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[Interview] Tony Parker : "Je suis curieux"

Publié par Céline Tridon le | Mis à jour le
[Interview] Tony Parker : 'Je suis curieux'

Actionnaire du club de l'Asvel, Tony Parker investit dans la station de ski de Villard-de-Lans. Il s'essaie aussi au food truck, au prêt-à-porter... Avant de créer la Tony Parker Academy, sorte de campus-étude, en 2019. L'ancien basketteur endosse le rôle de business man et drible avec les succès.

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Votre palmarès en tant que business man est presque aussi impressionnant que celui de basketteur. C'était une suite logique à votre parcours ?

J'ai toujours voulu redonner à mon pays, c'est ma première motivation. Ensuite, je savais qu'après ma retraite, je resterais dans le monde du sport. J'étais bien conscient de ne pouvoir jouer toute ma vie, je m'y suis préparé. Les occasions sont arrivées, facilitées par la chance de faire du sport à haut niveau et donc d'être exposé. De plus, je suis assez curieux, cela a permis de multiplier les rencontres.

Et donc vous avez aussi multiplié les activités...

Les opportunités permettent d'essayer. Le food truck, monté aux États-Unis, avait pour objectif de mettre en avant les plats de mon chef. C'était un challenge qui lui était dédié. Il en avait assez de ne cuisiner que pour ma famille et moi (rires).

En fait, à chaque fois, j'ai envie de créer une histoire, il faut que les choses aient du sens. Par exemple, beaucoup me demandent pourquoi avoir choisi d'investir à Villard-de-Lans : la station se trouve à une heure et demie de Lyon, ce qui permet à la fois aux équipes du club de l'Asvel de se préparer là-bas, mais aussi de diversifier les lieux d'entraînement pour les élèves de l'Academy.

Vous vous mettez au e-sport, avec un cursus dédié au sport électronique au sein de la Tony Parker Academy . Pourquoi ?

J'ai toujours été un fan de jeux vidéo, j'ai grandi avec. Avec LDLC [NDLR : déjà associé à LDLC via le club de l'Asvel, Tony Parker a renforcé son partenariat avec le groupe de commerce en ligne spécialisé dans l'informatique sur la partie e-sport de ce dernier], nous avons vu l'opportunité de construire le plus grand centre de formation de e-sport. Il y a tout à créer : c'est un secteur peu connu du grand public, alors que les acteurs de sport digital remplissent des stades de 20 000 places.

Quels éléments regardez-vous avant d'entreprendre ?

Lorsque je me lance quelque part, j'essaie de bien m'entourer. Il s'agit aussi de sentir les gens : j'y passe du temps pour voir comment on va "fitter". Cela permet de mettre les bonnes personnes aux bonnes places.

Quand tu es en haut et que tu es le président, tu essaies de fédérer les gens, de les mobiliser et de les inspirer par rapport à ta vision. C'est une aventure humaine avant tout. Le leader doit faire en sorte que chacun puisse s'exprimer.

Cela revient tout simplement à monter une équipe, comme sur le terrain ?

Oui tout à fait. Je passe beaucoup de temps à gérer les gens, leur ego. C'était déjà mon rôle de pivot, en tant que meneur de jeu sur le terrain : je devais guider mes coéquipiers et m'assurer que tout le monde était content.

Au regard de la crise actuelle, comment jugez-vous la situation du sport ?

Vraiment difficile. Le business du sport ne peut pas survivre si tout est fermé. Mais c'est dans ces moments-là que l'on observe le caractère des chefs d'entreprise et leur capacité à trouver des solutions et à rebondir.

Qu'espérez-vous au plus vite ?

Le gouvernement nous a aidés. Je trouve même qu'il a été réactif. Maintenant, il faut que ce soutien se poursuive en 2021. Les six prochains mois seront critiques. La reprise des manifestations est l'idéal, mais la santé reste la priorité. C'est pour cela qu'il faut trouver un juste milieu : quand peut-on reprendre, combien de temps le gouvernement pourra-t-il nous aider, etc. ? C'est l'une des plus grosses crises de notre histoire.

Pourtant, le sport reste une valeur refuge pour les Français ?

Quand on discute avec le gouvernement, ce dernier est d'accord pour dire que la France doit devenir une nation sportive. Contrairement aux États-Unis ou à l'Espagne, elle est encore loin du compte. D'ailleurs j'ai été invité pour le premier comité de pilotage du projet "Sport à l'école", destiné à promouvoir la pratique : c'est important de réunir l'avis de professionnels comme les sportifs de haut niveau, mais aussi les médecins du sport.

Sport amateur, sport pro, sport événement : nous avons chacun nos problématiques. Tout le monde est concerné, et surtout tout le monde est mobilisé pour essayer de trouver des solutions.

De quoi aurait besoin la France pour devenir une nation sportive ?

Il faut qu'on commence plus tôt à l'école. On enseigne très vite aux enfants comment lire et écrire : il faut aussi leur expliquer comment faire du sport, pourquoi c'est important pour leur santé notamment. C'est une question de programme scolaire.

Est-ce que cela pourrait faire d'eux de meilleurs entrepreneurs ?

Ce qui est sûr, c'est que le sport développe des qualités pour le devenir. Je le vois à travers mon académie : les chefs d'entreprise recherchent beaucoup les profils de sportifs qui se lèvent tôt, s'entraînent trois fois par jour. Et d'ailleurs j'y veille : 95 % des élèves de la TP Academy ne vont pas devenir sportifs professionnels. C'est une réalité car le sport professionnel reste un milieu difficilement accessible. Alors il faut être sûr que ces jeunes trouvent un travail à la sortie de leurs études.

Comment y veiller ?

Il faut par exemple leur faire découvrir d'autres centres d'intérêt que la passion qu'ils ont pour leur sport.

Il faut garder les pieds sur terre, être réaliste : c'est très dur d'être pro. Il y a plein de facteurs qui entrent en compte (une blessure, un niveau qui n'est pas assez bon). Aussi, il faut se préparer à cette éventualité et exposer les jeunes au monde du travail. C'est un challenge de tous les jours car, souvent, ils n'ont pas envie d'écouter. Seuls 5 % des élèves de l'académie (qui en compte actuellement 65) vont pratiquer un sport en niveau professionnel.

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Julien van der Feer,<br/>rédacteur en chef Julien van der Feer,
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