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Télé-identités et super pouvoirs

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Les consommateurs bâtissent leurs identités et leurs appartenances à des groupes privilégiés grâce aux accès que télécommandes et téléphones portables leurs procurent. Pour vendre il s'agit de doter les clients de super pouvoirs.

Quoi de commun entre une télécommande et un téléphone portable ? L’identité qu’ils procurent. Ces deux objets sont emblématiques du capitalisme des identités qui se met en place à côté du capitalisme industriel, de celui des services et du plus récent capitalisme cognitif. En effet, à l‘heure de l’internationalisation et de la confrontation mondiale d’images, de mode de vie, de croyances, de valeurs, l’être humain se trouve écartelé entre une multitude d’appartenances possibles. Il cherche tant bien que mal à s’inscrire dans le temps qui passe. Si le consumérisme demeure un moyen de se distinguer, plus que jamais, la participation à une tribu à un micro-univers dont chacun connaît et maîtrise les frontières apporte un semblant d’assurance. Nos deux artefacts aident dans la construction d’une identité.

Tout d’abord la télécommande. Celle-ci nous fait accéder à un monde de lumière. D’une simple pression sur une touche, elle nous concède l’illusion de dominer un univers irréel. Par la prise en main qu’elle autorise, sur un flux d’images et d’histoires, elle nous laisse à penser que nous participons à la narration en cours. En zappant, chacun compose à son image les enchaînements de séquences plus ou moins brèves qui constituent les 31 heures que nous passons en moyenne en France devant notre écran. Mais il est à parier que ce dernier, même plat, finira par rejoindre au fonds d’une armoire le petit napperon blanc qui recouvrait jadis le gros tube cathodique. La projection se fera directement sur un mur ou sous la forme d’hologramme. Ne subsistera certainement que la télécommande, instrument de notre pouvoir sur le monde.
Si la télécommande nous connecte à notre bouquet de chaines et à un club privilégié d’abonnés, le téléphone portable lui aussi constitue un moyen d’accumuler des signaux de reconnaissances. En payant un seul euro pour l’acquérir nous pensons faire une affaire. Ensuite vient ce sentiment d’ubiquité, la possibilité de rester liés avec les siens en toutes circonstances qui n’en finit pas de nous étonner. Mieux encore, avec les nouvelles générations, de téléphones c’est tout un monde qui s’enrichit de nouvelles informations. Pensez donc, avec un téléphone portable il est possible de photographier une maison à vendre, par un service en ligne de connaître les mètres carrés, les charges et les conditions de vente. Nous sommes propulsés champions de l’immobilier. Ce que l’on désigne aujourd’hui comme étant la « réalité augmentée ». Poursuivons. Un scan sur un pictogramme au bas d’une affiche et voilà quelques images du show promis. Nous déambulons dans notre galerie commerciale et c’est un SMS aguichant qui affiche sur notre écran la promotion du moment. Au japon vous avez oublié votre carte bleue ce n’est pas grave vous pouvez payer avec ce même téléphone. Les distributeurs ne sont pas en reste. En Corée du sud, l’enseigne Tesco placarde des photos de ses linéaires sur les murs du métro. Un scan avec votre téléphone portable des produits à même le mur et vous voilà livré à domicile dans l’heure qui suit. Plus besoin de faire la queue dans votre supermarché.
Connexions mobiles à internet, messagerie, géo-localisation, fonction vidéo, passe sans contact, reconnaissance vocale se combinent dans une multiplicité d’applications qui ne cessent de devancer nos désirs. Demain, ce n’est plus le numéro de sécurité sociale qui nous donnera notre identité mais notre numéro de téléphone et les accès qu’il nous ouvre sur le monde. Assis dans notre canapé ou en mouvement, télécommandes et téléphones nous donnent des superpouvoirs. Il est à parier que ces deux objets finiront par fusionner tant ils se rapprochent pour dire qui nous sommes. Tant ils dévoilent notre télé-identité.