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“Daf et dirco, l'ombre et la lumière”

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Daf dans une multinationale française, Samuel Marckett publie (sous pseudonyme) un livre dans lequel il épingle avec ironie tous les travers du monde de l'entreprise. Les commerciaux ne sont pas en reste… Interview à prendre au premier degré ?

“Daf et dirco, l'ombre et la lumière”

Comment voyez-vous les commerciaux ?
Comme l’inverse de ce que je suis. Je pense qu’il n’y a pas deux fonctions plus antinomiques que les Daf et les commerciaux au sein de l’entreprise. Le premier est pincé, gris, besogneux, reconnaissable à ses lunettes gris métallique et son costume gris anthracite. Le second est extraverti, souriant, joyeux, volubile. Le Daf le voit fantasque, léger, enthousiaste – et même frivole. Tous deux sont l’ombre et la lumière, les deux extrémités opposées d’un même spectre…

Quelle est l’autre dualité entre les deux professions ?
En fait, je pense que le Daf est un peu jaloux du vendeur. Il rêve d’être lui aussi sur le devant de la scène et fantasme un peu sa vie de jet-set. En effet, tandis que le Daf, sa calculette à la main, détecte et prévient les bêtises des autres, il ne part pas décrocher de contrats multimillionnaires à Abu-Dhabi ! Et comme personne ne veut dîner avec lui, car c’est un personnage totalement dépourvu d’humour, il n’a pas le droit aux repas d’affaires… Au plus profond de lui-même, le Daf sent certainement qu’il ne lui est pas possible de faire ce métier : il lui manque le charisme, le bagout, l’aisance relationnelle nécessaires. Alors, si dans mon livre, je mords les commerciaux, je reconnais aussi leur valeur…

En tant que Daf, quelles sont vos relations avec les directeurs commerciaux ?
Mes relations avec eux ont toujours été excellentes. Il existe une sorte d’entente entre les deux camps sur le fait de devoir trouver une position médiane pour aboutir à la rentabilité de l’entreprise. Les marges de la société sont conditionnées par les prix de vente que ses commerciaux pratiquent. C’est donc le fruit d’une négociation constante entre les deux parties. Mes collaborations passées avec des directeurs commerciaux font partie des plus sympathiques que j’aie jamais connues. Les fonctions les plus opposées sont toujours les plus complémentaires…

Morceaux choisis du livre “Anti-dictionnaire de l'entreprise”…
Commercial : individu parfumé et bavard dont la principale fonction consiste à présenter des notes de frais.
Contrat : document qui prévoit comment se sépareront deux parties qui viennent de s’unir.
Ventes : cession à titre onéreux des biens produits par l’entreprise. Répondent à la loi suivante : « Les ventes présentes sont faibles du fait d’un environnement défavorables, mais augmenteront dans le futur grâce aux efforts de la force de vente. » Cette loi a le mérite de rester applicable année après année.
Client : principale source des problèmes de l’entreprise, ce qui explique l’acharnement de ses employés à tenter de l'en débarrasser.
Directeur financier : personnage qui doute de tout ce qui lui est dit, et qui inspire le doute dans tout ce qu’il dit.


Samuel Marckett, En attendant le week-end : anti-dictionnaire de l’entreprise, éditions Max Milo, mai 2012, 95 pages, 9,99 €