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6 clés pour atteindre l'excellence

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L'excellence, ça s'acquiert, et Darwin, Mozart ou Benjamin Franklin peuvent inspirer chacun pour devenir un maître en son domaine. Comment ? C'est ce que révèle l'auteur américain Robert Greene dans son livre " Atteindre l'excellence " et au cours d'une conférence donnée ce 25 mars à Paris.

6 clés pour atteindre l'excellence

Mozart est l'un des plus grands maîtres de la musique au monde. Et pourtant... son talent n'est pas inné. Il est le fruit de milliers d'heures consacrées au travail, et comme il commence tôt son apprentissage - à quatre ans - cet entraînement porte ses fruits alors qu'il n'en a pas trente... En racontant cette histoire, Robert Greene ne retire rien au jeune prodige de la musique. Son propos est plutôt de dire que le talent n'est pas inné, qu'il s'apprend. L'espoir serait donc permis à tout le monde... non pas pour devenir le futur Mozart, mais pour agir avec excellence dans son propre domaine. Telle est la thèse de cet auteur américain, invité ce 25 mars, à Paris, par d'anciens élèves de l'Essec. Fraîchement atterri de Los Angeles, il vient faire la promotion de son livre tout juste paru en France ("Atteindre l'excellence", Editions Leduc).

" Quand on pense aux génies on ne voit d'abord que leurs chefs d'oeuvre : les romans de Proust, les découvertes d'Einstein, les opéras de Mozart, etc. On a tendance à occulter qu'ils ont fait des erreurs, ont des complexes, des incertitudes... J'ai voulu rassembler leurs erreurs pour créer une sorte de parcours d'apprentissage idéal ", révèle l'auteur qui, au fil d'un jeu de questions/réponses de près d'une heure et demie, livre quelques clés de l'excellence...

Robert Greene interviewé par Isabelle Rey-Millet, directrice associée d'Ethikonsulting, cabinet de conseil en management.

1. Etre patient

10 000 heures. Voilà le temps au bout duquel, à force de pratique, on peut espérer voir un changement, accéder à l'excellence. Une explication scientifique à cela : " il se produit un changement dans la structure même du cerveau ", révèle Robert Greene. Un délai extrêmement long... d'où l'utilité de ne pas se tromper de carrière, afin de surmonter l'ennui que ce temps passé à faire une seule et unique chose risque de provoquer chez chacun. " Si vous ne faites pas quelque chose qui vous intéresse, avec lequel vous avez une véritable connexion personnelle, alors vous ne parviendrez jamais à faire ces 10 000 heures... ", note Robert Greene.

2. Apprendre de ses échecs

L'échec est beaucoup moins bien accepté dans la culture française que dans la culture américaine. Et pourtant. Henry Ford a échoué deux fois avant de lancer avec succès la voiture qui fera sa renommée et sa fortune... Et Robert Greene de citer Paul Graham, créateur d'une école pour start-up dans la Silicon Valley. Pour cet expert, la réussite n'est pas une question de diplôme. " C'est la détermination, la ténacité et la capacité à apprendre de ses erreurs qui font toute la différence... "

3. Cultiver son intelligence relationnelle

L'intelligence technique ne suffit pas. On risque fort d'échouer si son savoir-faire s'arrête là. Etre capable de regarder les autres, sans se mettre en colère, sans juger, voilà qui permet de renforcer sa connaissance sur le monde. " Quitte à faire preuve de tolérance pour la bêtise humaine... Au fond, ce qu'il faut, c'est être capable de se mettre à la place de l'autre ", déclare Robert Greene.

L'icône de l'intelligence relationnelle, selon lui, c'est Benjamin Franklin. " Très naïf au début de sa vie, il parvient à la fin à lire dans les pensées des gens ". Le tournant se produit alors qu'il quitte les Etats-Unis pour l'Angleterre : c'est là, après quelques bévues ou maladresses commises dans sa vie, qu'il décide de se mettre à regarder les choses autrement, de ne plus se laisser submerger par ses émotions, de se mettre en retrait, de faire jouer sa capacité d'observation, pour mieux réagir...

