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[Spécial USA] Donald Trump, ou comment la disruption a atteint la politique

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L'élection inattendue de Donald Trump à la tête des États-Unis peut être assimilée au succès des acteurs disruptifs de la nouvelle économie: le dirigeant n'a pas cherché à rassurer et a volontairement brisé les codes de son secteur, selon Tanguy Desandre, pdg de maplacencreche.

[Spécial USA] Donald Trump, ou comment la disruption a atteint la politique

Donald Trump, le nouveau "chef du monde libre", nous a fait la démonstration qu'un grand pays parmi les plus éduqués de la planète peut élire un président provocateur, dont les sorties misogynes, racistes et populistes l'ont fait passer jusqu'alors pour un phénomène de foire sans grand avenir politique. L'ensemble des commentateurs politiques et des journalistes a laissé penser au public que, quelle que soit l'ascension du magnat de l'immobilier, il n'aurait aucune chance de gagner l'élection. Il?n'avait aucune expérience de ce type de campagne, aucune expérience non plus de mandats politiques, ses déclarations auraient dû sacrifier les 50% d'électorat féminin et celui issu de l'immigration. Pourtant, il gagne le plus gros appel d'offres du secteur et rafle la principale part de marché US... pour quatre ans! Malgré une conquête du marché façon Caterpillar, les concurrents sont totalement abasourdis.

Et si l'explication venait du monde des start-up, de la disruption? Jean-Marie Dru, fondateur de TBWA, invente le concept en 1992 et l'explique ainsi: "L'innovation disruptive est une innovation de rupture, par opposition à l'innovation incrémentale, qui se contente d'optimiser l'existant." Au lieu d'améliorer l'existant (comme tout le monde), le disrupteur adresse le service qui doit être rendu sans parti-pris, sans contrainte des services et circuits existants, pour trouver une façon nouvelle de servir directement l'utilisateur final, souvent grâce aux ressources non exploitées présentes sur le marché et de façon totalement originale.

Disrupter ne veut pas dire améliorer

L'exemple classique d'Airbnb est le plus parlant: le marché veut trouver un logement ponctuel pour ses voyages... la seule solution en place est l'hôtellerie, dont le service n'est pas parfait: chambres chères et/ou impersonnelles, disponibilité variable, choix quelquefois faible. Personne ne pense différemment, l'hôtellerie est l'unique source. Pourtant, le marché est immense, le besoin insondable, l'offre est peu adaptée. Airbnb réussit à apporter une ressource simple, facile d'accès, présente par milliers d'unités directement fournies par le grand public.

Trump, de son côté, n'a pas repris les codes de la politique établie aux USA, il n'a pas cherché à rassurer sa base électorale, il n'en avait pas. Il n'a pas cherché à satisfaire son parti, il n'en avait pas. Il n'a pas adopté le discours politique classique cherchant à satisfaire le plus grand nombre, et à éviter consciencieusement les attaques. Il n'a pas été obligé de composer avec son track ­record, ses vieilles promesses, les choix politiques qu'il a dû faire pendant des décennies de carrière politique comme ses concurrents, il s'en est affranchi.

Partir de rien pour faire du neuf

Donald Trump s'est adressé à un marché dont les offres en place répondent mal aux besoins des clients. Il a adressé leur besoin sans parti-pris, sans jugement, sans se demander si les craintes animant l'électeur américain étaient fondées ou non, sans chercher à savoir s'il avait raison ou non d'accuser l'immigration, la mondialisation, les lobbys industriels et l'administration centrale. Trump a répondu à leur demande, directement, sans l'intervention d'un intermédiaire.

Il a, au contraire, conquis directement ses premiers clients pendant la campagne d'investiture qui lui ont permis d'acquérir la première entreprise du secteur, le parti républicain, dont il avait besoin pour gagner l'élection. Puis il a de nouveau répondu aux besoins du marché lors de la campagne présidentielle en s'affranchissant de tous les codes malgré l'opposition des acteurs en place.

Il a, en somme, véhiculé un message très similaire à l'économie collaborative, il s'est adressé directement à son marché, avec l'agilité des start-up sans tenir compte des intermédiaires naturels qui enfermaient ses concurrents dans un cadre très contraignant. Mais comme pour toute entreprise, maintenant qu'il a gagné le marché, le service après-vente va devoir être au niveau!

L'auteur:

Diplômé de Neoma Business School, Tanguy Desandre est p-dg fondateur de maplaceencrèche depuis 2010.

Il est par ailleurs membre du comité de direction de CroissancePlus.




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