Chef d'entreprise Magazine N°60 - 01/07/2011 - Céline Tridon
L'un de vos salariés va devenir papa ? Imaginez qu'il soit obligé de s'absenter pendant deux mois pour son congé paternité. Une situation qui pourrait devenir réalité, c'est du moins le souhait de la présidente du Medef, Laurence Parisot. Et le sujet divise...
Une petite phrase dans un magazine féminin et c'est tout le monde économique qui s'émeut. Instaurer un congé paternité obligatoire, voici en substance ce que propose la présidente du Medef, Laurence Parisot, le 8 mars dernier dans une interview accordée à Elle. Son objectif ? Favoriser, par cette mesure, l'égalité homme / femme et protéger l'emploi des salariées qui s'absentent de l'entreprise pendant plusieurs mois lors du congé maternité. Actuellement, le congé paternité existe. Facultatif, de courte durée, il supporte difficilement la comparaison avec celui alloué à la mère (lire notre encadré p. 35). En partageant ce congé, hommes et femmes seraient sur le même pied d'égalité. Les femmes seraient moins victimes de discrimination à l'embauche et ne développeraient plus de sentiment de culpabilité à l'idée de quitter leur poste quelques mois.
Pour Laurence Laigo, secrétaire nationale du syndicat de salariés CFDT, l'important est de savoir distinguer le congé lié à un état de santé à celui lié à l'éducation. « Dans le premier cas, il s'agit d'accorder un certain temps de repos à la mère. Dans le second cas, on se rapproche de l'idée du congé parental relevant de la présence. Les pères trouvent là toute leur légitimité. » Pour Laurence Laigo, il s'agit de faire évoluer le congé paternité ou d'équilibrer le congé parental. « Ce dernier, exclusivement réservé à la mère, est trop long et peu rémunéré. » C'est dans cette optique que l'Inspection générale des affaires sociales a émis l'idée, le 7 juin dernier, d'un congé paternité prolongé d'un mois destiné à mieux accueillir l'enfant.
La Confédération générale des petites entreprises (CGPME), quant à elle, est contre la proposition de Laurence Parisot. Plutôt que de rendre obligatoire le congé paternité, le syndicat souhaite « un assouplissement de ses modalités permettant de le fractionner. Il pourrait ainsi pleinement jouer son rôle en facilitant l'organisation familiale à mettre en place lors d'une naissance. »
Favoriser l'égalité homme / femme, oui. Plomber les PME, non. La CGPME souligne que les petites structures doivent encore digérer le passage aux 35 heures et la récente sortie de la crise économique. Sans oublier la liste déjà bien longue des négociations sociales en cours (l'emploi des jeunes, des seniors, etc.). Mais surtout, une telle mesure suppose des coûts de fonctionnement élevés, surtout pour de petites sociétés, et soulève de nombreuses questions. Par exemple, qui versera les indemnités journalières ? Comment payer un remplaçant s'il faut déjà prendre en charge le congé ? François Fatoux, délégué général de l'Orse (Observatoire sur la responsabilité sociétale des entreprises) pense qu'un congé paternité obligatoire ne peut être possible qu'avec l'aide des institutions publiques : « Ce serait à la Caf ou à la Sécurité sociale de prendre en charge les indemnités journalières afin d'alléger le coût pour les entreprises. » Une option non envisageable pour les détracteurs du congé paternité obligatoire, qui mettent en avant le trou de la Sécurité sociale.
Autre sujet de discorde : la durée de ce congé qui, pour l'heure, n'est que de 11 jours. Alors que Bruxelles planche sur la possibilité de prolonger le congé maternité à 20 semaines, Laurence Parisot souhaite un allongement du congé paternité à deux mois. Ce qu'approuve François Fatoux (Orse) : « Pour que le congé paternité joue un rôle bénéfique dans l'égalité homme / femme, il ne doit pas se résumer à quelques jours. Autrement, cela s'apparente à un départ en vacances : le père ne prend alors aucun risque pour sa carrière. »

« Je suis favorable au caractère obligatoire de ce congé, car certains pères sont réticents à l'idée de le prendre. Ils pensent que cela sera pénalisant pour leur carrière. » Béatrice Chopineau estime que cette mesure est également favorable à l'égalité homme / femme. « Tant que les femmes seront responsables du foyer, elles ne pourront pas gagner en responsabilités dans leur vie professionnelle. » Un bémol toutefois sur la proposition d'allonger le congé paternité. « 15 jours, c'est parfait. Si on l'allonge, qui va le payer ? » A la tête d'une équipe de sept personnes (dont deux hommes), elle peut faire face à de courtes absences en accordant des heures supplémentaires aux autres salariés.
PHARMACIE CHOPINEAU - Repères
- ACTIVITÉ: Pharmacie
- VILLE: Gerzat (Puy-de-Dôme)
- FORME JURIDIQUE: EURL
- DIRIGEANTE: Béatrice Chopineau, 55 ans
- ANNÉE DE CRÉATION: 1982
- EFFECTIF: 7 salariés
- CA 2010: 1,8 MEuros

La position de Cécile Masson, codirigeante de Franckelec, est sans appel : « Un congé paternité obligatoire ? On court à la catastrophe ! » Pour cette dirigeante à la tête d'une équipe composée de cinq hommes et une femme, voir ses collaborateurs partir pour quelques semaines susciterait des problèmes d'organisation. Il faudrait payer les remplaçants, mais surtout les former, pour quelques semaines d'activité seulement. De plus, la chef d'entreprise subit encore le contrecoup du passage aux 35 heures. Petite structure oblige, les salariés travaillent en moyenne 39 heures par semaine et chaque heure supplémentaire est rémunérée à 125 %. Les charges sociales sont donc très importantes.
Cécile Masson est plutôt pour une réorganisation du temps de travail des jeunes pères. « C'est le mot obligatoire qui me gêne. Pourquoi forcer un salarié ? Ce serait mieux de lui proposer un fractionnement de son emploi du temps, où il pourrait obtenir un ou deux jours de congés par semaine, pendant quelques mois. » Elle souligne également que ce sont aux parents de décider qui prend un congé pour s'occuper de l'enfant, pas les institutions. « Mais le débat est important. Il témoigne d'un changement de moeurs dans la société », note-t-elle.
FRANCKELEC - Repères
- ACTIVITÉ: Travaux d'élécticité
- VILLE: Clamart (Hauts-de-Seine)
- FORME JURIDIQUE: SARL
- DIRIGEANTS: Cécile Masson, 44 ans, et Franck Masson, 45 ans
- ANNÉE DE CRÉATION: 2000
- EFFECTIF: 6 salariés
- CA 2010: 494 kEuros
Depuis le 1er janvier 2002, tout père peut demander un congé paternité dans les quatre mois qui suivent la naissance de son enfant. Il a droit à 11 jours consécutifs (18 en cas de naissances multiples), cumulables ou non avec le congé légal de naissance de trois jours. Il est facultatif mais l'employeur ne peut le refuser. Côté rémunération, le montant maximal de l'indemnité journalière ne peut dépasser 50 % du salaire journalier brut moyen dans la limite du plafond journalier de la Sécurité sociale (soit 162 euros par jour en 2011).
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