Mon compte Devenir membre Newsletters

Entreprise libérée... du mythe à la réalité !

Publié le par

L'entreprise libérée, ou encore l'adoption d'un nouveau comportement managérial tente de plus en plus les managers ! Hervé Aulner, directeur commercial au sein du Groupe La Poste apporte son point de vue et dresse quelques conditions pour que ce type de management ne tourne pas à l'échec.

Entreprise libérée... du mythe à la réalité !

Si l'entreprise libérée engendre des bienfaits, on ne peut " libérer " de manière uniforme 100% des collaborateurs au risque de nuire à la performance, de générer un cercle vicieux dans les jeux de pouvoir et d'être dans l'incapacité de répondre à une situation de crise pour ne citer que ces trois dangers impactant la performance, et par construction, mettre en risque votre entreprise !

Avant de vous décider, il est important de se poser 3 questions :

1) Avez-vous les managers appropriés ?

L'entreprise libérée oblige d'avoir des managers humbles et exemplaires ayant une posture du " non égo ", de ne plus être un petit chef décideur mais un chef d'orchestre responsable des résultats de son équipe donnant de la confiance et affichant ses valeurs et en les appliquant sans distorsion. Il faut pouvoir être un coach qui conserve son courage managérial pour décider avec certains ou dans certaines situation.

Combien en sont capables ? Combien de managers peuvent dire que les équipes fonctionnent à 90% sans eux, et que par construction, osent déléguer, osent donner un vrai pouvoir à plusieurs acteurs ?

2) Avez-vous uniquement des collaborateurs animés par la réussite du collectif ?

L'envie de s'investir dans l'atteinte des objectifs, d'avoir des responsabilités, d'avoir de l'autonomie, n'est pas présente chez tous de la même manière... certains fuient les responsabilités, n'éprouvent pas le besoin de développer leurs compétences pour plus d'autonomie ! De plus, le psychologue Mihály Csíkszentmihályi nous alerte sur le facteur anxiogène du manque de compétence, ou d'ennui, sur le " trop " de compétence par rapport à la mission ou à l'autonomie... L'envie, la compétence et l'investissement étant différents pour chacun de nous, l'entreprise libérée doit être capable de prendre en compte des variables d'ajustement en fonction des motivations et des contributions individuelles !

3) Avez-vous réellement la bonne culture d'entreprise ?

Toutes les pratiques managériales doivent s'ancrer dans une culture d'entreprise cohérente afin de permettre aux salariés de partager une vision commune non seulement entre eux, mais aussi avec les managers et l'entreprise. Avoir " la même paire de lunettes pour tous ", afin que chaque collaborateur puisse se poser la question " suis-je en train de le faire ? ".

Une culture d'entreprise ne peut se changer par simple décision mais par un accompagnement à moyen terme! alors si votre culture, votre structure est du type " pyramidale " vous ne pouvez passer du jour au lendemain en " entreprise libérée ", avec un management " intra-entrepreneuriat " !

Que l'entreprise soit " libérée " ou non, nous devons respecter ces 3 fondamentaux :

1) Une agilité managériale

Libérer l'entreprise ne veut pas dire indépendance

J'entends souvent dire qu'il faut changer le style de management pour être, en position de manager coach, voire en leader visionnaire par exemple. N'oublions pas qu'aucun style de management est le meilleur; mais une agilité du management adapté à la situation et aux personnes est incontournable. Il faut donc que les managers connaissent le mode de fonctionnement et d'interaction de l'équipe et de chaque membre pour être capable d'ajuster sa posture en fonction des personnes et des évènements sans avoir peur d'être " directif " ou " chef de file " si besoin. Libérer l'entreprise ne veut pas dire indépendance, mais accompagnement de l'autonomie au service de l'entreprise.

2) Des objectifs exigeants et un respect des méthodes de travail

On ne peut être dans une entreprise où chacun met en oeuvre sa propre vision. La stratégie de l'entreprise doit être partagée et mise en oeuvre par chacun des acteurs. Il en est de même pour les process et/ou méthodes définies par l'entreprise. Les outils, postures, méthodes doivent être respectés afin d'apporter la meilleure réponse à chaque client. L'un de mes anciens managers disait " les objectifs sont faits pour être atteints, essayer ne suffit pas ! ". L'atteinte de ces derniers doit donc guider " les troupes " et être le fil conducteur des actions et des propositions.

On ne peut poursuivre sur le même chemin si les résultats ne changent pas ! Alors, nous devons guider notre collaborateur dans son analyse en lien avec ses résultats pour qu'il soit force de propositions. En absence de modification ou de proposition, nous devons décider et faire agir et ne pas " laisser faire " au prétexte de l'entreprise libérée.... " La folie, c'est de faire toujours la même chose et de s'attendre à un résultat différent " - Albert Einstein.

3) Le Suivi des actions

Entreprise libérée ne veut pas dire ne plus piloter !

Le pilotage des résultats, du respect des méthodes, des moyens n'est pas antinomique sauf si vous souhaitez libérer l'entreprise vers l'échec. Il est donc normal et même dans le rôle clé d'un manager de piloter ses collaborateurs en échangeant régulièrement sur les moyens mises en oeuvre (ou non) en mettant en place des reporting si besoin est.

Pour conclure, n'oublions pas que l'entrepreneur qui réussit maîtrise ses objectifs, a ses repères réguliers pour suivre l'estimation de ses résultats afin d'être réactif et d'ajuster l'action. L'entrepreneur pilote ses chiffres, il est exigent avec lui-même... S'il n'atteint pas ses objectifs, c'est la fin !

L'enjeu pour lui est important, pour être dans une entreprise libérée, chaque collaborateur doit donc avoir " cette auto pression de résultat ", à défaut, c'est la baisse de vos résultats, voire la fin !

Si vraiment l'aventure vous tente, il est tout à fait possible d'avoir un management global " d'entreprise libérée " mais avec un ajustement par " profil de collaborateurs " pouvant ne pas être dans l'esprit général en étant plus directif et en l'accompagnement vers une plus grande maturité.

L'auteur :

Hervé Aulner est directeur commercial sein du Groupe La Poste et par ailleurs chef de Centre sapeurs-pompiers volontaires depuis 2000.
Il est l'auteur du livre Le Manuel du chef (Éd. Maxima, 2013).

Il a décroché la deuxième place lors des Trophées Action Co 2014 pour son projet sur l'expérience client.

En 2014 et 2015, il intègre la classement des 100 managers d'influence (100 Sales Managers 2015).



En complément :

Tout comprendre du phénomène de l'entreprise libérée

Entreprise libérée : l'exemple Chrono Flex

Isaac Getz: Libérez enfin vos commerciaux !