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Université d'entreprise, un outil fédérateur

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Alors que les universités d'entreprises fleurissent au sein des sociétés, leur format et leur utilité ne sont pas toujours clairs. Comment cet outil de formation peut agir sur vos collaborateurs et vos commerciaux ? Réponse avec Xavier Philippe, enseignant à Neoma Business School.

Université d'entreprise, un outil fédérateur

Dans le milieu de la formation, l'université d'entreprise a le vent en poupe. Mais qui y a-t-il derrière ce concept ? Pour quels résultats ? Xavier Philippe, enseignant-chercheur à Neoma Business School (issue de la réunion des écoles de commerce de Rouen et de Reims) a mené l'enquête* auprès de 17 universités d'entreprise, sur les 70 recensées en France.

Ces structures de formation internes ont d'abord été mises en place pour former les dirigeants et les cadres. "Au lancement des universités, leur vocation était plutôt élitiste et elles avaient pour mission première de diffuser, voire définir, la stratégie de la société", précise Xavier Philippe. Mais aujourd'hui, celles-ci s'adressent désormais à l'ensemble des collaborateurs, même si elles peuvent comporter plusieurs branches suivant les métiers et fonctions.

Les universités d'entreprise peuvent ainsi délivrer des séances spécifiques aux commerciaux. "Lorsque c'est le cas, ça n'est généralement pas pour assurer une formation produit à la force de vente, mais une formation métier", explique Xavier Philippe. Qu'est-ce que vendre aujourd'hui ? Que signifie la relation client pour nous ? Des thèmes de réflexion et de transmission des valeurs de l'entreprise. Car il s'agit bien de cela. "La mission principale des universités d'entreprise est la diffusion des valeurs de la compagnie", indique Xavier Philippe. Il s'agit donc d'un outil précieux pour les entreprises.

Mais ce n'est pas tout. Les universités ont également pour vocation de mélanger les commerciaux aux autres populations de l'entreprise. "Certaines sociétés prévoient des séances communes entre commerciaux et marketers d'un même niveau hiérarchique, afin de favoriser la cohésion entre ces deux services", raconte Xavier Philippe.

Quels risques pour l'entreprise ?

Si l'université d'entreprise permet de donner une image valorisante, de diffuser ses valeurs et de souder ses commerciaux autour de celles-ci, cette démarche n'est pas sans risque. Les universités d'entreprise sont généralement la promesse d'un engagement réciproque. Pourtant, elles peuvent engendrer des malentendus : "Passer par une université d'entreprise ne constitue pas une garantie automatique de promotion. Il revient toujours au salarié, à l'issue de la formation de démontrer qu'il fait ses preuves dans la mise en oeuvre de ce qu'il a appris", souligne Xavier Philippe.

Par ailleurs, le professeur met en garde les entreprises contre un autre danger : celui de voir partir les collaborateurs une fois formés. C'est d'autant plus risqué que la tendance est aux formations diplômantes, en partenariat avec des universités ou des écoles. "L'objectif principal poursuivi par les entreprises, à savoir l'adhésion aux valeurs, n'est possible que si l'entreprise comble les attentes de reconnaissance de l'individu en retour. Sinon, paradoxalement, la participation à une université d'entreprise pourrait bien être le précurseur d'une mobilité externe. Car le diplôme vient labelliser et rendre visible la qualité du salarié ; il pourra être monnayé sur le marché du travail."

Et de conclure : "Aussi, il est impératif pour l'entreprise de mettre en place des outils de suivi post-programme, et démontrer ainsi que les attentes d'évolution des collaborateurs sont prises en compte et qu'elles vont trouver une réponse concrète, dans un délai raisonnable."

Le coût d'une journée de formation en université d'entreprise varie de 2500 à 15000 €

* L'enquête menée par Xavier Philippe a été conduite de 2008 à 2012. 17 universités d'entreprise ont été examinées. Tous les types d'acteurs en relation avec chaque université ont été interrogés (équipes RH, dirigeants, stagiaires et partenaires académiques). Par ailleurs, une immersion d'un an et demi a été réalisée au sein de deux programmes d'une même université d'entreprise, l'un diplômant, l'autre qualifiant.