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Ecole de commerce ou boîte à fric, comment ne pas se tromper?

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Rêver d'une carrière internationale aux plus hauts postes de direction, passer les concours d'écoles de commerce en espérant entrer dans une des meilleures et se retrouver dans une boite à fric : pour éviter cette trajectoire, Zeil publie Sup de cons, un tableau au vitriol des écoles de commerce.

Ecole de commerce ou boîte à fric, comment ne pas se tromper?

Gaëtan vient d'obtenir son diplôme à Sup de Co Mercure, une école de commerce aux tarifs exorbitants du sud de la France. Sa formation lui a permis d'obtenir un poste de manager de rayon chez Castorama, un "CDD avec perspectives d'évolution". Pas exactement le Graal auquel il aspirait en entrant dans son école de commerce. En attendant sa future promotion, il est le narrateur, avec sa comparse Gaëlle, encore étudiante, de Sup de Cons, le livre noir des écoles de commerce.

La BD, au ton résolument satirique, écrite par Zeil, un enseignant chercheur en marketing, se veut malgré tout "un guide concret et factuel" pour aider étudiants et parents à s'y retrouver au milieu de l'offre pléthorique d'écoles de commerce. Car, au-delà des meilleures écoles, HEC ou l'ESSEC, il est très difficile d'évaluer rationnellement le niveau des établissements, tant ceux-ci orchestrent une promotion intensive autour de leurs formations. Tout est bon pour "attirer le consommateur" et le pousser à acheter un produit soigneusement marketé : cours aux intitulés ronflants, promotions dites internationales, professeurs experts dans leur domaine, cadre idyllique...

L'auteur dénonce un contenu pédagogique pas toujours à la hauteur des brochures : parcours en anglais enseignés par des profs qui bredouillent à peine dans la langue de Shakespeare, plateformes en ligne présentant des MOOC qui ne sont plus enseignés, projets de responsabilité sociale qui n'ont de social que le nom... sans parler d'un certain nombre d'enseignants qui sont loin des superstars internationales vendues par la communication de l'école, ou des cours dispensés par des professeurs préférant de loin la recherche à l'enseignement quand ils ne se voient pas tout simplement contraient d'enseigner des matières pour lesquelles ils n'ont pas d'expertise!

Se méfier des classements

Le constat dressé par l'auteur, qui a expérimenté les écoles de commerce en tant qu'étudiant, puis en tant que professeur, est accablant, tant les établissements décrits ressemblent moins à des centres de formation qu'à à des boites à fric cherchant par tous les moyens à augmenter la note déjà salée : frais de scolarité qui augmentent à chaque passage en années supérieure, frais de stage, adhésion aux associations, voyage...

Même présentée avec humour, la situation a de quoi faire angoisser les futurs étudiants en école de commerce. Mais l'auteur donne quelques pistes pour éviter d'être aveuglé par les présentations avantageuses des écoles. Ainsi, ses deux personnages conseillent de se méfier des classements, pompeusement appelés "rankings". "Une école trouvera toujours le moyen de se proclamer leader dans un domaine", avertit Gaëlle, la narratrice. Ainsi sa propre école a-t-elle découvert que "si on divise le nombre d'étudiants à Sup de Co Mercure par le nombre d'habitants de la ville où on est implantés, on est la première école de commerce de France !" Ce qui est, comme chacun sait, le premier critère de sélection des futurs étudiants. Quant aux classement publiés par les médias, ils se basent sur du déclaratif non vérifié.

Les deux héros conseillent ainsi de profiter des journées portes ouvertes pour en apprendre plus sur l'école, à condition d'exacerber son esprit critique : les anciens étudiants venus témoigner sont triés sur le volet, les programmes présentés ne sont parfois pas encore signés... Si les professeurs disparaissent peu après la conférence de présentation des programmes, c'est mauvais signe : l'ambiance de travail n'est probablement pas au beau fixe. L'auteur attire également l'attention sur des détails en apparence plus saugrenus : si le directeur général a sa place de parking attitrée, c'est probablement que "les méthodes managériales datent des années 60"...

A la lecture de la BD, les étudiants ne sont pas à l'abri de revenir sur leurs choix d'orientation. Ils gagneront en tous cas quelques clés pour mieux décrypter la communication des écoles de commerce et découvrir un aperçu de l'intérieur de ses établissements rarement mis en avant.

Sup de cons, le livre noir des écoles de commerce. 48 pages, éditions La Différence, avril 2017, 15 euros

L'auteur, Zeil de son nom de plume, a obtenu un mastère à Grenoble Ecole de Management, un MBA à l'université du Texas et un doctorat à l'Arizona State University. D'abord directeur d'études à ORC International (société d'études de marché), il a ensuite été enseignant en marketing dans une sup de co française, ainsi que dans plusieurs universités américaines et canadiennes.

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