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Les entreprises ont besoin de "digital leaders"

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La révolution digitale secoue les entreprises et ne laisse pas indemnes les managers. Comment doivent-ils y faire face? Quelles sont leurs nouvelles armes? Comment devenir un digital manager? Entretien avec Gérald Karsenti, p-dg de Hewlett Packard Enterprise en France.

Les entreprises ont besoin de 'digital leaders'

Action Co : En quoi la révolution digitale impacte-t-elle le management ?

Gérald Karsenti, p-dg de Hewlett Packard Enterprise en France : Au départ, l'informatique était perçue par les dirigeants comme un mal nécessaire, et représentait avant tout pour eux un budget de dépenses. Ce n'est que dans les années 2000 que c'est devenu un véritable outil de compétitivité et que l'on a enfin compris tout l'intérêt de l'informatique, et surtout du Web, dans nos business models. Ce que Michael Porter (professeur de stratégie d'entreprise à l'Université Harvard et consultant d'entreprise, ndlr) avait perçu 30 ans plus tôt ! Cette révolution digitale, qui je pense perdurera encore jusqu'en 2030, se traduit par des start-up capables d'entrer dans n'importe quelle filière pour en "disrupter" le modèle, le repenser de façon plus agile, et souvent à des coûts très compétitifs. Maurice Levy, le p-dg de Publicis, l'a encore très bien résumé : "Tout le monde peut se faire ubériser."

" Les leaders doivent créer des espaces
de créativité. "

Une situation qui n'est pas sans effet sur le leader... Pour autant, il ne s'agit pas pour lui de maîtriser la technologie, même s'il se doit d'être plus affûté que ses prédécesseurs à ce sujet. En revanche, leaders et managers doivent absolument rester en veille, ce qu'ils commencent à intégrer. J'ai remarqué que ces derniers montrent désormais un grand intérêt envers le développement d'applications mobiles. Et pour cause ! Ils savent qu'une simple appli peut les tuer... Et leur développement est sans limite ! Face à ce phénomène, le leader doit devenir un "digital leader", c'est-à-dire anticiper au mieux ces évolutions. Pour ce faire, le manager doit accepter de ne pas tout connaître. Le savoir et le repérage de tendances peuvent provenir de partout : de ses équipes, mais aussi d'autres services de l'entreprise, d'Internet, de la concurrence... Le modèle managérial "J'ordonne, vous exécutez" est à mon sens totalement révolu.

Quelles dispositions faut-il réunir pour devenir un "digital manager" ?

G.K. : Je pense tout d'abord que ce n'est pas une question d'âge. Ainsi, il y a des baby-boomers très au fait de la technologie, là où des "générations Y" ne le sont pas du tout. En revanche, en ce qui concerne la génération dite "digital native" ou "génération Z", elle appréhende différemment la société et le business. Aussi, l'arrivée prochaine de cette dernière sur le marché du travail apportera sans doute son lot de changements.

Mais pour les générations précédentes, qui favorisent le raisonnement cartésien -c'est-à-dire décortiquer et analyser un problème, en déterminer plusieurs facteurs explicatifs, pour ensuite lui apporter une ou plusieurs solutions, si possibles réplicables et industrialisables-, changer de modèle n'est pas facile. Ce qui prévaut désormais, c'est une agilité extrême, où la notion de solution n'existe plus car elle n'a plus aucune importance. Ce qui compte avant tout, c'est de trouver le bon schéma. Pour favoriser cette nouvelle façon de penser, le manager doit créer des espaces de créativité qui favoriseront l'apport, non pas de simples idées, mais de véritables disruptures, ou tout du moins il doit être capable de les percevoir.

>> Lire la suite de l'entretien page 2

Gérald Karsenti en trois dates

1993 : intègre IBM pour y occuper successivement différents postes de direction.
2007 : devient vice-président France de HP, puis directeur général en 2010.
2013 : est fait chevalier dans l'ordre national de la Légion d'honneur.

Mot clés : Management |

Propos recueillis par Laure Tréhorel