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Vous avez du mal à recruter des commerciaux en France ?

Oui. Je reviens du G20 des jeunes entrepreneurs à Buenos Aires et nous partageons tous la même vision : nous formons des étudiants dans des filières considérées comme "poubelles" où, à l'issue de leurs études, il y a très peu de débouchés. Je ne dis pas qu'il faut supprimer des filières telle qu'histoire de l'art ou psychologie. Mais c'est problématique quand il n'y a pas de corrélation entre la formation des étudiants et les besoins des entreprises.

Ensuite, en France, nous ne formons pas de vrais commerciaux. Les écoles n'apprennent pas à vendre. Dans notre pays, être commercial, ce n'est pas cool. Ce n'est pas un métier que l'on veut faire. Je ne comprends pas pourquoi. Pour moi, c'est l'un des plus beaux métiers au monde même s'il est très difficile. D'ailleurs, pour contourner le problème, nous formons nos commerciaux en interne avec la Aircall Academy.

À ce rythme, arrivez-vous à conserver votre culture d'entreprise ?

Notre culture est très ouverte. Mes associés et moi-même sommes assis au milieu de nos équipes. Je n'aurai jamais de bureau individuel car je veux garder cette proximité. Je rencontre individuellement, ou en petit groupe, les collaborateurs qui rejoignent Aircall. Et ce, dès les premières semaines. Je leur présente l'entreprise, notre vision et ce que nous avons accompli depuis 4 ans. Le but : que tout le monde soit embarqué dans la même aventure.

Ensuite, nous restons très transparents, notamment au niveau des chiffres et le board fait des debriefs mensuels. Le message que nous faisons passer : l'entreprise n'est pas celle des fondateurs mais celle de tous les collaborateurs. Nous avons besoin d'eux.

Le développement à l'international est-il obligatoire ?

Selon son secteur d'activité et son business, l'international a un vrai intérêt. Nous voulions faire de la téléphonie d'entreprise en mode cloud. Cela implique la suppression des barrières de la langue et du pays. Pourquoi se contraindre à rester en France alors que nous pouvons avoir des clients dans le monde entier ? Aujourd'hui, c'est ce qui fait notre force et notre croissance.

Pensez-vous que toutes les entreprises devraient suivre votre voie ?

Certaines PME ont un business franco-français et se portent très bien. Elles sont rentables et ont une belle croissance. C'est déjà excellent ! Je pense, par exemple, à Chauffeur Privé ou Le Cab qui ont eu un développement essentiellement français. Ces entreprises ont été rachetées pour de beaux montants et c'est magnifique. Il ne faut pas vouloir aller à l'international par principe. C'est l'une des meilleures façons d'échouer. Attaquer de nouveaux marchés comporte des risques, prend du temps, demande des investissements et, surtout, peut faire perdre son focus.

Depuis la création d'Aircall, quel a été votre pire souvenir ?

C'était en 2004. Nous n'arrivions pas à avoir une qualité de voix et un produit stables. Nous étions une dizaine, en comptant les stagiaires. Les clients étaient mécontents et nous nous demandions si nous allions y arriver. Nous ne pensions pas que notre projet serait si difficile. Finalement, la barrière à l'entrée est ici : développer un logiciel "scalable" dans le monde entier. Au début, nous obtenions une bonne qualité dans certains pays mais pas dans d'autres. Sans savoir pourquoi. Nous avons beaucoup tâtonné pour aboutir au produit qui satisfait aujourd'hui tous nos clients. Ce qui nous a aidés, c'est justement d'être quatre. Il y avait toujours quelqu'un pour rebooster les autres.

Dates clés :

1986 : naissance à Paris
2013 : diplômé de l'ESCP
2014 : rencontre de mes futurs associés
2015 : départ pour San Francisco avec Aircall
2016 : ouverture du bureau d'Aircall à New-York
2018 : Levée de fonds de 29 millions de dollars

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Julien van der Feer

Julien van der Feer,<br/>rédacteur en chef Julien van der Feer,
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