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" J'entube personne : je vends juste quelque chose à quelqu'un qui en a besoin "

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Avec Vendeur, Sylvain Desclous, signe son premier long métrage. Il a choisi la vente comme thème central de son film. Rencontre avec un scénariste et sur une certaine vision de la vente...

' J'entube personne : je vends juste quelque chose à quelqu'un qui en a besoin '

Pourquoi avoir pris la vente comme thème de votre film ?

Parce que c'est justement un monde peu représenté, ou mal représenté. Et puis surtout car c'est une profession assez cinématographique, en tout cas celle qu'exerce le personnage principal (Gilbert Melki). Beaucoup de pression, beaucoup de déplacements, beaucoup de rencontres mais aussi beaucoup de solitude.

Il m'a semblé pouvoir dresser, au travers de ce personnage et de ses relations avec son fils, le portrait finalement pas si inhabituel d'un homme qui a tout sacrifié à son travail.

La vente est au centre du film, mais est-ce finalement un film sur la vente ou sur les relations humaines, sur l'univers du travail ?

Je dirais qu'au-delà du miroir tendu vers un monde professionnel, et, par extension, vers la manière dont on peut s'abîmer dans le travail, c'est surtout l'histoire de deux rapports au travail qui m'a intéressé.

Le père s'y est jeté à corps perdu, récoltant reconnaissance, récompenses, admiration mais aussi solitude et errance. Le fils lui se questionne beaucoup sur son entrée dans le monde professionnel. Faut-il privilégier sa passion, essayé d'en vivre quitte à sacrifier son confort. Ou bien mettre un pied dans un univers qui ne le passionne pas mais qu'il sait rémunérateur. Quitte à sacrifier sa passion.

Bio de Sylvain Desclous :

Né en 1973 dans la région parisienne, Sylvain Desclous a fait des études de sciences politiques, de droit, d'économie et de lettres. Il a ensuite exercé plusieurs métiers, notamment dans l'édition et l'organisation de séminaires d'entreprises avant de se tourner vers la réalisation de courts métrages. Vendeur est son premier long métrage.

Quelles ont été vos sources d'inspiration, et comment avez-vous puisé cette connaissance sur la vente?

Avant de commencer à écrire, je me suis documenté. J'ai rencontré des vendeurs et assisté à des séances de coaching où on leur apprend à maximiser leur savoir-faire. J'ai passé également quelques après-midi avec l'un d'entre eux, qui joue d'ailleurs dans le film (à vous de le trouver !). Et puis aussi j'ai lu des interviews de vendeurs et de directeurs commerciaux sur internet, j'ai parcouru des manuels, j'ai regardé le programme de certaines formations, regardé des CV.

Et puis je suis allé à la Foire de Paris, je me suis régalé à les observer. Ce sont des acteurs. La vente a à voir avec l'instinct, le sens de l'observation et de l'écoute, la faculté d'empathie et surtout le goût du jeu.

Serge, le personnage central de votre film, écume les bars, fréquente les prostituées et se drogue... N'avez-vous pas un peu forcé le trait ?

Je n'ai pas inventé grand-chose... Le milieu de la vente étant un univers plutôt masculin, il est, de fait, assez viril, voire machiste, et s'appuie sur le paraître et la performance. Quant à la drogue, comme dans un grand nombre de professions où il faut tenir physiquement et psychiquement, elle circule. Cela dit, Serge est un personnage de fiction et je n'ai pas voulu en faire l'archétype du vendeur et encore moins une caricature. Son métier sert de cadre. Je voulais montrer que chez certains êtres humains, le côté hâbleur dissimule souvent un grand vide affectif.

Que retenez-vous de l'univers du vendeur et du manager commercial ?

Qu'ils sont avant tout constitués d'hommes et de femmes qui aiment ce qu'ils font. Et comme dans tous les métiers (et comme dans le cinéma), il y a des bons et des moins bons. C'est comme ça.

Après je n'ai jamais eu comme intention de dresser un réquisitoire contre une profession ni même d'être caricatural ou méprisant, bien au contraire. J'ai essayé d'être tendre, mais juste.

Avec ce film, est-ce que votre regard a changé sur l'univers de la vente ?

Oui. Encore une fois je n'ai croisé que des vendeurs bien dans leurs costumes, tout à fait lucides sur leur travail et respectueux de leurs clients. Comme dit Gilbert Melki : "Mais moi j'entube personne : je vends juste quelque chose à quelqu'un qui en besoin".

Qu'aimeriez-vous qu'un vendeur ou un manager commercial garde après avoir vu votre film ?

L'envie de le revoir avec toute sa famille et tous ses amis. Plus sérieusement : qu'il se dise qu'il a vu un bon film, qui lui donne envie de continuer à travailler tout en faisant attention à ses proches.

Diriez-vous que le vendeur, peut incarner au cinéma comme dans la vie réelle, un héros comme un professeur, un policier, un médecin... ?

Je n'irai pas jusqu'à dire que les vendeurs sont des héros, au même titre que les pompiers, les astronautes ou que sais-je. Mais il n'y a pas besoin d'être un héros pour réussir sa vie.

2 questions à Gilbert Melki

Comment avez-vous composé votre personnage ?

J'ai pioché dans mes souvenirs ! Parmi les métiers exercés avant d'être acteur, j'ai fait celui de vendeur, dans un magasin de vêtements du Sentier. J'avais dix-huit ou dix-neuf ans. À cette époque-là, j'ai connu beaucoup de gens qui faisaient les foires et les marchés, au cours d'interminables tournées. Souvent, c'étaient des gens qui se la jouaient, étaient dans la flambe, mais qui, en fait, avaient une vie d'une grande solitude.

Comment voyez-vous votre personnage ?

Il a un univers un peu clinquant, Serge, avec entre autres, sa BMW vintage, mais je pense que c'est ce qui en fait un personnage de cinéma. En plus, malgré les apparences, c'est quelqu'un qui respecte les autres, ses clients, comme ses collègues de travail. C'est quelqu'un de rigoureux aussi. On peut le percevoir à des petits détails.

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