4. Soigner sa créativité

Nous naissons très créatifs. Un cerveau d'enfant passe son temps à associer entre elles des choses éloignées. Puis la société implante chez chacun, au fur et à mesure qu'il grandit, des pensées de plus en plus conventionnelles. On peut faire l'effort de les dépasser. Cependant les génies parviennent à un troisième niveau de pensée : l'esprit redimensionné. " On redécouvre une manière enfantine d'associer les idées, tout en bénéficiant aussi des acquis de plusieurs dizaines d'années d'expérience ", assure Robert Greene. D'où une créativité nouvelle. Mozart a longtemps vécu sous l'emprise de son père. Pour faire cesser cette situation le jeune compositeur décide de partir à Vienne. C'est là qu'il créera certains de ses chefs d'oeuvres : " S'il était resté à Salzbourg personne ne connaîtrait le nom de Mozart... " Même histoire, même schéma chez Darwin. Son père voulait qu'il soit médecin. Peu intéressé par la discipline, Darwin décide plutôt de s'embarquer pour une expédition scientifique en Amérique du Sud. C'est là qu'il découvre les espèces... Lui aussi s'est affranchi de son père pour devenir le scientifique que l'on connaît.

5. Aimer le mystère

Mais la clé de la créativité, c'est ce que Robert Greene appelle la capacité négative. Autrement dit la volonté de ne pas tout expliquer, d'être capable de ne pas trouver de raisons aux choses. C'est comme cela que Pasteur aurait mis au point son vaccin : en ne le cherchant pas précisément, mais en laissant faire le temps, alors même que d'autres chercheurs étaient impatients de pousser plus loin ses recherches. Même phénomène chez Shakespeare qui montre ses personnages dans tout ce qu'ils ont de contradictoire, sans les juger (Iago dans "Othello"). " Il faut arrêter cette manie d'expliquer les choses, il faut rester dans le mystère, ne pas être pressé de découvrir la réponse ", préconise Robert Greene. Les questions, les zones d'ombre font partie de l'apprentissage...

6. Relativiser l'intuition

Autre idée reçue que remet en cause Robert Greene : l'intuition. Selon lui, elle est tout à fait conciliable avec le cartésianisme. C'est l'étude assidue d'une chose, pendant dix, vingt ans, qui favorise la création de connexions dans le cerveau. En d'autres termes, l'auteur voit l'intuition comme une pensée subconsciente qui arriverait à la conscience à la faveur du travail. Et Robert Greene de citer Bobby Fischer, le joueur d'échecs, capable de voir le vingtième coup à venir car il a intériorisé des millions de modèle de jeu... " et non par une sorte d'illumination, qui est la façon dont bien souvent l'intuition est vue. Il l'assure : ''L'intuition arrive à force d'expérience !"



Robert Greene est un auteur et conférencier américain. Il a notamment publié, en 2009, le best-seller Power, qui s'est vendu à plus deux millions d'exemplaires dans le monde. Le pouvoir est son domaine d'étude favori. Ses ouvrages en dévoilent tous les mécanismes, sous tous les angles (manipulation, séduction, excellence...) si bien que Robert Greene est devenu le mentor de plusieurs hommes d'Etat (il compterait parmi ses lecteurs Barack Obama) et d'hommes d'affaires comme Dov Charney, p-dg d'American Apparel. Diplômé de Berkeley en lettres classiques, il a également été journaliste et scénariste à Hollywood.
Son site
// Son blog (en anglais)


<< Dernier livre paru : " Atteindre l'excellence ", dans la collection A contre-courant des Editions Leduc, mars 2014, 26 €.
Au travers de la vie de grandes figures historiques (de Vinci, Mozart, Darwin, Edison, Einstein, Goethe, Proust...), il dévoile les secrets et stratégies qui permettent de devenir un maître dans son domaine quel qu'il soit (art, science, mais aussi business...) et décortique les différentes étapes de ce parcours d'apprentissage, long mais bel et bien accessible à tous.



Photo d'ouverture : Robert Greene entouré de Christian Chavanel (Essec & Mannheim Executive MBA) et Isabelle Rey-Millet (Ethikonsulting).