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Véhicules électriques : quid des commerciaux ?

Publié par José Roda le - mis à jour à
Véhicules électriques : quid des commerciaux ?
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Diesel Bashing, maîtrise des coûts, pollution sonore et environnementale, le glas commence à sonner pour les véhicules thermiques ! Mais les motorisations électriques peuvent-elles vraiment répondre aux besoins des commerciaux ?

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Entre les restrictions de circulation dans les grands centres urbains pour les motorisations diesel, dont les conditions devraient encore se durcir au cours des prochaines années, ainsi que l'augmentation constante du prix des carburants fossiles, la question de la transition vers l'électrique pour les flottes de commerciaux se pose chaque jour de manière plus pressante.

Les pouvoirs publics mettent d'ailleurs tout en oeuvre pour inciter les entreprises à se doter de véhicules électriques. La dernière actualité en date, c'est la révision de l'arrêté du 10 décembre 2002 "relatif à l'évaluation des avantages en nature en vue du calcul des cotisations de Sécurité sociale", qui a été publiée au Journal officiel du 12 juin 2019.

Jusqu'ici, l'avantage en nature lié à la mise à disposition d'un véhicule à un salarié était juste calculé sur le prix d'achat, et opter pour un modèle électrique se traduisait alors par une hausse de l'impôt sur le revenu ! La modification de l'article 3 met fin à ce paradoxe environnemental. À compter du 1er janvier 2020, le collaborateur roulant en électrique pourra bénéficier d'un abattement de 50%, dans la limite de 1 800 euros par an, pour les véhicules mis à disposition entre le 1er janvier 2020 et le 31 décembre 2022.

"C'est une avancée considérable, note Marc Charpentier, directeur commercial de One Lease, spécialisée dans la location longue durée. Après avoir encouragé les constructeurs à miser sur l'électrique, puis les entreprises avec les incitations liées à la TVS (Taxe sur les véhicules de société), les pouvoirs publics incitent les salariés. C'est un signal fort !"

L'autonomie : la variable essentielle

Une étude sur l'avenir des flottes d'entreprise réalisée à l'été 2018, en partenariat avec L'automobile & L'entreprise et Infopro Études, révélait que 80 % des entreprises interrogées étaient déjà engagées dans une démarche plus responsable en matière de mobilité. Mais au-delà des voeux pieux, il y a les réalités du quotidien ! Ainsi, parmi les freins à l'adoption de véhicules électriques, l'étude met en exergue les interrogations liées à l'autonomie (68 %), au coût d'acquisition (pour près de la moitié des répondants) et au manque d'infrastructures (44 %).

Pourtant, l'électrique reste une voie à explorer car, toujours selon cette étude, près d'une entreprise sur deux considère que l'alourdissement de la fiscalité sur les carburants contribue à favoriser l'adoption de motorisations plus propres. L'évolution technologique permet aujourd'hui de disposer d'une autonomie comprise, selon les modèles, entre 300 et 450 kilomètres.

L'électrique ne répond pourtant pas à tous les profils de commerciaux. "L'électrique est envisageable même dans le cas d'un usage intensif du véhicule, indique Dominique Gobin, directeur ventes flottes et V.O. pour Hyundai Motor France. Au-delà des kilomètres parcourus, c'est surtout la densité du maillage de bornes de recharge qui doit être prise en considération. Un commercial qui réalise 200 km par jour en Île-de-France peut, sans problème, rouler en électrique".

C'est bien la capacité de recharge qui constitue aujourd'hui l'enjeu prioritaire pour négocier le virage de la mobilité électrique. "La disponibilité de bornes de recharge de haute capacité est la seule garante d'un usage sans limite des véhicules électriques", observe Marc Charpentier. L'installation de ce type de bornes au sein de l'entreprise est donc recommandée. À chaque fois que le commercial repasse dans l'entreprise, il recharge alors les batteries pour son prochain déplacement.

"Pour une charge rapide, il faut une capacité de 60 Kw/h, précise Marc Charpentier. Mais tous les véhicules n'acceptent pas ces bornes et à 30 000 euros la borne, l'investissement est conséquent". Des bornes de recharge ordinaires d'une capacité de 7 Kw/h sont plus accessibles et des solutions installables au domicile du commercial sont disponibles à partir de 1 000 euros, comme avec la Wallbox ou encore la borne Legrand Green Up. "Encore faut-il que ces solutions à domicile puissent être installées chez le commercial pour recharger les batteries la nuit !" continue Marc Charpentier.

Des bénéfices d'usage évidents

Quand les conditions sont réunies, l'électrique ne présente, a priori, plus que des avantages. Et déjà, de plus en plus d'entreprises franchissent le pas. "Le Kona Electric représente à lui seul 38 % des ventes de ce modèle aux entreprises, affirme Dominique Gobin. Les commerciaux de Coca-Cola expérimentent actuellement trois Kona Electric qui ont été aménagés en véhicules deux places pour un usage 100 % commercial".

Dans tous les cas, l'accompagnement des collaborateurs aux nouveaux usages liés à l'électrique est essentiel. "Il faut acquérir de nouveaux réflexes, observe Marc Charpentier. Préparer ses trajets, penser à demander aux clients que l'on visite si une borne est disponible, recharger le véhicule à chaque fois que c'est possible, se rendre dans des parkings équipés, etc. ".

Une fois cette nouvelle façon de penser les déplacements en fonction des recharges acquise, restent les bénéfices d'usage. "Rouler en électrique n'est pas une punition, ironise Dominique Gobin. Les moteurs électriques ont désormais un couple et une accélération comparable aux moteurs thermiques. Le silence est très appréciable, surtout lorsque l'on passe son temps dans le véhicule".

Constat identique chez Marc Charpentier qui ne roule plus qu'en électrique : "Le design des véhicules électriques a été revu, tous les codes du thermique sont présents. Mais pour être convaincu, il faut prendre le temps de tester !"

Oubliez les essais de 15 minutes autour d'une concession. Pour être converti à l'électrique, il faut effectuer des tests sur la durée et, pourquoi pas, commencer à doter les ADV de véhicules électriques, avant d'élargir l'offre à la force de vente.

Témoignage

SAP Labs : une flotte 100 % électrique

Hanno Klausmeier, président de SAP Labs France, est un ardent défenseur de la mobilité électrique. L'entreprise s'appuie sur une flotte de 260 véhicules, dont 130 électriques, tenue à disposition de 400 collaborateurs. La question de l'adoption de l électrique par une force de vente n'est même plus liée aujourd'hui aux distances parcourues chaque jour.

"C'est davantage la zone géographique qui conditionne la faisabilité du projet, affirme Hanno Klausmeier. Des commerciaux basés en France, en Allemagne ou en Hollande peuvent sans difficulté rouler en électrique". Sous réserve toutefois de préparer leurs déplacements en optimisant leurs tournées de façon à trouver des bornes de recharge rapides.

Il convient également de se doter de véhicules de dernière génération ! "Les premières Renault Zoé avaient un périmètre d'action restreint par une autonomie limitée. Mais les nouveaux modèles électriques peuvent atteindre ou dépasser les 400 kilomètres d autonomie", note Hanno Klausmeier.

Entre la baisse des prix des véhicules électriques et "la densification des réseaux de bornes de recharge (NDLR : Fastnet, Ionity, etc.), l'amélioration des performances des bornes ou la standardisation des charges rapides, tout concourt à l'accélération de l'adoption de l'électrique", conclut-il.

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Julien van der Feer,<br/>rédacteur en chef Julien van der Feer,
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