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Mathias Vicherat (Danone) : "La durabilité de Danone est liée à son impact social et environnemental"

Publié par Julien van der Feer le - mis à jour à
Mathias Vicherat (Danone) : 'La durabilité de Danone est liée à son impact social et environnemental'

En devenant la première entreprise à mission du CAC 40, Danone s'engage durablement sur le chemin de l'économie à impact. Mathias Vicherat, secrétaire général du groupe, explique les tenants et aboutissants d'une telle démarche. Ainsi que sa conséquence sur le business.

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Danone est devenue une entreprise à mission. Qu'est-ce que cela signifie ?

C'est la continuité de l'histoire de Danone au niveau social et environnemental. En 1972, Antoine Riboud, fondateur et président de Danone, indiquait qu'une entreprise doit avoir un double projet : économique mais aussi social. Et ce, vis-à-vis de ses salariés et de la société en général. Par la suite, Danone a défini dès 2005, il y a donc 15 ans, sa raison d'être. Elle consiste à "apporter la santé par l'alimentation au plus grand nombre". Nous pouvons donc dire que l'entreprise est pionnière dans ce domaine. Cette raison d'être est d'ailleurs portée par nos salariés et nos partenaires.

Qu'en est-il de l'environnement ?

C'est un sujet très important. Nous l'avons ajouté à notre vision avec la signature "One Planet. One Health". Nous indiquons ainsi que la santé des hommes et la santé de la planète sont interconnectées. Enfin, il y a quatre ans, nous nous sommes engagés dans le processus B Corp. Il s'agit du plus haut niveau de certification environnementale et sociale au monde. Nous sommes la seule multinationale à avoir entamé cette démarche. Pour l'heure, un tiers de l'entreprise est certifié B Corp. Notre objectif : atteindre 100 % en 2025. À noter que lors de nos derniers résultats, rendus publics début 2020, nous avons indiqué notre bénéfice net par action carbonée, c'est-à-dire en prenant en compte l'impact carbone de l'entreprise dont le prix est de 30 euros la tonne. Là aussi, nous sommes la seule entreprise à le faire.

La crise de la Covid-19 a-t-elle accéléré ce projet de société à mission ?

Oui, c'est vrai, même si, encore une fois, il s'agit là d'une forme de continuité. Nous nous sommes rendu compte, dans ce nouveau monde, que l'impact social et environnemental est un élément fort d'identité, mais aussi de différentiation. Nous pensons que la crise du Covid-19 accentue le phénomène.

Quel impact, pour Danone, de devenir une entreprise à mission ?

Il s'agit d'un effet de cliquet. Quand vous faites voter votre Assemblée Générale, que vous inscrivez votre raison d'être dans les statuts et que vous changez votre gouvernance avec la création d'un comité de mission, vous ancrez votre engagement de façon irréversible. Le comité de mission sera composé de dix membres, avec des personnalités internationales et engagées sur la santé, le social et l'environnement. En outre, être une entreprise à mission signifie que nous fonctionnons avec notre environnement. Nous sommes donc dans une logique partenariale avec notre écosystème.

Comment embarquer ses actionnaires dans un tel projet ?

Les choses changent, y compris dans le milieu de la finance et des investisseurs. Par exemple, dans le cadre d'une coalition pour la lutte contre les inégalités, lancée par Emmanuel Faber au dernier G7 à Biarritz, nous avons réussi à embarquer neuf banques ou fonds d'investissement internationaux comme JP Morgan, Goldman Sachs ou BNP Paribas.

En réalité, si nous ne changeons pas la manière dont le capitalisme partage la valeur et impacte l'environnement, il y a un risque d'effondrement. Le système ne sera plus tenable. Les choses bougent et il en est de même pour nos actionnaires. Ils savent pourquoi ils possèdent des parts de Danone. Ils connaissent notre ADN.

Par exemple, en 2008, après la crise financière, nous avons créé le fonds écosystème, doté de 100 millions d'euros, pour aider les acteurs de notre chaîne de valeur sur des projets précis. Cela a été voté à plus de 90 % par nos actionnaires ! Ils s'inscrivent donc dans une logique de long terme car ils comprennent que la durabilité de Danone est corrélée avec son impact social et environnemental.

Votre positionnement joue-t-il un rôle sur votre marque employeur ?

