Chef d'entreprise Magazine N°63 - 01/11/2011 - CARINE GUICHETEAU
Avec l'avènement du Web 2.0, l'externalisation prend une nouvelle forme: le crowdsourcing. Grosso modo, cela consiste à confier une tâche à des internautes et à les mettre en concurrence via un concours on line. Présentation du procédé, de ses avantages et de ses limites.
Crowdspring.com, 99designs.com, Innocentive.com, Wilogo.com, Creads.org, Eyeka.com, 12designer.com, Wooshii.com... Ces sites ne vous disent rien? C'est que vous ne vous êtes pas encore intéressé au crowdsourcing, littéralement «s'approvisionner auprès de la foule». Ce concept consiste à externaliser une tâche, non plus à un prestataire ou un free-lance dédié, mais au public. Ce qui va nous intéresser ici, ce sont les missions que les entreprises vont pouvoir confier aux internautes. Et le champ des possibles est immense en termes de création: logo, nom de marque, slogan, web design, carte de visite, packaging, vidéo, illustrations variées, etc. Concrètement, l'entreprise formule un appel d'offres sur une plateforme internet mettant en concurrence les internautes ou ses membres. En général, le fonctionnement est le suivant: vous élaborez un brief, vous le postez sur le site et choisissez la dotation (de zéro à quelques milliers d'euros, selon le site et l'importance accordée à la créa). Au bout de quelques jours, des dizaines de propositions vous sont soumises. Faites votre choix. Seul l'internaute dont la création est sélectionnée est rémunéré. Notez que, parfois, un dédommagement est prévu pour ceux retenus dans la short-list. Au final, il faut bien reconnaître que le crowdsourcing est une solution économique. En effet, la création d'un logo peut vous revenir à quelques centaines d'euros!

Me Murielle-Isabelle Cahen, avocate à la Cour d'appel de Paris
« Le crowdsourcing doit respecter la législation française notamment en termes d'organisation de concours », souligne Murielle-Isabelle Cahen, avocate à la Cour d'appel de Paris. La présence d'un huissier et la disponibilité du règlement sont notamment impératives. Il faut aussi que tous les concurrents cèdent leurs droits d'auteur. Ces derniers doivent être formalisés: il faut identifier, par des mentions distinctes dans l'acte de cession, chacun des droits cédés et délimiter leur domaine d'exploitation quant à leur étendue et leur destination, en termes d'objet, de lieu et de durée. Le code de propriété intellectuelle prévoit qu'une telle cession est possible à titre gratuit et que tout auteur est libre de mettre son oeuvre à la disposition du public, via un système de licence gratuite. Le dirigeant a tout intérêt à vérifier que la proposition retenue (logo, marque, dessin, etc.) n'ait pas été préalablement déposée. Enfin, « les problèmes apparaissent lorsque des entreprises souhaitent utiliser le crowdsourcing comme moyen de créer du contenu à faible coût, car, rappelons-le, il est interdit de travailler gratuitement pour le compte d'une société commerciale. C'est ce qu'on appelle le «perverted crowdsourcing». Il y a un gagnant pour X perdants », illustre l'avocate.
Certains professionnels crient au loup. Des tarifs si bas ne permettent pas aux créatifs de vivre correctement de leur travail et la concurrence est déloyale, par rapport aux agences ou free-lances. L'avènement de l'exploitation 2.0? « Il n'y a pas de débat sur les tarifs, se défend Julien Méchin, cofondateur du site Creads.org. Avec Internet, vous pouvez commander un logo à 2,50 euros à un graphiste indien! » Par ailleurs, il existe un cadre législatif en France (lire l'avis d'expert ci-contre) qui doit bien évidemment être respecté, notamment en ce qui concerne les droits d'auteur. Ceci étant, il est vrai que le crowdsourcing présente nombre d'avantages. Au titre desquels: le choix. Là où une agence ou un créatif indépendant vous soumettent quelques propositions, les sites de crowdsourcing vous en fournissent plusieurs dizaines. Si quantité ne rime pas forcément avec qualité, il y a fort à parier que, dans le lot, vous trouverez des créations à votre goût.
En haut, l'affiche précédemment utilisée par le Groupe Active. A droite, la nouvelle version créée par un membre d'un site de crowdsourcing.
Dernier bénéfice: la possibilité de fédérer salariés, clients et autres partenaires de l'entreprise autour de ce concours créatif. Ainsi, Creads.org, par exemple, propose un double système de votes et de commentaires dans lequel créatifs et parties prenantes de l'entreprise peuvent donner leur avis sur les productions. Si vous n'êtes pas obligé de suivre leurs recommandations, cela a le mérite de les impliquer dans la vie de l'entreprise.

« Au début, j'étais soupçonneux, à cause des bas tarifs pratiqués »
Un logo et une affiche, ce sont les créations que David Debray, gérant de l'agence événementielle Groupe Active, a confié, au printemps, au site participatif Creads.org. Ce n'est pas la piste initialement explorée. Pour relooker son logo, il fait d'abord appel au créatif avec lequel il a l'habitude de travailler, mais le résultat ne l'enchante pas. Son directeur d'agence le met alors sur la voie du crowdsourcing. « Au début j'étais soupçonneux, à cause des bas tarifs pratiqués, avoue David Debray. Au vu de l'enjeu financier faible, je me suis laissé tenter. » Et bien lui en a pris car, une fois le brief en ligne, 40 à 50 propositions arrivent, en quinze jours. « Tout n'était pas excellent, mais j'ai été surpris par la qualité générale des logos produits », se remémore-t-il. Quatre à cinq logos sont retenus et soumis au vote des salariés. Résultat: pour un peu plus de 1 000 euros HT, l'entreprise trouve le logo qui lui sied. Le test est concluant. Si bien que le gérant n'hésite pas à faire appel de nouveau au site participatif pour la création d'une affiche. Avec la même réussite: « On a même eu des retours des clients qui nous ont félicités pour cette créa », se réjouit David Debray.

Le nouveau logo de l'agence Groupe Active a remporté la majorité des suffrages des collaborateurs de l'entreprise.
Activité Agence événementielle
Ville Mantes-la-Ville (Yvelines)
Forme juridique SARL
Dirigeant David Debray, 37 ans
Année de création 1997
Effectif 7 personnes
CA 2010 2,2 MEuros
- Le crowdsourcing consiste à déléguer une tâche (création d'un logo, web design, etc.) à des internautes.
- Les tarifs sont attractifs mais il faut faire attention au cadre législatif.
- Le procédé vous permet d'avoir du choix et de fédérer salariés et clients autour de votre concours.
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