire indéniable dans la gestion de flottes automobiles (achat, entretien, revente, stockage, etc.) pour se positionner sur ce marché. Ce sont clairement les opérateurs les plus avancés en termes d’offres BtoB. Pour les transporteurs urbains (Keolis, Veolia Transport, Transdev, etc.), les entreprises représentent un potentiel intéressant, surtout en journée, alors que leur clientèle grand public traditionnelle est plutôt utilisatrice d’un tel service en soirée et les week-ends. Selon l’Association France autopartage, la clientèle professionnelle représente d’ailleurs 35% des utilisateurs. Quant aux gestionnaires de parking (Vinci Park, LPA, etc.), leurs principaux atouts résident dans leur capacité à libérer facilement des places de stationnement et dans leur maillage territorial.
L’autopartage répond-il à une réelle demande de la part des utilisateurs?
Nous pensons que le développement de l’autopartage peut compter sur une forte demande latente, du moins dans le grand public. Ce nouveau mode de déplacement cible, en effet, une clientèle urbaine de plus en plus réceptive aux alternatives à la voiture individuelle. Dans les grandes agglomérations, l’hégémonie de l’automobile est d’ailleurs plus contestée que jamais et les transports publics et modes doux de déplacement (marche, vélo) gagnent du terrain. Les causes de cette évolution dans le rapport des citoyens aux transports sont nombreuses (prise de conscience du coût d’un véhicule, intégration de la dimension écologique dans les comportements d’achat, etc.). Sans compter que le statut symbolique de la voiture perd régulièrement de sa valeur, notamment auprès des jeunes générations qui participent largement à l’idée d’un glissement de la “voiture objet et patrimoine” vers la “voiture service”. Dans ce contexte, l’autopartage possède évidement une carte à jouer.
Y a-t-il également un intérêt financier?
Selon nos calculs, le recours à l’autopartage plutôt qu’à une voiture personnelle représente, en effet, un intérêt financier en dessous de 3500 kilomètres par an. Sachant que près de 15% du parc automobile français répond à ce critère, le potentiel de l’autopartage apparaît donc conséquent.
Quelles sont les limites au développement de l’autopartage?
Le changement de mentalité vis-à-vis des transports et de l’automobile est un processus lent dont le déclenchement est encore très récent. L’attachement à la voiture reste viscéral pour bon nombre de conducteurs et l’offre des services d’autopartage peut encore apparaître comme incomplète et pas assez flexible aux yeux d’une majorité d’automobilistes. Par ailleurs, la mise en œuvre d’un modèle économique viable pour les opérateurs reste encore un enjeu en suspens. Qu’ils soient issus d’une démarche associative, commerciale ou à l’initiative des pouvoirs publics, les services d’autopartage s’avèrent pour le moment à la limite de la rentabilité. Cela dit, la rentabilité des opérateurs sur le marché BtoB semble plus accessible.
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