Aujourd'hui, il y a une guerre des talents qui se déploie en France et à l'étranger. Or les trajectoires professionnelles des jeunes générations, y compris celles qui sortent des écoles de commerce, n'ont plus rien à voir avec celles que nous avons connues. Ils ne veulent plus seulement rentrer dans des sociétés de conseils ou des banques d'affaires. Il leur faut désormais une dimension d'engagement ou de responsabilité sociale. Nous avons donc un avantage en tant que marque employeur, c'est certain. Nous correspondons plus aux aspirations des nouvelles générations.

Reste que pour atteindre votre mission, vous devez travailler avec d'autres entreprises...

C'est un sujet essentiel. La taille des enjeux sociaux et environnementaux est énorme avec, par exemple, la lutte contre les inégalités et les enjeux climatiques. Mais une entreprise, à son échelle, a une action très limitée. Même une multinationale comme Danone ne va pas changer la face du monde si elle agit seule. Le collectif d'entreprises est une solution. Pour être utile et efficace, il faut être ensemble. La coalition n'est pas une action de circonstances. C'est un nouveau mode d'intervention des entreprises dans le champ social et environnemental, en le faisant avec ses concurrents.

Avez-vous des exemples ?

Nous avons lancé deux coalitions internationales l'année dernière. La première lors du G7, nommée "Business for Inclusive Growth", dont le but consiste à lutter contre les inégalités. Elle rassemble 40 entreprises internationales et des organisations philanthropiques comme la Rockefeller ou la Gate Foundation. Dans cette coalition, nous opérons ainsi avec des concurrents directs.

De la même façon, la coalition "One Planet Business for Biodiversity" lutte contre la perte de biodiversité végétale. Là aussi, nous travaillons avec Nestlé, Unilever ou bien Mars. Le principe : nous pouvons être concurrents sur les marchés, mais partenaires sur les sujets d'intérêt général. Aujourd'hui, le lobbying individuel ne marche plus.

Comment impliquer le middle management dans un projet de coalition ?

C'est un point très important. Ce sujet ne doit pas être seulement corporate ou porté uniquement par le CEO. Il faut que les BU et le business soient impliqués. Par exemple, nous avons des marques qui s'inscrivent dans notre coalition sur la biodiversité. Comment ? En repensant de nouvelles recettes utilisant de nouvelles variétés de plantes. C'est très important. Il faut éviter le hiatus entre les enjeux quotidiens des sales et les enjeux internationaux qui peuvent sembler plus déconnectés.

En devenant une entreprise à mission, ne risquez-vous pas d'être plus souvent attaqué ?

Danone fait déjà l'objet d'une attention plus forte de la part des ONG. Nous répondons régulièrement à de nombreuses demandes de reporting. Oui, il y a un risque de mettre la barre encore plus haut, donc d'être encore plus attendu. Mais nous serons audités de façon indépendante par PWC. Ils regarderont si nous remplissons les conditions de la mission que nous nous sommes donnée. Nous pouvons donc objectiver, par des chiffres et une certification externe, notre mission.

Votre démarche est-elle aussi intéressante pour le business ?

Oui, je le crois. 70 % des consommateurs attendent de leurs marques préférées des actions sociales et environnementales. En devenant une entreprise à mission, il y a forcément une part d'éthique. Et notre CEO, Emmanuel Faber, a cette éthique chevillée au corps.

Mais notre démarche aura aussi un impact sur le business. Les investisseurs s'intéressent de plus en plus aux reporting extra-financiers, les consommateurs sont de plus en plus exigeants sur les sujets de traçabilité et d'impact, sans parler de la guerre des talents en sortie d'école. Tout cela, c'est du business. Et l'entreprise à mission répond efficacement à ces sujets.

Dates clés

1978 : naissance aux Lilas (Seine-Saint-Denis).

2004 : ENA, promotion Senghor, sorti au Ministère de l'Intérieur.

2012 : directeur de Cabinet de Bertrand Delanoë, puis d'Anne Hidalgo, à la Mairie de Paris.

2017 : directeur général adjoint de la SNCF.

2019 : secrétaire général de Danone.

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Julien van der Feer

Julien van der Feer

Rédacteur en chef

Rédacteur en chef d’Artisans Mag’ et de Commerce Magazine, l’univers de l’artisanat et du commerce est mon quotidien depuis 3 ans. Je suis passionné par [...]...

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